7 avril, en mer

Le Golfe de Gascogne est plutôt calme et clément pour nous en cette fin d'hiver. Un moment de répit dans la valse des dépressions, une fenêtre météo, comme disent les marins. Pas de tempête en vue, nous avons sauté sur cette occasion pour « dégolfer » (sortir du golfe). Il faut compter au moins deux jours de traversée pour atteindre les côtes espagnoles et parcourir les 300 milles qui séparent la Bretagne de la Galice. La houle est là, jamais apaisée, elle parcourt l'Atlantique et déroule une onde qui gonfle la mer. Les oiseaux sont rares, quelques fous de Bassan, venus du nord à la recherche d’éventuelles proies. Des cargos croisent au milieu de nul part. En approchant de la côte, nous retrouvons les pêcheurs. Le ciel est couvert et, à peine aperçues, les montagnes de la côte disparaissent à nouveau dans une brume légère, et bientôt le crachin fait son apparition. Notre rayon de soleil vient des dauphins qui nous escortent pendant des heures. Pas très joueurs, ceux-ci ne sautent guère hors de l'eau. Ce soir elle est à 13°C, nous avons gagné 2° depuis la Bretagne.

Le vent a basculé au nord et la Fleur, toutes voiles dehors, s’envole à 9 nœuds. Nous atteignons la pointe Estaca de Bares, vient ensuite une succession de caps, Ortegal, Villano et la pointe occidentale de l'Espagne, le Cap Finisterre que nous passons ce matin au 3ème jour de traversée. La route s'incurve vers le sud pour longer les côtes espagnoles et portugaises et d’ici deux jours, au maximum, nous rejoindrons Lisbonne. La mer est agitée, les petits bateaux disparaissent dans le creux de la houle.

Les estomacs se sont amarinés et les enfants ont repris l’école, je filme chaque jour. Je suis heureuse d’avoir retrouvé la quiétude de l’océan. La houle me berce et les vagues me chantent leur plus douce mélopée. Le quotidien a fini de m’absorber, il a laissé la place à un horizon étoilé et inspirant. Ce matin le ciel est gris mais dans la langue d’Homère le mot « bleu » n’existait pas. L’adjectif qui désignera plus tard un bleu foncé renvoie dans l’Odyssée au monde de la nuit et des enfers. Alors aujourd’hui, en doublant cet imposant cap Finisterre sous un ciel anthracite, on peut dire que nous sommes au paradis.

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 Laura fait école, même en traversée

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Vérification de la pharmacie du bord
 

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 Cap Finisterre, la pointe la plus occidentale d’Europe

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Les pêcheurs sont nombreux autour du Cap