Mardi 22 juin : Journée au port

Journée sous la pluie. Philou s’attaque à quelques réparations peu agréables, mais d’intérêt commun, les toilettes. J’en profite pour lire et écrire. Les petites sont en pleine forme. Les journées passées au port sont assez pénibles, lorsqu’il pleut, les enfants tournent en rond dans le bateau et s’excitent mutuellement au fur et à mesure que la journée avance.

 

 

 

En fin de journée la bande son devient vite insupportable. Nous avons de charmants voisins canadiens, de Vancouver qui ont cassé leur deux hélices sur un caillou  à cause d’une erreur de GPS et se retrouvent bloqués au port. Ils nous ont offert un beau halibut à la vue de notre grande famille. Les halibuts sont très nombreux dans ces eaux. L’Alaska et le Canada se disputent régulièrement les zones de pêche. Il est l’équivalent de notre flétan. Philou a réussi à télécharger les cartes du Canada, il n’y parvenait pas jusque là. Il a l’air soulagé. Après une halte au grand supermarché pour l’avitaillement, nous voilà fin prêts à lever l’ancre.

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

 
Scène de vie dans la timonerie

Lundi 21 juin : Cow Bay

Hier 20h00 : nous prenons la mer. Le vent s’est levé. La mer s’est formée. Elle est en colère. Je parviens à endormir les petites. Dans la cabine avant c’est les montagnes russes. Philou est obligé de tirer des bords pour avancer. Vers 2h00, le vent tourne et nous permet de faire la route directe. La houle est encore bien là. Nous passerons la nuit ainsi à subir cette houle de face.

L’Alaska est décidément bien difficile à quitter. Nous ne sommes plus à l’abri des îles dans les canaux. Nous marchons à 4 nœuds,  contre le vent, la mer et le courant.

8h00 : Nous sommes enfin au Canada. Nous croisons quelques cargos qui émergent de la brume comme des vaisseaux fantômes, plusieurs bateaux de pêches. Le vent a mollit, la mer se calme. Nous marchons à 6 nœuds. Une petite pluie fine et pénétrante vient parfaire ce paysage lugubre, gris. Au loin nous apercevons les premières îles canadiennes.


Les enfants à Cow Bay

 
12h00 : Nous sommes dans le chenal d’accès pour Prince Rupert « La ville arc en ciel », celle du Canada où il pleut le plus. C’est de là que lui vient ce joli surnom. Environ 2,50 mètres de précipitations chaque année. Nous sommes escortés par deux remorqueurs et comble du bonheur il ne pleut pas. Le ciel nous offrirait-il un arc en ciel ? Treize milles habitants vivent dans ce port en eau profonde. Port de pêche et de commerce du Pacifique.

15h00 : Nous relâchons dans Cow Bay. Ici tout est à l’effigie des vaches : les enseignes, les bittes d’amarrage, les drapeaux, les tasses, les assiettes… Les habitants, beaucoup d’amérindiens, des chinois, des canadiens. Nous mangeons un gâteau au chocolat dans un petit café sur le port, qui vu sa taille ne tarderait pas à me transformer moi aussi en vache si je venais à rester un peu trop longtemps par ici !

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Dimanche 20 juin : Vers le Canada

7h00 :  Au réveil, Philou et moi prenons l’annexe et nous enfonçons dans l’anse, dans le but de croiser et peut-être de filmer des biches. Tout au bout, dans un paysage bucolique à souhait, deux biches et un petit faon se promènent dans les herbes hautes. Pas farouches, elles se laissent approcher, filmer, photographier. Moment de grâce ! Revenus à bord nous levons l’ancre.

12h00 :  Latitude 55°22 N  Longitude 132°W. Vent dans le nez. Petit clapot sec. La mer se forme peu à peu. Vent de sud de 20 nœuds, force 4. Le bateau est à la gîte. L’horizon variable entre éclaircies et gros cumulus. Nous sommes dans le Clarence Strait. A bâbord, nous croyons apercevoir une énorme baleine et pour cause, il s’agit d’un sous-marin américain et de son chien de garde qui s’interpose aussitôt entre lui et nous. Il nous demande de nous dérouter et de passer dans leur ouest. Nous virons de bord et poursuivons notre route. Nous avions perdu l’habitude d’être à la gîte. Les petits chiots sont serrés les uns contre les autres ou plus exactement, les deux mâles écrasent la pauvre petite Maya qui est en minorité. Beti les a délaissés. Marion plus sensible que les autres au mal de mer, regarde un film dans la bannette.

 

 
Petite biche pas farouche


17h00 : Marchons à près de 9 nœuds, grand voile hissé, génois déroulé, nous faisons une belle arrivée à la voile,  dans le petit port de Metlakatla, où nous avons décidé de relâcher pour quelques heures. Nous sommes encore en Alaska. Petite balade dans ce village indien, où ne croiserons guère âme qui vive. Après un dîner de crabe nous levons l’ancre.

