Samedi 19 juin : Salmon Bay

Petite halte à Salmon Bay, histoire de dormir quelques heures. Au réveil nous avons le plaisir de découvrir deux ravissantes biches qui traversent la baie, en nageant d’une rive à l’autre. Nous partons relever les casiers, sans succès, seule une grosse étoile de mer s’est fait prendre. Ce qui déclenchera quelques sarcasmes de l’équipage, à l’encontre du capitaine. 

 

 

 
Un senneur pêcheur de saumon

 


Il faut dire que celui ci possède à peu près, tout ce qui se fait, comme  beurre à tartiner les casiers et autres ruses de sioux pour attirer les divins crustacés. Nous poursuivons notre route vers Prince Ruppert au Canada. Le soleil brille. Le ciel est bleu chargé des quelques petits cumulus humilis accrochés aux sommets .Nous croisons de nombreux îlots verdoyants. Philou bricole. La navigation tranquille le permet.

 

 

 Mouillage à Salmon bay

 

 

20h00 : Après cette journée à naviguer dans ces longs canaux, sous un soleil de plomb avec une mer d’huile. Nous relâchons dans la petite anse de Windfall Harbour. Le soleil se couche doucement. Nous profitons de nos dernières heures en Alaska. J’ai l’impression d’en avoir fini avec la glace et le froid, en tout cas pour cette année. Plus de monts enneigés, plus de growlers, plus d’iceberg. Nous descendons vers le sud. C’est avec une certaine émotion que je m’apprête à quitter, l’Alaska. C’est ici que nous sommes arrivés, une fois le passage du Nord Ouest achevé. C’est encore ici que la Fleur a patienté tout l’hiver. J’ai la sensation, que c’est une fois arrivés au Canada, que commencera réellement la nouvelle expédition. Je ressens cette étape comme une transition. L’Alaska est merveilleux mais il me tarde d’arriver au Canada. Nouveau territoire. Nouvelles aventures. Inch Allah.

 

Vendredi 18 juin : Petersburgh

Nous arrivons au port de Petersburgh sur l’île de Mitkof, réputé pour être l’un des plus jolis villages de l’Alaska du Sud Est. Trois milles âmes y vivent, essentiellement de la pêche. L’île de Mitkof  abrite une importante colonie de loups. On y trouve aussi, des ours noirs, des phoques, des loutres de mer, des baleines à bosse mais aussi des chèvres et des cygnes.


En pénétrant dans le très joli port, un groupe de Lion de Mer devise bruyamment sur une bouée de chenal tandis qu’un ravissant petit caboteur croise notre sillage et qu’un hydravion se pose à coté de nous.

 


20h00 : Après une petite promenade dans le village effectivement bien sympathique, nous reprenons la mer. Notre prochaine escale, Prince Ruppert au Canada. Ce soir la lumière est dorée, elle ensorcelle les forêts de sapins. On pourrait  croire que nous naviguons sur une rivière, la même douceur. Nous sommes pourtant bel et bien en mer. Quelques cabanes sur pilotis, le long du rivage, isolées, cachées au fond  des bois. De belle maisons, aussi, tout en bois, avec leur ponton.  Des petites barques de pêcheur. Cinq ou six aigles à tête blanche sur une bouée de chenal. Les femelles peuvent atteindre jusqu’à 2,60 mètres d’envergure. Nous marchons à 7 noeuds avec un courant favorable. Loup joue à l’indien sur le pont. C’est la belle heure. Le coin est magnifique. Je filme. Ce soir au menu Sockeye salmon. Ce saumon passe quatre ans en mer avant de repartir pondre en rivière…

 

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

 

Jeudi 17 juin : Port de Hoonah

8h00 : Nous nous amarrons sur le quai du petit village de Hoonah pour faire le plein de fuel.  Les quais sont sur pilotis constitués de grands pieux en bois, à marée basse c’est assez impressionnant de hauteur. Ici les marnages atteignent 6 mètres. Quelques aigles dévorent des déchets de poissons déversés sur la grève par un pêcheur. Nous partons faire un tour dans le village.

