Vendredi 9 juillet : La marina

Un héron scrute l’horizon sur le petit ponton de notre ilot. Nous sommes à un quart de mille de la marina où la Fleur se fait belle. Une dizaine de phoques se prélassent autour d’un rocher. La température a considérablement chuté depuis hier. Promenade dans la forêt de cèdre rouge, nous longeons une petite plage corallienne.


L'île et la marina

 

L’eau est claire, quelques grosses méduses et beaucoup de kelp. Mis à part les phoques, on se croirait dans le golfe du Morbihan, des petites iles et beaucoup de courant. J’aperçois un aigle à tête blanche. Bien discret, caché sur son arbre, un hibou nous observe. Philou est au chantier, il est descendu dans le puits de quille décoller les nombreuses moules et doit changer les anodes du propulseur d’étrave. Il vient me chercher en annexe à l’heure du déjeuner. Il y a beaucoup de hangars à bateau dans la marina, des abris flottants comme des garages, une vieille habitude du temps où les bateaux étaient en bois et craignaient de rester dehors. J’ai hâte de reprendre la mer, même si cette escale forcée a tout pour plaire, la Fleur me manque et le rythme sympathique de notre vie à bord aussi.



Le capitaine et son navire

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Jeudi 8 juillet : Goudge Island

7h du matin :  Après une nuit en mer, nous accostons au petit ponton de Goudge Island, une petite île privée, juste en face de la marina de Canoe Cove  où la Fleur a rendez-vous à 15 heures pour sa mise au sec. Nous sommes accueillis chaleureusement par Ted, le manager. Il met à notre disposition la « Guest House » le temps que la Fleur soit prête à reprendre la mer. Cette île appartient à Robert HO, un armateur.


Kasey à l'Aquarium de Sydney


Lorsque mon amie, Anne Sophie AVE, directrice générale des armateurs de France, a appris que nous passions dans le coin, elle nous a immédiatement mis en contact avec lui. Les enfants sont enchantés par cette escale imprévue et profitent de la forêt. Vers 13 heures, nous accompagnons la Fleur en face à la marina, laissons Philou et partons à la découverte de Sydney, le charmant petit village à 25 km de Victoria. Sur le front de mer, il y a un aquarium géant qui abrite tout l’écosystème de la Colombie Britannique. Assise tranquillement derrière un bureau, au milieu des microscopes et des écrans, relatant notamment la catastrophe écologique du Golfe du Mexique, Kasey, une charmante petite jeune fille de 12 ans répond aux questions des touristes. Lorsque je lui apprends que nous parcourons le monde avec de jeunes enfants, elle décide de nous guider à travers l’aquarium et s‘empresse de répondre aux questions de nos explorateurs en herbe. Laura s’attarde devant les méduses tandis que Loup est fasciné par un poulpe géant et que Nina s’affaire à observer du plancton au microscope.

 


La Fleur sous le Travel Lift


De retour au port, nous assistons à la sortie de l’eau de la Fleur. Depuis ce matin, Philou est très tendu. Je devine à l’observer qu’il redoute ce genre d’opération. Mais tout se passe pour le mieux, à son grand soulagement, la Fleur est prête pour sa grande toilette. Nous laissons le capitaine assister à ses premiers soins tandis qu’au soleil couchant nous rejoignons notre petit ilot de paradis.

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Mercredi 7 juillet : Vancouver

13h00 : Rapide visite de Chinatown, Loup s’étonne devant les peaux de rats. Les étales explosent de couleurs et d’épices en tout genre. Nous remplissons nos petites obligations inhérentes au passage en ville (course, linge, poste), puis levons l’ancre en direction de Sydney sur l’île de Vancouver. C’en est définitivement fini des polaires, doudounes, bonnets, et autres couvertures.

Il fait très chaud, un soleil éclatant se reflète dans les tours d’argent. Cela faisait bien longtemps que la Fleur n’avait pas pris un vrai bain de soleil. Demain, elle a rendez vous à 15h00 au chantier Canoe Cove Marina de Sydney, pour se refaire une beauté.  Sortie de l’eau, carénage et antifouling, sa coque ressemble à un vrai jardin botanique.

