Jeudi 23 février : Bientôt le HORN

Septembre 1578


Après avoir passé le détroit de Magellan vers le Pacifique sur le Golden Hind, Francis Drake est pris dans une tempête et poussé loin au Sud.
Son neveu Francis Fletcher, décrit leur dérive vers « l’extrême partie de la Terre… sans qu’il n’y ait ni terre ni île en vue en direction du sud ;  mais l’Océan Atlantique et la mer du Sud  se rencontre dans une large et libre vision ». Ils ont découvert le passage de Drake, qui prouve que la Terre de Feu n’est pas relié à un continent austral. 


Janvier 1616 


Willem Schouten et Jacob Lemaire découvre le Cap Horn devenant ainsi les premiers marins à contourner l’extrémité de l’Amérique du Sud.


23 février 2012


« Fleur Australe » traverse le Drake passage entre les Shetland du Sud et le Cap Horn. Jusque là le vent a été bon. Le cap est nord / nord Ouest. Nous avons un vent qui oscille entre le Sud Ouest et l’Ouest, entre 25 et 30 nœuds. Nous avançons bien entre 8 et 9 nœuds sous trinquette et grand voile à un ris. La mer est agitée et le très beau temps du premier jour s’est vite assombri pour faire place à de gros nuages et à des grains de neige. Nous avons passé cette nuit le front polaire antarctique et l’eau de mer est passée de 1° à  6° C.  Nous attendons avec impatience le passage du mythique rocher.

 


Le Horn, cap légendaire qui a fait souffrir les hommes et les bateaux. Avant que le canal de Panama ne soit ouvert, c’est par ce passage obligatoire que les grands voiliers devaient lutter pour rejoindre l’Atlantique au Pacifique. Les vents y sont terribles venant de l’ouest. Certains bateaux venant de l’Atlantique sont restés plusieurs semaines à tirer des bords, essayant de gagner dans le vent et dans l’Ouest. Par dépit ayant subit de nombreuses avaries, ils ont dû rebrousser chemin, pour aller se réfugier aux îles Falkland, lorsque, plus incroyable encore, ils préféraient faire le tour vent portant par l’Atlantique et l’Océan Indien. Pas de soleil, pas de points précis pour connaître sa position. La cote et ses rochers noirs en forme de fantôme qui apparaît au dernier moment dans les grains de neige. Combien de naufrages, de bateaux coulés, de mats cassés de marins emportés ! Le cap Horn a vite fait sa légende de Cap Terrible. De nos jours encore il faut s’en méfier. Les voiliers qui se hasardent dans ses parages doivent s’attendre à rencontrer des mers difficiles. La houle qui n’a cessée de courir dans l’Océan Pacifique vient briser sur les hauts fonds qui entourent le Cap. Le plateau continental déborde au large et la cordillère des Andes vient accélérer les vents. De furieux vents, les Williwaws descendent des montagnes. On l’aborde donc avec respect. On est prêt à se faire humble et à courber l’échine devant le monstre. Devenir Cap-hornier c’est être passé par ces hautes latitudes. Avoir subit les quarantièmes rugissantes et cinquantième hurlantes. Pour l’équipage de Fleur Australe, nous avons si j'en crois le capitaine, mérité le titre de Cap-hornier. Nous sommes fier d’avoir mené notre bateau de Nouvelle-Zélande jusqu’au Cap Horn traversant le grand Océan Pacifique et ses tempêtes. Nous sommes allés toucher la banquise. Nous avons abordé l’île Pierre 1er, une île du bout du monde. Nous avons parcouru la Péninsule Antarctique de la Baie Marguerite jusqu’à l’île Déception. Ces deux mois passés en mer nous ont offert joies et souffrance. Nous en revenons que plus fort, fiers d’avoir accompli un beau parcours digne des grands explorateurs. Nous ne voulions rien prouver au monde mais donner aux autres cet espoir que l’on peut oser et réussir de grandes choses. Notre voyage c’est aussi un message d’espoir. Il y a un continent qui n’appartient à personne, il s’appel l’ANTARCTIQUE. Il est et doit devenir pour nous tous le symbole que la terre ne nous appartient pas. Nous devons respecter cette Terre que nos ancêtres nous ont laissés et avons la responsabilité de la donner à nos enfants dans son plus bel état sans l’avoir pillé. Fleur Australe se veut être le porte parole de ce message.

 


22h00 : Le soleil est allé se coucher, loin dans l’Ouest, là-bas dans les mers lointaines qui nous ont portées. Le ciel est chargé de gros nuages. Devant nous à cinquante milles, le Cap Horn nous attend.