Samedi 17 juillet : cap vers Mendocina

10h00 : Nous empannons. A bâbord un dauphin noir sans aileron dorsale, c’est le dauphin à dos lisse boréal. Nous marchons à 9 nœuds. Un vent arrière de 25 nœuds de nord.

La mer est grosse. Des paquets d’eau se déversent sur le pont. Nous sommes voiles en ciseaux. Grand voile trinquette génois. Ca mort. Encore un gros thon. Nous faisons route vers le cap Mendocina.

 


Moment de détente sur le pont


17h00 : Superbe navigation au portant. L’étrave plonge légèrement dans la houle puis bondit comme un cheval sauvage dans un lit d’écume. La Fleur vibre de tout son être. Elle est tendue comme un arc. Le vent du nord s’engouffre dans ses voiles. C’est la parfaite symphonie de la mer, du vent et de La Fleur. La mer est blanche, le ciel est bleu, quelques cumulus humilies flottent à l’horizon. La lune est montante. Au menu ce soir steak de thon, parterre dans la timonerie. Philou s’apprête à prendre un ris dans la grand voile.

 


Quand le vent forcit


17h30 : Philou est au pied du mat pour prendre le ris. Tandis que le vent forcit, la Fleur part au lof. Le tangon fragilisé que nous avions déjà cassé pendant la traversée de l’Atlantique et réparé aux Antilles,  se casse en deux.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Vendredi 16 juillet : en pleine mer

13h00 : Le vent adonne légèrement, Philou déroule le génaker. Nous sommes grand largue. La mer est toujours aussi grosse. Nous marchons à 7 nœuds, le ciel est gris chargé de strato- cumulus. Nous croisons les premiers oiseaux du large, des pétrels cul blanc. Marion a été malade toute la nuit. On l’a changée et douchée plusieurs fois. La mer ne semble pas vouloir se calmer. Cate est couchée dans sa bannette depuis hier. Loup a l’air d’aller mieux. Les chiots font des glissades dans l’atelier. Encore 500 milles pour San Francisco.



belle pêche beau ton


17h00 : Nous filons à 10 nœuds, vent arrière, voiles en ciseaux, grand voile haute, artimon, génaker tangonné. L’horizon se découvre peu à peu. Philou a péché deux gros thons d’au moins 15 kg. Je retrouve le rythme si particulier des traversées, celui que j’affection tout particulièrement. Un rayon de soleil fait scintiller la mer de mille étoiles. Le temps n’a plus d’importance, seul compte le mouvement qui nous entraîne, comme un souffle de vie, dans sa vibration joyeuse.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Jeudi 15 juillet : En haute mer

Latitude : 48°11 Nord - Longitude : 124°56 Ouest


22h00 :
Un magnifique croissant de lune s’évanouit dans un ciel encore rose. Tandis que la nuit tombe nous embouquons le détroit de Juan de la Fuca, celui qui sépare l’île de Vancouver de l’état de Washington.

2h00 : 25 nœuds de vent, une grosse  houle de face. Nous marchons à 7 nœuds avec des pointes à 11 nœuds sur le fond, grâce au courant. Nous décidons de relâcher à Parker Bay en attendant que ça se calme.

15h00 : Nous sommes à la sortie du détroit de Juan de la Fuca. La mer est désordonnée. Des lames de 3 mètres se fracassent sur l’étrave de la Fleur. Nous croisons quelques cargos et des paquebots qui vont respectivement à Seattle et à Victoria. La houle du Pacifique qui pénètre dans le détroit, est soumise aux effets de côtes, aux hauts fonds et aux courants, d’où cette mer forte et désordonnée. Cela tangue et roule tout à la fois.

 


La Fleur plonge l'étrave dans la houle


Au large la houle devrait être plus régulière. Loup est le premier à souffrir du mal de mer. Il gît, allongé par terre accroché à son seau, dans le cockpit. Suivent Marion et Laura puis Nina, Kat et Denis. Par chance le mal de mer m’épargne, cette fois-ci. Ce matin le bateau des US Coast Guards nous a interpellé. Ils nous ont demandé de longer la côte canadienne de près car ils faisaient des exercices militaires avec la possibilité d’éventuelles  balles perdues. Le ciel est gris avec des bancs de brume Température extérieur de  13°.

 


Les US Coast Guard nous rendent visit
e


A bâbord un bateau de pêcheur. Philou me dit que les matelots doivent être dans leur bannette à subir les effets du mal de mer.

17h00 : Nous faisons cap au Sud Ouest. Le tombant du plateau continental n’est pas loin, d’où cette grosse mer qui se forme facilement. Désormais nous subissons la houle de travers. Nous ne tangons plus, nous roulons, c’est tout aussi désagréable. L’équipage est malade.