 


English Bay à Vancouver


Elle sera entre de bonnes mains, le chantier est réputé, il a 40 ans d’expérience. En France, Philou a acheté un appareil Ultrasonic qui émet des ultrasons sensés empêcher la formation d’algues, de coquillages et d’anatifes. C’est inoffensif pour l’homme et pour l’environnement. Ce système a reçu le prix de la meilleure innovation maritime en Angleterre. Demain nous poserons aussi la nouvelle hélice avec des pales repliables pour aller plus vite. Voilà qui devrait améliorer les performances de la Fleur et lui permettre, d’ici un mois, de voler à travers le Pacifique pour rejoindre les Marquises. C’est curieux, de voir les enfants torse nu, se balader sur le pont, j’en avais perdu l’habitude durant tout ces mois de navigation dans les hautes latitudes. Cela donne à la Fleur un petit air de vacances et de légèreté qui n’est pas désagréable. Pour fêter l’été, nous faisons une halte à English bay et prenons un bain de mer au milieu des véliplanchistes et des cargos. Des dizaines de voiliers régatent et virent de bord au ras de la Fleur, le spectacle est magnifique.

 


Régates devant Vancouver


La température de l’air est de 30°, la température de l’eau est de 20°. Nous sommes, à cet égard, équipés par le centre IFREMER de Brest, Fabienne Gaillard, la responsable du département température et salinité nous a muni de capteurs qui mesurent et enregistrent automatiquement la date, l’heure, la pression, la température et la salinité de l’eau. Ils sont placés sur le tableau arrière du bateau et reposent sur des supports immergés. Nous les expédierons de Los Angeles et nous les remplacerons par des nouveaux capteurs que nous avons à bord, nous y joindrons notre journal de bord afin qu’ils puissent faire le lien avec notre trajet.

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Mardi 6 juillet : Henry Larsen

10h00 : Le soleil brille de tous ses feux sur Vancouver, le ciel est d’un bleu éclatant et la visibilité est telle que l’on aperçoit les éternels volcans de neige du Mont Baker, au sud de l’état de Washington.

13h 00 : Nous allons visiter le Musée Maritime. Le bâtiment  a été construit autour du Saint Roch, le célèbre bateau de Henry Larsen qui en est la pièce maîtresse. Le toit pointu permet d’abriter les mats du bateau.

De 1940 à 1942, le St Roch a effectué le passage du Nord Ouest en traversant  l’Arctique de Vancouver à Halifax. Il a mis 27 mois à accomplir ce voyage, passant le premier hiver dans la baie Walker et le deuxième dans la baie Pasley où nous nous sommes arrêtés l’année dernière.

En 1944, il a effectué le passage dans l’autre sens, (de Halifax à Vancouver) en empruntant une route plus au nord, celle que nous n’avons pas pu prendre l’été dernier car elle était obstruée par la glace. Il a réussi ce voyage en 86 jours seulement.

 


Fleur Australe à Vancouver au coucher du soleil


Entre 1928 et 1948, le St Roch a passé 21 étés et 12 hivers dans l’Océan Arctique où il fit 8 voyages au total. Pendant l’été, il patrouillait le long de la côte ouest de l’Arctique canadien. Il  ravitaillait les postes de police et transportait des passagers. Il y restait parfois l’hiver, ancré en toute sécurité dans une baie. De là, les policiers partaient en traîneaux à chiens rendre visite aux Inuits.  Ils enquêtaient sur les crimes, faisaient respecter les lois sur la chasse et veillaient au bien être des Inuits. Le St Roch est aussi le premier bateau à avoir effectué le tour du continent Nord Américain en passant par le canal de Panama avant de revenir à Vancouver en 1944 puis il fut retiré du service actif. Le gouvernement du Canada le restaura pour lui restituer son aspect d’origine.

 

Philou s’intéresse de près à la construction de ce bateau à moteur de 30 mètres avec 2 mats d’appoints. Ce n’est pas un brise glace mais il a été construit pour résister à la pression de la banquise. Sa double coque est faite de sapin de Douglas. Elle est protégée par des plaques d’acier sur sa proue, et ses flancs sont recouverts de planche d’eucalyptus, ce qui l’empêche d’être râpée par le frottement des glaces. La forme arrondie de sa coque lui permet de se soulever lorsque les glaces font pression, de sorte que ces dernières ne peuvent la broyer. Nous grimpons sur le pont, il y a un safran de secours qu’il pouvait changer seul en mer, des traîneaux, des chiens empaillés, un morse.  Nous visitons le St Roch et observons les moindres détails, poste d’équipage, carré, cuisine, cabine du capitaine Larsen, celle du radio-télégraphiste et celle des deux ingénieurs.

