18 avril, Tanger la mystérieuse

Terminus des caravanes, antichambre de l’hégire, porte de l’Afrique et de la Méditerranée, Tanger avec ses mystères, sa médina, ses guirlandes d’arômes, ses étrangetés, ses ombres incongrues et ses façades blanches, a depuis toujours exercé une fascination sur les aventuriers et les artistes, Paul Morand, Beckett, Matisse, Delacroix, Truman Capote, Tennessee Williams, les Rolling Stones, ont tous été citoyens de ses collines insouciantes. Je n’échappe pas à la règle et suis envoutée par cette ville sulfureuse.

Vous l’auriez compris Tanger est une ville à part, ne serait-ce que par sa géographie, à l’orée de la Méditerranée. Hercule durant sa bataille avec le géant Antée, aurait d’un coup de sabre ravageur, ouvert la mer et crée le détroit de Gibraltar. C’est au Cap Spartel, justement, non loin des grottes d’Hercule, dont la plus célèbre représente une carte de l’Afrique creusée dans la roche, que nous avons passé la journée d’hier. Le Capo Spartel battu par une houle furieuse marque la rencontre de la Méditerranée et de l’Océan Atlantique.

Ce soir nous embouquerons le mythique détroit et ferons voile vers l’Algérie, Oran plus exactement. En attendant, le capitaine passe ses journées au bateau à bricoler. Loup, Laura et Marion visitent la ville et moi je poursuis des heures durant, l’ombre d’un chat dans la casbah. J’apprends la rue, ses frondes, ses turbulences, ses flots d’hommes, ses codes, sa morale, on ne regarde pas les femmes par exemple. Je déguste du pain tout chaud dans un four traditionnel, j’observe la tranquillité des intérieurs. Chaque logement pauvre ou riche semble être une oasis. Les terrasses ouvrent les habitations vers le ciel. Espace d’évasion intérieure où l’on fait sécher le linge. Je poursuis mon chemin, les chiens crient dans la médina, je passe devant la mythique librairie des Colonnes avant de m’arrêter boire un thé au Claridge.

Il est midi, le bleu de la mer claque sous le soleil au zénith. Nous allons au cap Spartel prendre un bain de mer dans les rouleaux de son immense plage. Les vagues explosent en grands geysers blancs sur le rivage. L’à pic des falaises, la lande déserte tremblent sous des colonnes de lumière qui brouillent l’arrière-plan des collines. Je retrouve la place du 9 avril au crépuscule. Le port, la baie, l’ombre lointaine et proche des côtes espagnoles, et toujours la lumière. Bowles « tirait les rideaux » selon son expression pour ne pas tomber dans la tentation de ne rien faire et se dissoudre dans la contemplation de cette beauté devenue mystère. J’observe cette baie et cette beauté m’éblouit. Tout le long du cap Malabata, de lourds nuages cuivrés, bousculés et rabattus vers la terre par les rayons de l’aurore. Des pêcheurs debout dans leurs barques jettent des filets ou ramassent des bidons d’huile dans lesquels ils ont entassé des poulpes, quelques cargos sont à quai à côté de Fleur Australe. De l’autre côté du détroit, les premiers feux de l’aube allument les banderilles fauves des côtes. L’Espagne s’éveille des vapeurs de la nuit en donnant l’illusion qu’elle entre dans la mer. Entre les deux côtes le détroit de Gibraltar où les deux mers se mêlent et coulent dans un grand fleuve d’espérance. L’Espérance d’un monde meilleur qui donne sa place à tout individu.

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 Devant la célèbre porte peinte par Matisse

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Préparation du thé à la menthe au café BABA

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Cap Sparte, la rencontre entre la Méditerranée et l'Atlantique

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Fleur Australe à quai, port de Tanger, bientôt une marina accueillera les voiliers

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Le port, folle ambiance

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