12 Juin, Catane

Une fois passés par le travers de Messine, nous voguons, vent arrière, jusqu'à Taormine. La montagne se jette sauvagement dans la mer. La ville, haute perchée, dégringole en cascade sur les falaises escarpées, accompagnée d’opulents massifs de bougainvillier. Les grecs y avaient déjà construit une cité et on y retrouve un superbe théâtre, vestige du temps passé.

Nous poursuivons jusqu'à Acitrezza et relâchons devant Les Ciclopi, impressionnants pinacles de basalte noir qui surgissent des profondeurs et qui protègent le port. Ce sont les rochers que Polyphème le cyclope aveugle, a jeté sur Ulysse et son équipage tandis qu’ils tentaient de s’enfuir. Il n’a pas réussi à l’atteindre mais la tempête fut terrible. En effet lorsque Ulysse débarqua en Sicile, le monstre borgne le fit prisonnier ainsi que 12 de ses marins. Il en dévora six avant qu’Ulysse n'arrive à lui planter un pieu brûlant dans l'œil. Ulysse et ses marins réussirent finalement à s'enfuir, accrochés, sous le ventre des moutons du Cyclope. Le héros d’Homère démontra une fois de plus que la ruse et l’intelligence triomphait souvent de la force

Un peu plus loin, Catane, deuxième grande ville de la Sicile, 500 000 habitants, au pied du plus grand volcan d’Europe, le majestueux Etna. La grande fertilité de la région est en partie due au volcan. En arrivant au port, la première impression est plutôt mitigée, on découvre une ville sale et entourée d'immeubles plutôt laids, mais le centre-ville réserve d'agréables surprises avec ses édifices du XVIIIème siècle et sa joie de vivre lorsque la nuit tombe. La ville a été rasée par un tremblement de terre en 1693 et souvent reconstruite, on retrouve ici et là, des fragments d’anciens édifices. Le symbole de cette reconstruction est un éléphant, placé sur une stèle baroque, surmonté d'un obélisque qui se termine par une croix. Le tout a été récupéré dans la ville après le terrible séisme. Nous sillonnons Catane en compagnie de Milena, amoureuse de sa ville, elle nous en fait découvrir l’âme et la poésie : la cathédrale, les ruelles exiguës, et les places charmantes, ainsi que le célèbre marché aux poissons. Une impressionnante variété de poissons y est étalée, espadons, thons, sardines, loups, aiguillettes, dorades, calamars, pieuvres, mais encore tellines, palourdes, moules et langoustines. Malgré un faible plateau continental, la pêche semble prospère.

Est-ce la présence du volcan et le risque qu'il procure aux habitants, mais la protection de l’environnement ne semble pas faire partie des préoccupations des habitants et la pollution est ici, présente partout. Problème de ramassage des ordures, mais aussi incivilité, comme ce pêcheur que je vois lancer sa bouteille en plastique dans un port déjà bien sale, rempli de déchets flottant en tout genre.

On ne peut passer en Sicile sans aller admirer ou gravir les pentes du « Pilier du ciel », c’est ainsi que le nommaient les Grecs. A Catane on l’appelle « La Montagne ». L'Etna avec ses 3350 mètres, en impose par ses dimensions. Pas moins de cinq cratères en activité. À son sommet, des coulées de lave et des éruptions fréquentes. Tout autour, d'anciens petits volcans témoignent d'une activité qui a débutée il y a plus de 6000 ans. Il nous faut un guide vulcanologue pour atteindre le sommet et découvrir le cratère. La dernière éruption a eu lieu il y a seulement quinze jours. L'accès vient d'être à nouveau autorisé, car il y a évidemment un grand danger à s'approcher de la bête en furie. La neige est encore présente, elle est souvent recouverte par les dernières scories crachées par le volcan. Nos enfants souffrent dans les derniers mètres de la montée. Les chaussures crissent sur les pierres. Arrivés au sommet, ça fume de partout, et les nuages de vapeur et de gaz nous étouffent. On prend vite conscience du tumulte et de l’indescriptible chaos. Les anciens pensaient que le volcan représentait les portes de l’enfer, nous ne sommes pas loin de croire la même chose aujourd’hui, tant l’air est saturé et les gaz nocifs. La lave est encore chaude, et si la surface a eu le temps de se refroidir, le cœur n'est que patte visqueuse et brûlante. Le cataclysme est total, et les fumerolles orangées s'échappent par bouffées régulières. L'activité est bien présente. Nous sommes entourés par des vapeurs toxiques qui nous arrivent par intermittences. Etrange sensation que d’inhaler ces gaz acides et malodorants. L'activité augmente et nous avons de plus en plus de difficulté à respirer. Les enfants se sentent mal. Marion pleure et Laura ne peut plus avancer, elle demande à redescendre. Elle a envie de vomir. Je prie notre guide de nous faire rentrer immédiatement. J'ai mal aux poumons et mes yeux brûlent. Il est hors de question de faire vivre ça aux enfants. Moment de panique, notre guide qui nous avoue trouver là une activité inhabituelle, semble désarçonné. Nous sommes tous atteins par ces gaz sulfureux et semble-t-il très toxiques. Il faut redescendre au plus vite. Nous dévalons la pente à pleine vitesse pour échapper aux gaz. Y a-t-il un danger d'éruption ? On est en train de se le demander, vu la tête de notre guide, qui lui aussi court à vive allure, nous n'osons plus regarder derrière nous. La survie est vers la pente pour fuir le monstre.

Nous retrouvons la Fleur en fin de journée. Les enfants vont mieux et nous retrouvons notre calme. L’Etna était en colère aujourd’hui. « Il est chaque jour différent, totalement imprévisible, en évolution constante » m’explique Milena encore sous le choc.

Nous larguons les amarres et filons toutes voiles dehors vers la Croatie. Nous doublons les rochers d’Ulysse. La Vierge Marie scintille dans la nuit, perchée sur un des cailloux, tandis que la Lune se lève doucement et éclaire l’horizon bleuté.

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Fleur Australe au mouillage devant le rocher d'Ulysse

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Escalade vers le cratère de l'Etna

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On redescend pour échapper au monstre en furie

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Petite pose pendant l'ascension entre neige et cendre

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Laura à Acitrezza devant les rochers d'Ulysse

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Loup en bas du volcan avant la dernière montée

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Au bord du cratère qui fume et crache des vapeurs nocives qui nous obligent à descendre rapidement

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Taormine et sa petite ville haut perchée

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Coucher de Soleil sur l'Etna

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Catane et son éléphant symbole de la reconstruction de la ville après le tremblemment de terre de 1693.
Nina est venue passer quelques jours avec nous.

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Les rues de Catane

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Port Ulysse et ses fresques