Devant les petites maisons en bois, des pierres sculptés façon totem. Denis et Nina cherchent, en vain, un possible accès internet. Nous buvons un chocolat dans un petit bar tout en bois. Au mur sont accrochés une peau d’ours noir et une peau de chèvre des montagnes, avec leurs têtes. Les petites sont très impressionnées. Le bar est tenu par deux indiennes approchant les 100 kg.

 

 

 


12h00 : Nous levons l’ancre. Mer calme. Le ciel se dégage peu à peu. En route pour Petersburg à 150 milles de là. Nous croisons quelques baleines. Nous naviguons dans le Icy Channel, grand voile hissée et genaker déroulé. C’est l’autoroute, bien confortable, un grand canal, d’environ 4 milles de large, bordé de magistrales forêts de sapins dominées par des monts enneigés.

 

Texte rédigé par Gérarldine Danon

 

 
Port de Hoonah

Mercredi 16 juin : Hoonah

7h00 : Philou est fâché, il a laissé échapper un gros halibut qui a arraché son hameçon.
Nous levons l’ancre direction Hoonah, à 50 milles de là. Le plafond est bas, recouvert de nombreux stratus qui flottent tels des fantômes sur les immenses forêts de sapins. Léger brouillard. Nous sommes dans le goulet d’entrée de Glacier Bay, freinés par un courant contraire estimé à 3 noeuds. Le vent est faible de sud, 4 nœuds. La mer est calme. La température extérieure est en hausse 13°, celle de l’eau est montée à 9°. Des gerbes d’eau un peu partout à l’horizon, comme des souffles de vie, provenant des abysses. Ce sont les baleines, décidément nombreuses dans ces eaux, elles viennent s’y nourrir entre mai et septembre. Leurs queues virevoltent dans les airs. Il y en a une qui bondit devant nous, son corps imposant totalement hors de l’eau. Je n’ai pas le temps de la filmer, c’est trop rapide. Je me contenterai de leur queue et de leur dos. Dommage ! C’est magique.
 
A babord, un troupeau de phoques vient nous saluer. Ils demeurent un long moment, à jouer près de la Fleur. Un peu plus loin nous croisons deux loutres de mer. Quelques oiseaux nous survolent, des macareux, et deux aigles dont un qui a pêché un gros poisson. Il est plus chanceux que nous, le bougre ! Dans notre sillage, un paquebot, le Golden Princess, un monstre de 300 mètres de long, en route pour Ketchikan, le dernier port avant le Canada.

 


Les enfants sont aux anges, ils ont baptisé les trois petits chiots : les 2 mâles sont Géronimo et Juneau, et la femelle s’appelle Maya. Ils sont craquants, chaque jour d’avantage.


Beti a repris sa ligne de jeune fille. Nous sommes désormais douze à bord : 4 adultes, 4 enfants, 4 chiens. L’équipage est serein, la vie à bord a repris son cours, chacun a retrouvé ses habitudes. Laura et Marion sont plus calmes, les premiers jours elles étaient très agitées. Denis fait l’école aux enfants avec beaucoup de calme et de sérieux. C’est son métier. Nina va rentrer en 3ème, Loup en 6ème. Laura a commencé l’école pour la première fois hier, elle fait du graphisme. Quant à Marion elle court partout dans le bateau et semble heureuse de retrouver son univers (c’est ici qu’elle a fait ses premiers pas).

 


17h00 : Toutes voiles dehors, nous marchons à 6 noeuds, avec un fort courant dans le nez. La brume s’est dissipée. Nous déroulons le génaker. Nous l’avions rangé au Groenland avant d’attaquer le passage du Nord Ouest pour installer le projecteur à sa place.

21h00 : Nous arrivons à Hoonah. A babord une ancienne conserverie, tout en bois, quelques maisons, un petit musée. C’est bien joli.

