Vendredi 24 février : Le Cap Horn

3h00 du matin : Philou est depuis une bonne heure dans la soute moteur à bricoler. Il semblerait que quelques boulons sur l’arbre d’hélice se soient dévissés.


6h00 du matin : le Horn, gris, noir comme le ciel, comme la mer parsemée de moutons d’océan.

 

 

Océan furieux, cap terrible. C’est fort, légendaire, somptueux. C’est l’idée qu’on s’en fait, juste sous nos yeux ! Je n’aurais pas voulu d’une mer calme et d’un beau soleil. 35 nœuds de vent, il pleut, tout y est, rendant l’arrêt impossible.

 

 

J’aperçois le phare. Le jour se lève, découvrant une ligne rosée sur ce rocher d’ébène. Moment d’émotion aussi fort que mon premier iceberg. Energie pure. Bouffé de force. C’est tellement vivant ! Je reçois une bonne vague en pleine face qui me fouette le visage et me trempe complètement. C’est intense. Je pense à tous ces marins qui y ont laissés leurs vies. Le changement de décor est spectaculaire mais c’est aussi beau que l’Antarctique. Philou entend un bruit suspect qui ne lui plait pas. Il est inquiet et tendu. Les grains se succèdent. Le vent forcit. Un gros coup de vent est annoncé dans les heures à venir.

 


10h00 : Nous sommes dans la baie Nassau. 30 nœuds de vent de travers. Une mer agitée. Il nous faut attendre un peu pour être à l’abri de l’île Navarino. Philou est très inquiet à cause de ces bruits, 2 sources possibles : l'inverseur aurait une source abimée ou un problème à l'hélice. Nous longeons l'île Navarino. Les bruits persistent accompagnés d'une vibration permanente, un mouvement irrégulier qui laisse supposer qu'il y a un problème avec une pale d'hélice. Arrêt forcé à Puerto Toro, de toute façon il y a un vent très fort dans le Beagle. Philou doit plonger pour vérifier l'état de l'hélice. La pluie a cessée. Nous sommes abrités sous le vent de l'île. La mer est plutôt calme, soulevée par un léger clapot. Le soleil n'est pas bien loin. Il reste de la neige sur les sommets de l'île.


14h30 : Nous jetons l'ancre à Puerto Toro, le village le plus australe du monde. Philou s'équipe, passe sa stab, plonge et remonte 5 minutes après. Verdict: nous avons perdu une pale de l'hélice. Certainement ce matin au Cap Horn lorsque ça a commencé à faire du bruit. Nous décidons malgré tout de remonter au vent jusqu'à Puerto Williams.


18h00 : Nous sommes dans le Beagle qui "Gueule" fort. Nous tirons des bords entre l'Argentine à tribord et le Chili à bâbord. Nous avons un vent dans le nez de 35 à 40 nœuds.


20h00 : Sur l'ordinateur de bord, le parcours de la Fleur est composé de zigzag qui laisseraient Zoro envieux.
Nous avons effectué au moins 20 virements de bord musclés précis et rapides dans un chenal étroit entre l'île Gable et l'île Navarino. Un véritable chemin de croix pour la Fleur blessée, qui a perdue une aile. Philou plaisante : "je n'ai jamais autant barré mon bateau". Nous jetons finalement l'ancre à Puerto Williams.