 


Henry Larsen sur le pont de son bateau le Saint ROCH


Il y avait 11 membres d’équipage au total dont six avaient une cabine. Après cet après-midi passé au musée, nous prenons un petit ferry qui nous promène dans la False River. Nous naviguons une heure durant dans ce bras de mer, au pied des gratte-ciel. Vancouver est définitivement très maritime, des petites plages, des marinas et beaucoup de bateaux. Au terminus, à Science World, nous prenons le Sky Train qui nous ramène jusqu’au centre ville d’où nous longeons à pied le front de mer jusqu’à notre petite marina. De retour au bateau, quelques canards barbotent tranquillement tandis que les rameurs profitent du soleil couchant. Il flotte dans l’air de Vancouver, une véritable douceur de vivre.

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Lundi 5 juillet : Vancouver

Nous passons sous le Lions Gate bridge, une passe étroite d’où son nom : « Narrow ». A bâbord, des montagnes de souffre jaune attendent d’être chargées par un cargo. Les hydravions amerrissent un peu partout dans la baie. Notre petite marina, Coal Harbour est située au pied des buildings, en plein centre ville.

Vancouver est la troisième ville du Canada avec 2,5 millions d’habitants. Son maire Greg Robertson est en place depuis 2008, il s’est donné pour objectif, d‘en faire la ville la plus verte du monde d’ici 2020. En effet, à peine débarqués, nous découvrons, une ville tout à fait propre, la plupart des taxis sont électriques, il y a des tramways. Nous sommes interpellés par la population, plus de 50% de ceux que nous croisons sont asiatiques, il est vrai que nous sommes dans le Pacifique. Les Canadiens l’appellent « Hongcouver » et pour cause.

 


Arrivée à Vancouver


Après une longue ballade dans les rues lumineuses de Vancouver, nous rentrons au bateau. A travers la forêt, les gratte-ciel réfléchissent leur lumière argentée. Vancouver est un subtile mélange entre le vert et la ville, qui tend à prouver que performance et progrès peuvent parfaitement vivre en harmonie avec écologie et respect de l’environnement.

 


Hydravion et cargo dans le port de Vancouver

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Dimanche 4 juillet : Pender Harbour

5h00 : Embouquons les Yucalta Rapids, dominés par des sommets enneigés. Vent de Nord Ouest, nous marchons à 7nds, toutes voiles dehors, génaker déroulé. La température de l’eau a considérablement monté, elle est passée d’à peine 13° à 19°.  Nous doublons le village de Powell River. Petit arrêt bain de mer, dans la petite anse de Quarry Bay. Il y a beaucoup de petites méduses, mais elles sont inoffensives.

Plus nous avançons, plus la côte est habitée, il y a de plus en plus de maisons. Des élégantes demeures en bois sur pilotis, au milieu des forêts de sapins, montées directement sur la roche. Elles ont toutes leur propre accès à la mer, qui mène à un bateau à moteur. C’est très maritime, des bouées de casier devant leur maison leur servent de décoration. Nous atterrissons sur Pender Harbour, une grande baie en forme de trèfle, bien protégée, qui abrite de somptueuses propriétés avec hangar à bateau. Certaines ont leur petit îlot privé, toutes possèdent un petit yacht à moteur. Cela doit être le lieu de villégiature des riches canadiens de Vancouver, situé à 80 km par la route. Le Royal Vancouver Yacht Club, ainsi que le Seattle Yacht Club y ont élu domicile et lui ont donné ses lettres de noblesse.

 


L'équipage enfants et chiens!


Les petits chiots grandissent à vue d’œil, ils ont ouvert les yeux il y a quelques jours et commencent à marcher. Cela ne nous facilite pas la vie. Pour l’instant, ils étaient dans une caisse dans l’atelier, mais ils ont besoin d’espace et Beti les délaisse de plus en plus. Elle est fatiguée par les tétées fréquentes. Nous les sortons 2 heures par jour dans le cockpit, les enfants sont ravis. Ce soir, nous ferons route en direction de Vancouver que nous devrions atteindre dans la nuit.