 

Texte rédigé par Gérarldine Danon

Mardi 15 juin : Les Glaciers

 

8h00 : Nous nous rapprochons du glacier. Nous mouillons sur une petite moraine entre le glacier Margerie et le Grand Pacifique. L’eau est laiteuse, chargée d’alluvions déversés par le glacier. Sa température a considérablement chutée, elle est à 5°, la température extérieure est descendue à 8°.
Le panorama est époustouflant. Le glacier Margerie est blanc tirant vers le bleu phosphorescent, propre à la glace. Quant au Grand Pacifique il est complètement noir, on pourrait croire qu’il est volcanique, c’est pourtant bel et bien un glacier entièrement recouvert de poussière de roche, aussi noire que le charbon. Nous débarquons et prenons de l’altitude, grimpons parmi les amas morainiques. La Fleur repose, solitaire et élégante, dans ce paysage glaciaire. 

13h00 :  Nous levons l’ancre, un phoque se réchauffe sur un growler. Le ciel est couvert, le soleil tente une percée à travers les nombreux alto stratus.

 



20h00 : Nous pénétrons dans Shag Cove, un fjord étroit et très encaissé, entre des sommets de plus de mille mètres. Ces fjords profonds sont le résultat de l’érosion glaciaire due au travail et au frottement. Une masse de glace qui arrache sol et rochers des versants et du lit des vallées est à l’origine du travail.
Nous jetons l’ancre. Des petits cours d’eau se déversent dans la mer. Philou pense que ce doit être un excellent spot de pêche. Aussitôt dit, aussitôt fait, à peine la canne à pêche lancée, il remonte un petit halibut (flétan).

 

 

Texte rédigé par Gérarldine Danon

 

 

Lundi 14 juin : North Sandy Cove

7h00 : Une maman ours et son petit viennent nous saluer, ils nous observent du rivage. Joli réveil.


12h00 : Philou a pêché 2 petits Halibuts qui ne suffiront pas à nourrir notre grande famille, mais le capitaine a l’air satisfait et décrète qu’il faut un début à tout.

16h00 : Après une brève balade à terre où  nous ne croiserons pas d’ours, nous levons l’ancre direction le Grand Glacier du Pacifique, dominé par le mont Fairweather 4669 mètres. C’est tout à fait exceptionnel de naviguer au pied de ces montagnes. Le Fairweather est à cheval entre le Pacifique et Glacier Bay.

 

 


19h30 : Latitude 58°50N Longitude 136°32 W, marchons à 6nds. Vent faible de sud. La mer est calme, le paysage de plus en plus minéral, les sommets de plus en plus blancs. Le ciel est couvert d’alto stratus qui découvrent partiellement un ciel très lumineux vers le glacier, au nord. Nous rasons le rivage, une carcasse de baleine échouée. Un gros ours brun nous gratifie de sa présence. Il est particulièrement imposant.

20h30 : Des sommets de plus de 4000 mètres. Nous sommes au niveau de la mer, le rapport est incroyable. Des glaciers à la vertical, des pentes vertigineuses. On se sent tout petit face à ce panorama grandiose entre mer et montagne. Nous pénétrons dans un labyrinthe entre les cailloux. Le ciel s’est assombri légèrement. A babord, Russell island. Le soleil s’endort sur les sommets enneigés tout en inondant de lumière le couloir qui nous mène au glacier. Nous guettons les growlers qui ne tardent pas à pointer le bout de leur nez. Ca nous rappelle des souvenirs.

22h00 : Je retrouve avec émotion cette odeur si particulière qui indique la présence de la glace. J’ai un petit pincement au cœur. Je sais qu’il en est de même pour Philou. Nous heurtons un gros glaçon. Mouillons au pied du Margerie Glacier. La baie est somptueuse. Deux Grizzlis observent la Fleur et nous souhaitent la bienvenue.

 

 

 

 Texte rédigé par Gérarldine Danon

Dimanche 13 juin : Glacier Bay

23h00 : Je fais mon quart Beti (je la veille) tandis que quelques Marsouins de Dall, nous escortent. Ils sont les seuls à ne pas se laisser photographier, ils ne sautent pas hors de l’eau. Beti vient de rompre la poche des eaux. Philou parcourt les règles de pêche en Alaska. Aujourd’hui, il a fait l’acquisition d’une licence, nous autorisant à pêcher pendant une semaine sur le territoire. Vu que nous sommes entrés le 18 juin de l’année dernière à New York, nous sommes supposés quitter les Etats-Unis le 18 de ce mois ci.

