24 mai, Grosse mer

Nous quittons la Sardaigne avec un avis de grand frais à coup de vent, mais le vent sera d'ouest et nous serons donc au portant pour rejoindre l'île de Ponza distante de 150 milles. La mer est plate en quittant l'abri de la côte, mais va peu à peu se former et grossir. Des crêtes blanches couvrent la mer d'un bleu profond et bientôt les vagues vont déferler. Fleur Australe s'envole, tranchant la houle, des paquets d'eau se déversent sur le pont.

La Costa Esmerelda, une des plus belles côtes de la Méditerranée s'efface dans notre sillage. L’île Tavolara dresse son imposante épine dorsale de 600 mètres, comme un monstre marin sorti de l'eau. Le soleil brille et nous filons à plus de 9 nœuds. Le vent est instable en force et direction, sans doute les effets des montagnes et des Bouches de Bonifacio, il nous envoie son souffle puissant par bouffées tempétueuses. Il faut empanner, pour passer bâbord amure et se mettre dans le flux venant des Bouches. Nous avons pris deux ris dans la grand-voile et tangonné la trinquette. La Fleur file et surfe sur la houle. Les vagues nous ballottent et nous effectuons quelques départs au lof, le bateau gité à fond. A bord les objets s'envolent. Il faut tout bloquer dans les coffres. Après un bon rangement, nous sommes prêts pour le pire. Même en Méditerranée un chavirage est possible. Prudence, le maître mot. Sur le pont Philou a saisi les aussières et doublé les amarres sur l'annexe. Une vague qui submerge le bateau peut tout emporter sur son passage. Seul le capitaine est autorisé à sortir pour les manœuvres. Pour filmer, je m'agrippe aux haubans, une main pour moi l'autre pour la caméra. Un dauphin égaré, vient nous saluer et repart rejoindre sa tribu dans les îles Sardes.

Le soleil s'enfonce dans le lointain, la mer devenue noire, reflète les nuages de cirrus qui ont rosi avec le coucher. C'est la Lune qui prend le relais. Encore pleine, elle jaillit de l'eau, derrière la crête d'une vague. Spectacle au combien émouvant qui n'est réservé qu'aux navigateurs au long court. L'horizon nous appartient tout entier. Pas de montagnes, pas de buildings, pas de voisins, nous sommes seuls au monde. Cap sur la Péninsule italienne et sa première île à près de 300 kilomètres. La mer prend les reflets argentés que la Lune disperse sur les flots déchainés.

Les enfants sont harnachés dans leur bannette. Beti, notre chien, recroquevillé, geint, elle en assez de ce bateau qui ne cesse de rouler bord sur bord. Nous enchainons les quarts, avec alarmes sur le radar et sur l'écran d'ordinateur d'où l'on peut repérer les monstres d'aciers qui sillonnent les eaux de la Méditerranée. C'est le principal danger.

1 heure du matin. Il faut empanner à nouveau car le vent fait des caprices. Détangonner la trinquette, enlever la bastaque et faire passer la grand-voile par 40 nœuds de vent. Le capitaine exécute la manœuvre comme un funambule en équilibre sur sa corde. Pas le droit à l’erreur. Pas de fausse note. Tout est millimétré, précis. La manœuvre est dangereuse, une voile qui bat peu se déchirer et le mat ne tient qu'à un fil.

Petit matin venté. Toujours autant de vent. La mer est grosse et ourle de sa longue houle. Pas de repos, dernier empannage avant de mettre le cap sur l'île Ponza.

Une tourterelle emportée par la tempête vient trouver refuge sur notre bateau. Elle nous accompagnera quelques milles avant de rejoindre la terre promise qui la sauvera d'une noyade en pleine mer.

Les îles se dessinent au loin et à plus de 9 nœuds, nous glissons à l'abri des falaises immaculées et pouvons enfin poser l'ancre dans le joli petit port aux maisons colorées.

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Reflets d’argent sur la houle de la mer Tyrrhénienne

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La mer se déchaine

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Une tourterelle est venue trouver refuge sur Fleur Australe pour échapper à la tempête.

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Arrivée sur l’île Ponza.

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