19h00 : La mer se calme peu à peu. Philou lâche un ris dans la grand voile et déroule le génois. Marion s’est endormie, apaisée elle aussi. Nous sommes à 650 milles de San Francisco, au large de toute côte, dans l’Océan Pacifique.

 


Loup malade dans le cockpit

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mercredi 14 juillet : On the road again

14h00 : Une embarcation traditionnelle, comme celles que nous avions vues aux Gwaii Haanas, longe Goudge Island. A son bord, une dizaine d’indiens, s’entraînent à la pagaie, en vue d’une régate à venir. Nous saluons notre hôte et traversons la petite baie, en annexe, pour assister à la mise à l’eau de la Fleur.


17h00 : La Fleur est mise à l’eau, sans aucune difficulté. C’est émouvant de la voir toucher la mer après cette semaine passée dans les airs. Philou est très content du chantier, il se trouve qu’en plus, c’est une marina « écolo ». Il y a un récepteur sur la zone de carénage qui récupère toutes les eaux toxiques (anti-fouling). Il y a des tapis sous les bateaux lorsqu’ils travaillent. Lorsqu’il pleut sur le chantier, toutes les eaux vont dans des bacs. Les déchets sont triés, comme les huiles usagées, le fuel, les eaux souillées, les papiers gras, les bidons d’huile, les filtres à huile… Rien n’est rejeté à la mer. Aucune de ces mesures n’est obligatoire au  Canada, mais soucieux du respect de l’environnement, ils ont décidés d’être d’avant-garde.



Embarcation traditionnelle


19h00 : Nous levons l’ancre lorsque je demande au capitaine, s’il est rassuré et heureux, il me répond que nous le saurons d’ici quelques instants. Sa dernière crainte étant que l’hélice ait été montée à l’envers.

 

La Fleur est mise à l'eau


20h00 : Il semblerait que nous avancions dans le bon sens. Il y a beaucoup de cailloux à la sortie de la marina, les passes sont étroites. Le soleil brille, quelques voiliers régatent à l’horizon. Loup et Nina regardent un DVD, les petites dorment, les chiots s’amusent dans le cockpit. Le capitaine est à la barre, un petit sourire est accroché à ses lèvres.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mardi 13 juillet : Avec les orques

13h : Nous sortons en mer avec Jeff, un canadien qui travaille sur les orques depuis plus de 13 ans. Il les étudie, les identifie et les répertorie. Il est renseigné par les pilotes sur l’endroit où ils se trouvent. Le tuyau vaut de l’or. Les premiers marins décrivirent l’orque comme un énorme dauphin, le scientifique Linné le baptisa le dauphin démon.

En 1860, on le plaça dans un nouveau genre « orcinus ». L’orque est un animal qui reste à découvrir car il est très diversifié géographiquement. Jeff nous en décrit 3 espèces :
Les « Residents » (les sédentaires), que l’on trouve du côté de Vancouver, ils y passent 7 à 12 mois. Ils se nourrissent essentiellement de saumon et de halibut. Ils se baladent en troupeau, c’est la femelle qui mène la danse, suivent toute sa descendance.

 


Les orques


Les « Transcients » (les migrants). Ils se baladent sur plus de 1000 miles, le long de la côte entre le nord de l’Alaska et des Etats Unis. Ils se nourrissent de toutes sortes de mammifères et ont pour particularité d’attaquer les Minkewhale (Ils ont la même taille que le sédentaire mais leur aileron dorsal est plus pointu. Lorsque la femelle accouche, elle part avec ses enfants, les « Transcients » évoluent donc en petits groupes.
La 3ème espèce, les « off shore », (du large) Jeff n’en a rencontré que 2 fois, ils se baladent en troupeau comme les sédentaires, sont un peu plus petits. On ne sait pas grand chose d’eux.