 

 
Après quinze jours passés au Canada nous aurons le droit de revenir. Toute pêche est autorisée : Saumon, Halibut… Tout sauf le King Crab, interdit aux non résidents. Ce n’est pas grave, on a le droit d’en manger, et je ne m’en prive pas. C’est mon pêché mignon, j’ai quelques pattes en réserve au Frigo. Tout le monde dort, enfin le calme absolu.

06h00 : Nous découvrons trois adorables petits chiots avec deux taches noires en guise de maquillage autour des yeux.  Beti est une maman heureuse, elle couve ses petits, les lèche, les nourrit. Nous mouillons dans le port d’entrée de Glacier Bay.

10h00 : Nous débarquons. Deux gardes côtes, nous montrent un film et nous indiquent les règles à respecter. Glacier Bay est un long fjord avec des ramifications qui débouchent sur des glaciers, c’est une des plus grandes réserve nationale classée par l’UNESCO. Il s’étend sur 50 milles de long, parsemé d’une vingtaine de petites îles qui abritent des colonies de Loutres, d’Otaries, de Lion de mer et de Baleines à bosses, ainsi que des dizaines d’espèces d’oiseaux : Kingfisher, Guillemots, Puffins, Sternes, Cormorans, Aigles…

14h00 : Nous levons l’ancre, hissons l’artimon, la grand voile, déroulons le génois. Le soleil brille, léger clapot. Nous croisons une loutre de mer qui nous observe tranquillement. C’est ma première loutre de mer. Quelques souffles de baleines.  Deux dauphins louvoient dans notre sillage. Nous pénétrons peu à peu, dans l’âge de glace. Il y a encore 250 ans, Glacier Bay n’était qu’un glacier, il n’y avait pas de baie. Une imposante rivière de glace, de 200 kilomètres de long et de centaine de mètres de profondeur occupait cette baie. Aujourd’hui, ce glacier n’est plus, il s’est retiré vers le nord, mais une douzaine de petits glaciers demeurent, ils se déversent des sommets et viennent lécher la mer. Ils vèlent des icebergs qui explosent en milliers de diamants au contact de la mer. Ces somptueuses rivières de glace sont les témoins du temps qui passe, du changement, du réchauffement climatique.

 


 

20h00 : Après une traversée tranquille à traquer les baleines afin de les immortaliser sur nos pellicules, nous relâchons dans la baie de North Sandy Cove. Le ciel nous régale d’un bel arc en ciel. Cette vallée est réputée pour abriter une grande concentration d’ours.

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Samedi 12 juin : Départ de Juneau

17h00 : Nous levons l'ancre direction Glacier Bay. Beti est sur le point de mettre bas, elle tourne en rond et gratte l'oreiller qu'on lui a mis à cet effet, sous la table du carré. Dehors, il pleut des trombes. Depuis ce matin, l'air est froid. Température extérieur 9°. température de l'eau 13°. Latitude 58°22 N  Longitude 134°39 W. J'ai hâte que le vent s'engouffre dans nos voiles et que le souffle de l'aventure fasse de nouveau frissonner nos corps.

18h00 : Nous zigzaguons dans les canaux entre Juneau et la baie des glaciers, à 55 milles de là. Vent modéré de sud. Philou déroule le génois. Nous guettons les baleines à bosse,  apercevons un ours sur le rivage à la lisière de  la forêt. Petit crachin, temps gris, nuageux. Quelques sommets enneigés dominent une végétation luxuriante et dense. C'est la deuxième plus importante "Rain Forest" au monde après l'Amazonie. Impression d'immensité. Marchons à 8,8 nds. Un hydravion nous survole. C'est l'Alaska.

 

Texte rédigé par Géraldine Danon