5 mai, Porquerolles

Nous quittons Marseille en milieu d’après-midi après avoir été à la rencontre d’Hubert, un pêcheur sur Aurélie 2, son petit senneur. Mourad Kahoul nous retrouve, il est le président du syndicat des pêcheurs. « En Méditerranée il n'y a pas de pêche industrielle, celle où le poisson est transformé à bord du bateau. Ici on pratique exclusivement une pêche artisanale » nous explique-t-il. « Il n’y a pas plus de 6 heures entre la prise du poisson et sa vente en criée, je veux privilégier les marchés de proximité » ajoute-t-il avec passion.

A entendre nos amis pêcheurs il ne semble pas y avoir de pénurie et depuis quelques années, des quotas ont été imposés sur certaines espèces. La sardine est bien là et le thon, un temps menacé, semble de nouveau avoir repeuplé les eaux. Mourad se bagarre contre l'administration, qui impose beaucoup de brevets, immobilise les pêcheurs pour des petits problèmes médicaux. Il aide également les jeunes en difficulté à s'investir dans le métier de la pêche. « Du poisson il y en a, mais ce sont les pêcheurs qui manquent » conclu-t-il.

Le vent s’est levé rapidement, un fort mistral avec rafales à plus de 45 nœuds. Nous filons toutes voiles dehors vers Porquerolles, la mer est blanche et des moutons d’océans viennent se fracasser sur la coque de la Fleur qui brave fièrement la tempête. Philou a enfilé sa combinaison jaune et manœuvre sous les embruns, il prend deux ris dans la Grand-voile, tandis que je range tout ce qui peut dépasser dans le bateau, désormais à la gite. Nous doublons le redoutable cap Sicié, le ciel s’empourpre des heures durant sur les montagnes de la Sainte Baume, qui rougissent à sa caresse. Des "Grands dauphins" surfent sur les vagues de l’étrave. Vers minuit nous relâchons finalement devant la tour fondue.

Au petit matin nous profitons d’une courte accalmie pour faire des images avec le drone, avant de rejoindre Porquerolles. Fleur Australe se faufile délicatement entre l’île du Grand Ribaud et l'Ile du petit Langoustier. Nous rejoignons la plage d’argent, l’eau est translucide et le soleil est d’or. Le vent nous a offert un court répit mais dès le lendemain il est au rendez-vous pour le lancement de la 18ème édition de la Porquerolles' cup. Les spis déployés tels des papillons aux mille couleurs, ensorcellent la mer, les bateaux dansent et le ballet vaut le détour. Porquerolles est chère à notre cœur, nous nous y sommes rencontrés et Florence notre complice, avec qui nous avons partagé tant de moments joyeux ici nous manque, son rire me parvient comme un écho bienveillant dans le souffle du vent et son souvenir m’accompagne à chaque instant.

Demain nous regagnerons la réserve naturelle de Port Cros pour aller à la rencontre des scientifiques et plonger avec eux. En attendant je regarde la mer, une mouette virevolte autour de la Fleur, elle reste là un moment, une éternité, et le vent rugit de plus belle.


Le Mistral et Tramontane

Le vent en Méditerranée est bien plus capricieux qu'en Atlantique. Il est soumis aux effets de la terre, des vallées et des montagnes. La vallée du Rhône, canalise le vent du nord et entre le massif central et les Alpes, il s'accélère dans ce tuyau et devient tempête en mer. Plus de cinquante nœuds de vent comme nous avons eu ces derniers jours. La mer devient grosse et hachée. Les houles se mélangent et la mer est désordonnée.

Les caps Creus en Espagne et Sicié près de Toulon, deviennent des Cap Horn où le vent et la mer deviennent dangereux. Au cap Sicié, la hauteur de la montagne accélère le vent. La pointe rocheuse fait tourbillonner le vent et les vagues. Il devient difficile de passer les caps, tellement les éléments se déchainent.


L’Ifremer

Nous avons rencontré Sylvain Coudray, responsable à l'Ifremer de Toulon de l'étude des courants marins en Méditerranée. Le détroit de Gibraltar joue un rôle important et permet de recycler les eaux avec un apport de celles de l'Atlantique, mais on estime qu'il faut trente ans pour effectuer un cycle. Les eaux rentrent en surface et ressortent par le fond. Ce détroit ,avec ce mélange des eaux, est très riche et on y trouve beaucoup de poissons, espadons, requins et beaucoup d'autres espèces.
Des courants importants comme celui du Ligure qui longe la côte d'Azur et peut atteindre 0,5 nœuds.
L'étude de ces courants peut servir en cas de pollution, à mettre en place un plan d'intervention.

D'autres phénomènes sont étudiés comme le bloom du plancton, qui a lieu au début du printemps et qui voit un développement rapide de tous les planctons qui vont alimenter la chaîne de nutrition des autres espèces.
Des requins sur lesquels on a installé des balises GPS, sont suivi et permettent de comprendre où ils vont se nourrir. Certains peuvent traverser en quelques jours entre Sète et la Corse. Ils remontent le courant du Ligure et une fois fatigués se laissent porter par ce même courant.
Le transport des matières plastiques par les courants permet de comprendre où celles-ci s'accumulent dans des gyres.

Le Mistral et la Tramontane ont une influence sur les courants de surface.

En Méditerranée on distingue deux grands bassins, celui du Levant d'Israël jusqu’à la Sicile et l'autre occidental entre la Sicile et Gibraltar. Celui du Levant à des eaux plus chaudes.

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Sur la place du village à Porquerolles.

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Il reste des pointus à Porquerolles. Ici celui de notre ami Sam le pêcheur.

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La 18ème semaine de Porquerolles. 

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Le bateau de Lionel Péan au largue sous spi

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Deux jeunes pêcheurs dans le port de Marseille

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Avec Hubert et Mourad Kahoul. Il y a du poisson en Méditerranée, mais il n’y a pas assez de pêcheurs.

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Marion et Fleur Australe dans le port de Marseille.

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Le capitaine dans une ruelle du vieux port.

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Avec les élèves de Marseille. Projection d’un film sur nos expéditions.

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Ca surfe à plus de 10 noeuds dans le Mistral qui souffle à plus de 45 noeuds

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Coucher de soleil sur le cap Sicié.

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Journée tranquille dans la baie de Porquerolles.