 


Sous-marin et son chien de garde

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Samedi 19 juin : Salmon Bay

Petite halte à Salmon Bay, histoire de dormir quelques heures. Au réveil nous avons le plaisir de découvrir deux ravissantes biches qui traversent la baie, en nageant d’une rive à l’autre. Nous partons relever les casiers, sans succès, seule une grosse étoile de mer s’est fait prendre. Ce qui déclenchera quelques sarcasmes de l’équipage, à l’encontre du capitaine. 

 

 

 
Un senneur pêcheur de saumon

 


Il faut dire que celui ci possède à peu près, tout ce qui se fait, comme  beurre à tartiner les casiers et autres ruses de sioux pour attirer les divins crustacés. Nous poursuivons notre route vers Prince Ruppert au Canada. Le soleil brille. Le ciel est bleu chargé des quelques petits cumulus humilis accrochés aux sommets .Nous croisons de nombreux îlots verdoyants. Philou bricole. La navigation tranquille le permet.

 

 

 Mouillage à Salmon bay

 

 

20h00 : Après cette journée à naviguer dans ces longs canaux, sous un soleil de plomb avec une mer d’huile. Nous relâchons dans la petite anse de Windfall Harbour. Le soleil se couche doucement. Nous profitons de nos dernières heures en Alaska. J’ai l’impression d’en avoir fini avec la glace et le froid, en tout cas pour cette année. Plus de monts enneigés, plus de growlers, plus d’iceberg. Nous descendons vers le sud. C’est avec une certaine émotion que je m’apprête à quitter, l’Alaska. C’est ici que nous sommes arrivés, une fois le passage du Nord Ouest achevé. C’est encore ici que la Fleur a patienté tout l’hiver. J’ai la sensation, que c’est une fois arrivés au Canada, que commencera réellement la nouvelle expédition. Je ressens cette étape comme une transition. L’Alaska est merveilleux mais il me tarde d’arriver au Canada. Nouveau territoire. Nouvelles aventures. Inch Allah.

 

Vendredi 18 juin : Petersburgh

Nous arrivons au port de Petersburgh sur l’île de Mitkof, réputé pour être l’un des plus jolis villages de l’Alaska du Sud Est. Trois milles âmes y vivent, essentiellement de la pêche. L’île de Mitkof  abrite une importante colonie de loups. On y trouve aussi, des ours noirs, des phoques, des loutres de mer, des baleines à bosse mais aussi des chèvres et des cygnes.


En pénétrant dans le très joli port, un groupe de Lion de Mer devise bruyamment sur une bouée de chenal tandis qu’un ravissant petit caboteur croise notre sillage et qu’un hydravion se pose à coté de nous.

 


20h00 : Après une petite promenade dans le village effectivement bien sympathique, nous reprenons la mer. Notre prochaine escale, Prince Ruppert au Canada. Ce soir la lumière est dorée, elle ensorcelle les forêts de sapins. On pourrait  croire que nous naviguons sur une rivière, la même douceur. Nous sommes pourtant bel et bien en mer. Quelques cabanes sur pilotis, le long du rivage, isolées, cachées au fond  des bois. De belle maisons, aussi, tout en bois, avec leur ponton.  Des petites barques de pêcheur. Cinq ou six aigles à tête blanche sur une bouée de chenal. Les femelles peuvent atteindre jusqu’à 2,60 mètres d’envergure. Nous marchons à 7 noeuds avec un courant favorable. Loup joue à l’indien sur le pont. C’est la belle heure. Le coin est magnifique. Je filme. Ce soir au menu Sockeye salmon. Ce saumon passe quatre ans en mer avant de repartir pondre en rivière…

 

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

 

Jeudi 17 juin : Port de Hoonah

8h00 : Nous nous amarrons sur le quai du petit village de Hoonah pour faire le plein de fuel.  Les quais sont sur pilotis constitués de grands pieux en bois, à marée basse c’est assez impressionnant de hauteur. Ici les marnages atteignent 6 mètres. Quelques aigles dévorent des déchets de poissons déversés sur la grève par un pêcheur. Nous partons faire un tour dans le village.

Devant les petites maisons en bois, des pierres sculptés façon totem. Denis et Nina cherchent, en vain, un possible accès internet. Nous buvons un chocolat dans un petit bar tout en bois. Au mur sont accrochés une peau d’ours noir et une peau de chèvre des montagnes, avec leurs têtes. Les petites sont très impressionnées. Le bar est tenu par deux indiennes approchant les 100 kg.

 

 

 


12h00 : Nous levons l’ancre. Mer calme. Le ciel se dégage peu à peu. En route pour Petersburg à 150 milles de là. Nous croisons quelques baleines. Nous naviguons dans le Icy Channel, grand voile hissée et genaker déroulé. C’est l’autoroute, bien confortable, un grand canal, d’environ 4 milles de large, bordé de magistrales forêts de sapins dominées par des monts enneigés.