 


Somptueuse villa avec garage à bateau

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Samedi 3 juillet : baie de Bear Bright

10h00 : nous mouillons dans la baie de Bear Bright, une petite exploitation forestière. C’est samedi, personne ne travail, nous en profitons pour descendre à terre. Nous sommes immédiatement invités par le chef de chantier, à prendre le café. Il est ravi de nous accueillir, avec ses amis.

 


Géraldine devant des billes de bois

 

 Le soleil brille, le ciel est d’un bleu limpide, ils nous régalent de toutes sortes de cookies et autres donuts. Ils nous posent toutes sortes de questions. Comment les enfants suivent les cours, où allons nous, comment c’est déroulé le passage du nord ouest, avons nous eu beaucoup de glace. Après avoir visité l’exploitation, nous finissons par prendre congé de nos ôtes et reprenons la mer. C’est l’été ! Cela fait longtemps qu’il n’a pas fait aussi chaud et c’est bien agréable. A observer le paysage, on peut constater que sur des parcelles entières, les arbres ont été coupés. Par endroit, ils viennent d’être replantés, à d’autres, ils repoussent déjà. Mais combien d’espèces ont été replanté ?

 

Avec nos amis de Bear Bright


17h00 : Nous embouquons les Dent rapids, un goulet avec un très fort courant, 8 nds, au plus fort de la marée. Nous entrons dans le Devils hole, (le trou du diable), Philou fait tourner la barre dans tous les sens, nous sommes en plein milieu des tourbillons. La mer semble avoir perdue la raison, elle erre dans tous les sens, elle a perdu sa sérénité habituelle, elle est en proie à toute sorte de tourments profonds. Quelques milles plus loin, nous croisons d’autres maelströms, les Arran rapids. Le paysage est toujours aussi spectaculaire. Notre cœur bat au rythme de l’univers.

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Vendredi 2 juillet : départ en direction de Vancouver

4H00 : Il fait nuit noire, nous quittons Nimmo Bay, en direction de Vancouver, avec quelques arrêts éventuels. Nous embouquons le Mackenzie  Sound. Vers 5h00, nous tentons de franchir le Hopetown Passage lorsque la Fleur talonne. Le passage est très étroit et peu profond et encombré de kelps (algues géantes). Les cartes ne sont pas suffisamment précises. La Fleur s’échoue. Philou  relève la quille afin de faire marche arrière. Il faut se dépêcher car la marée descend. Nous contournons désormais l’île Watson pour poursuivre notre route.

 

9h00 : Petit arrêt obligatoire dans une des ravissantes petites criques de Laura Bay. Nous poursuivons notre cheminement vers le sud dans les canaux, entre les îles et la terre. Nous faisons une halte à Shoal Harbour, une exploitation forestière en pleine activité. Nous observons les bûcherons, ils taillent les arbres dans la forêt, les transportent sur des camions jusqu’à la côte puis déversent le tout sur des rampes grâce à un gros tractopelle qui les fait glisser dans l’eau.
 


 Remorquer de billes de bois
 

Un autre bûcheron dans un enclos fermé par un chapelet de billes de bois les attend  sur son petit remorqueur très mobile puis tri les rondins de bois, les organisent  en fonction de leur taille pour enfin les amarrer avec des câbles en acier de façon à ce qu’ils soient prêts à être tractés pour les futurs convois de billes de bois.
 

  

 

 


Après le déjeuner, nous poursuivons notre navigation. Mer plate entre les canaux. Ciel de traîne. Louvoyons entre les îles. Marchons à 7 noeuds, température extérieure 15 °. Température de l’eau 13°. Nous doublons un campement d’indiens. Dès que nous ne sommes plus protégés par les îles, nous rencontrons un fort clapot dû au fetch. Beaucoup de kelps flottent à la surface de l’eau. De nombreux goélands et quelques cormorans se reposent sur un rocher. Le paysage est époustouflant. La roche est lisse, polie par les anciens glaciers. Nous sommes dans d’anciennes vallées glaciaires.

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

 

Rampes et convoi de billes de bois

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