Nous naviguons pendant une petite heure sur son gros semi rigide à moteur, arrivons jusqu'à la frontière des Etats Unis. Quelques bateaux sont déjà là,  l’information a du circuler. Un troupeau d’orques danse autour de nous, frôle le bateau. Jeff travaille sur le terrain, pour les identifier, il les photographie. Chaque individu est différent des autres par la morphologie de son aileron dorsal et par la forme de la selle de pigmentation située derrière la nageoire dorsale. C’est ce qui permet de suivre, sur une période assez longue, l’évolution et l’organisation de l’espèce. Jeff réussit à leur donner une date de naissance précise, à partir de 1970. Les orques mesurent entre 8 et 10 mètres et pèsent environ 700 kilos. Il n’y a pas d’attaque d’hommes connue à ce jour. Philou nous raconte, qu’en revanche les orques attaquent parfois les bateaux. Lors d’une course à laquelle il participait, le Triangle Atlantique,dans les années 70, Philou avait à peine 20 ans, Jérôme Poncet à bord de Guia, s’était fait attaquer par des orques, juste après l’équateur, dans l’hémisphère nord. Il disputait la dernière étape, de Rio à Portsmouth. Les épaulards avaient coulé le bateau en moins de 20 minutes. A l’époque, il n’y avait pas de balise de détresse. Par chance, un cargo grec les avait repérés et sauvés 24h après. C’est Tabarly qui avait gagné la course. On ne sait pas si les orques avaient pris le bateau pour une baleine, le fait est qu’on évite de peindre les coques en blanc afin d’éviter toute confusion.



La famille en zodiac

 
Nous passons plus d’une heure à observer les orques. Sur le chemin du retour, nous croisons un Minkewhale (petit rorqual) de plus de 12 mètres. C’est rare d’en voir d’aussi gros. La chance est avec nous, les conditions météos sont rêvées. Ciel bleu, mer calme, les orques étaient au rendez-vous. Nous sommes comblés. Quelques marsouins deDall nous escortent. De retour à CanoeCove Marina, la Fleur est prête, toute propre, toute belle. Demain, elle sera remise à l’eau. Nous prendrons la mer à la marée haute, dans l‘après midi.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Lundi 12 juillet : Victoria Butterfly Gardens

« Le bonheur appartient aux papillons, aux bulles de savons et à ceux qui leur ressemblent » Nietsch. Cet après-midi, nous avons eu l’immense joie de partager un peu du bonheur de ces quelques 3000 lépidoptères. Les papillons des jardins de Victoria sont conservés dans un écosystème tropical reconstitué qui répond à des pratiques de développement durable.


75 espèces venues de différentes régions du monde y sont représentées,ils volent en toute liberté. C’est un centre de conservation et d’enseignement sur leur cycle de vie et en cela un bel exemple de préservation de l’environnement. La plupart proviennent de fermes d’élevage dans plusieurs pays tropicaux. Nous marchons, dans ce jardin tropical, il fait très chaud, plus de 27 degrés et 70% d’humidité. Deux flamands roses se baladent sur une petite mare.

 


Flamands roses


Nous apprenons que l’élevage des papillons est bénéfique pour l’environnement, notamment pour la culture des arbustes, fleurs ou arbres. Lorsqu’ils sont trop nombreux, ils sont remis en liberté, tout est, encore une fois, question d’équilibre des écosystèmes. L’importation des papillons par les jardins de Victoria est contrôlée et régulée. La durée de vie d’un papillon peut varier entre 4 à 6 semaines. Certains sont éphémères, et s’éteignent avant que la nuit tombe.

 


Papillon marron BROWN CLIPPER

 

Nous évoluons dans un univers féerique, composé de légèreté et de douceur, une symphonie de couleurs allant du noir au jaune en passant par l’or et le turquoise. Il y a les papillons de jour, les papillons de nuit, ceux qui volent rapidement et vont droit sur leur but, ceux qui préfèrent butiner d’une fleur à l’autre et prennent le temps de vivre. Certains se protègent de l’ennemi grâce à l’odeur nauséabonde qu’ils laissent dans leur sillage, le soir, ils se baladent en groupe, histoire de ne pas rater leur effet.

 


Papillon rouge POSTMAN Heliconius Melpomene


D’autres, laissent aux oiseaux qui tentent de les absorber, un goût épouvantable et de sérieuses douleurs à l’estomac. C’est magique. Nous sommes transportés dans un monde où la grâce a mille visages. Un parcours à travers le jardin est aménagé pour suivre les différentes étapes du cycle de la vie des papillons, l’œuf, la chenille, la chrysalide, puis le divin papillon. Nous quittons ce jardin, le cœur léger et joyeux, un petit papillon noir est tatoué sur notre main.
Les travaux sur la fleur avancent. L’antifouling a été passé. Philou a souhaité remonter légèrement la ligne de flottaison. Pour poser la nouvelle hélice, il a fallu changer la clavette(c’est la pièce d’assemblage entre le moyeu de l’hélice et l’arbre à hélice). Fleur Australe a fière allure. Son équipage se réjouit de reprendre la mer mercredi.