 

Texte rédigé par Gérarldine Danon

 

 
Port de Hoonah

Mercredi 16 juin : Hoonah

7h00 : Philou est fâché, il a laissé échapper un gros halibut qui a arraché son hameçon.
Nous levons l’ancre direction Hoonah, à 50 milles de là. Le plafond est bas, recouvert de nombreux stratus qui flottent tels des fantômes sur les immenses forêts de sapins. Léger brouillard. Nous sommes dans le goulet d’entrée de Glacier Bay, freinés par un courant contraire estimé à 3 noeuds. Le vent est faible de sud, 4 nœuds. La mer est calme. La température extérieure est en hausse 13°, celle de l’eau est montée à 9°. Des gerbes d’eau un peu partout à l’horizon, comme des souffles de vie, provenant des abysses. Ce sont les baleines, décidément nombreuses dans ces eaux, elles viennent s’y nourrir entre mai et septembre. Leurs queues virevoltent dans les airs. Il y en a une qui bondit devant nous, son corps imposant totalement hors de l’eau. Je n’ai pas le temps de la filmer, c’est trop rapide. Je me contenterai de leur queue et de leur dos. Dommage ! C’est magique.
 
A babord, un troupeau de phoques vient nous saluer. Ils demeurent un long moment, à jouer près de la Fleur. Un peu plus loin nous croisons deux loutres de mer. Quelques oiseaux nous survolent, des macareux, et deux aigles dont un qui a pêché un gros poisson. Il est plus chanceux que nous, le bougre ! Dans notre sillage, un paquebot, le Golden Princess, un monstre de 300 mètres de long, en route pour Ketchikan, le dernier port avant le Canada.

 


Les enfants sont aux anges, ils ont baptisé les trois petits chiots : les 2 mâles sont Géronimo et Juneau, et la femelle s’appelle Maya. Ils sont craquants, chaque jour d’avantage.


Beti a repris sa ligne de jeune fille. Nous sommes désormais douze à bord : 4 adultes, 4 enfants, 4 chiens. L’équipage est serein, la vie à bord a repris son cours, chacun a retrouvé ses habitudes. Laura et Marion sont plus calmes, les premiers jours elles étaient très agitées. Denis fait l’école aux enfants avec beaucoup de calme et de sérieux. C’est son métier. Nina va rentrer en 3ème, Loup en 6ème. Laura a commencé l’école pour la première fois hier, elle fait du graphisme. Quant à Marion elle court partout dans le bateau et semble heureuse de retrouver son univers (c’est ici qu’elle a fait ses premiers pas).

 


17h00 : Toutes voiles dehors, nous marchons à 6 noeuds, avec un fort courant dans le nez. La brume s’est dissipée. Nous déroulons le génaker. Nous l’avions rangé au Groenland avant d’attaquer le passage du Nord Ouest pour installer le projecteur à sa place.

21h00 : Nous arrivons à Hoonah. A babord une ancienne conserverie, tout en bois, quelques maisons, un petit musée. C’est bien joli.

 

Texte rédigé par Gérarldine Danon

Mardi 15 juin : Les Glaciers

 

8h00 : Nous nous rapprochons du glacier. Nous mouillons sur une petite moraine entre le glacier Margerie et le Grand Pacifique. L’eau est laiteuse, chargée d’alluvions déversés par le glacier. Sa température a considérablement chutée, elle est à 5°, la température extérieure est descendue à 8°.
Le panorama est époustouflant. Le glacier Margerie est blanc tirant vers le bleu phosphorescent, propre à la glace. Quant au Grand Pacifique il est complètement noir, on pourrait croire qu’il est volcanique, c’est pourtant bel et bien un glacier entièrement recouvert de poussière de roche, aussi noire que le charbon. Nous débarquons et prenons de l’altitude, grimpons parmi les amas morainiques. La Fleur repose, solitaire et élégante, dans ce paysage glaciaire. 

13h00 :  Nous levons l’ancre, un phoque se réchauffe sur un growler. Le ciel est couvert, le soleil tente une percée à travers les nombreux alto stratus.

 



20h00 : Nous pénétrons dans Shag Cove, un fjord étroit et très encaissé, entre des sommets de plus de mille mètres. Ces fjords profonds sont le résultat de l’érosion glaciaire due au travail et au frottement. Une masse de glace qui arrache sol et rochers des versants et du lit des vallées est à l’origine du travail.
Nous jetons l’ancre. Des petits cours d’eau se déversent dans la mer. Philou pense que ce doit être un excellent spot de pêche. Aussitôt dit, aussitôt fait, à peine la canne à pêche lancée, il remonte un petit halibut (flétan).

 

 

Texte rédigé par Gérarldine Danon

 

 

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