 


Les enfants au microscope

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Dimanche 11 Juillet : Beautiful British Columbia : BBC

Journée passée à découvrir Victoria, la capitale de la British Columbia. C’est une très jolie ville d’environ 300 000 habitants. Nous grimpons sur une colline qui domine la ville. Le point de vue est remarquable, face à nous, les sommets enneigés des « Olympics Moutains », entre Seattle et la mer.

Le port, bien abrité, est en plein centre ville. A quai, une réplique du célèbre Blue Nose, « le Pacific Grace ». Entre la statue de James Cook et celle de la reine Victoria, le magnifique bâtiment de la maison du gouvernement (« Govermnent House »), sur son toit en forme de dôme, le bronze du capitaine Georges Vancouver semble voler dans les airs. Un peu plus loin sur le port, l’Emperess Hotel, superbe construction des années 1920. Au chantier, nous avons rencontré David, un canadien particulièrement chaleureux, qui nous guide à travers sa ville. Il travaille dans l’immobilier et vit sur son bateau, bien au chaud dans son garage flottant de la marina. Il aime sa ville plus que tout au monde et se réjouit de nous la faire visiter.

 

Un hydravion amerrît dans le port. Victoria, comme sa grande sœur Vancouver, est une ville modèle en matière de « Green Cities ». Elle s’est engagée par la signature d’une chartre écologique à garantir la neutralité carbone de ses opérations, d’ici 2012. C’est le concept anglo-saxon de « Carbon Neutral ». Il s’agit de calculer la quantité de CO2 émise par les transports et toute autre activité polluante, puis de contribuer financièrement à des actions censées contrebalancer ces émissions. L’argent versé est destiné à promouvoir l’utilisation d’énergie propre (planter des arbres, etc). Victoria est aussi la capitale du vélo au Canada, il y a des centaines de kilomètres de voies et de routes à vélo.

 


Government House à Victoria


On croise même des vélos « electrically assisted », d’ailleurs, c’est un canadien de Victoria qui est arrivé 4ème de la 3ème étape du Tour de France. Il faisait la une du journal local. Dans l’après-midi, David nous emmène visiter le Butchart’s Garden, à quelques kilomètres de Victoria. Ces somptueux jardins datent de 1904, et s’étendent sur 22 hectares. Leur histoire est jolie. Le baron Butchart, pionnier dans l’industrie du ciment au Canada, possédait une usine dans les environs. Ces jardins étaient d’anciennes carrières, desquelles le baron extrayait le « Lime Stone » (pierre à chaux) et l’argile, nécessaire à fabriquer le ciment. Sa femme Jeannine Butchart eut l’idée lumineuse de transformer ces carrières qui dévastaient le paysage en un merveilleux jardin. Les Butchart rapportaient toutes sortes de plantes rares et de fleurs exotiques de leurs voyages à travers le monde. Ils ont appelé leur propriété « Benvenuto ». Ce qui n’était à l’origine, qu’un passe temps pour la baronne, est devenu un emplacement historique national du Canada et un des plus beaux jardins au monde. C’est un bel exemple de réhabilitation réussie. Le lieu est délicieux. Nous marchons à travers  le jardin japonais et la roseraie. Mille parfums excitent nos sens en émois. Nous remercions David pour cette très belle journée et regagnons notre île. Philou bricole sur la fleur, il peint la quille pour gagner du temps. Demain, il aura de l’aide. Nous devrions reprendre la mer mercredi au plus tard.

 


Phoques devant la Marina

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Vendredi 9 juillet : La marina

Un héron scrute l’horizon sur le petit ponton de notre ilot. Nous sommes à un quart de mille de la marina où la Fleur se fait belle. Une dizaine de phoques se prélassent autour d’un rocher. La température a considérablement chuté depuis hier. Promenade dans la forêt de cèdre rouge, nous longeons une petite plage corallienne.


L'île et la marina

 

L’eau est claire, quelques grosses méduses et beaucoup de kelp. Mis à part les phoques, on se croirait dans le golfe du Morbihan, des petites iles et beaucoup de courant. J’aperçois un aigle à tête blanche. Bien discret, caché sur son arbre, un hibou nous observe. Philou est au chantier, il est descendu dans le puits de quille décoller les nombreuses moules et doit changer les anodes du propulseur d’étrave. Il vient me chercher en annexe à l’heure du déjeuner. Il y a beaucoup de hangars à bateau dans la marina, des abris flottants comme des garages, une vieille habitude du temps où les bateaux étaient en bois et craignaient de rester dehors. J’ai hâte de reprendre la mer, même si cette escale forcée a tout pour plaire, la Fleur me manque et le rythme sympathique de notre vie à bord aussi.



Le capitaine et son navire

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Les 100 derniers billets du Carnet de bord