23 juillet, Dardanelles

Dernière escale en Grèce, nous avons rendez-vous avec Fotini, elle nous mène dans son domaine, près du joli village de Sigri, 150 hectares et 20 000 oliviers qui produisent une des meilleures huiles de la mer Egée, un nectar des plus fruités avec aucune acidité. Ici on cultive dans les règles de l’art, en osmose totale avec la nature et surtout avec une passion et un amour, hors du commun.

Olives récoltées à la main, pressées à froid, une histoire de famille et d’art de vivre : trois variétés d’olives, des grenades, des figues, des tomates et des vignes, le tout entouré de champ de lavande, de thym et de sauge qui parfument délicieusement ce « liquide doré » comme le nommait Homère. Fotini nous fait faire le tour de sa propriété, elle fabrique son propre compost avec les artisans du coin. C’est la posidonie, qui permet de nourrir les arbres. Véritable poumon de la méditerranée, cette algue aux multiples vertus a décidément plus d’une corde à son arc, puisque même en fin de vie, elle sait se rendre utile. « Ici tout est recyclé et rien n’est perdu » m’explique Fotini en récoltant quelques succulentes tomates. Nous passons avec elle une journée délicieuse, et regagnons le bateau en fin de journée couverts de cadeau, huile, sel, olives, figues et légumes en tout genre.

Apres avoir quitté Patmos nous avons louvoyé sans discontinuer contre le Meltem, avec des escales à Chios puis à Lesbos.

Depuis quelques années, ces îles sont envahies par les migrants venus de la Turquie. Ils arrivent pour la plupart de la Syrie, d'Afghanistan, ou d'autres pays en guerre. Leur salut, ils le voient en espérant fouler la terre de l'Europe. Les îles grecques ne sont qu'à quelques milles des côtes turques. Ils sont plusieurs milliers à tenter leur chance. Sur la côte, les traces sont visibles, gilets de sauvetage, radeaux abandonnés, bateaux éventrés sur les rochers. Triste spectacle ! Nous mesurons notre chance de pouvoir voyager en homme libre et compatissons avec ceux qui ont tout laissé derrière eux.

A Lesbos plusieurs camps ont été aménagés, et ils sont des milliers à attendre de pouvoir poursuivre leur voyage. Les pays Européen patrouillent avec des bateaux dans ces eaux. Nous avons été contrôlés en pleine mer par des coast guards suédois. Dans le port de Mitilini, des bateaux anglais et norvégiens renforcent le dispositif de surveillance. Une tension palpable existe quand nous devons effectuer les formalités de départ pour rejoindre la Turquie.

Après trois heures de navigation musclée contre le vent nous accostons à Ayvalik, port d'entrée en Turquie. Une toute autre ambiance, c'est l'Asie. Les minarets et le chant des prières, qui résonne et nous envoûte. Petites ruelles pavées à l'odeur de souk. On nous a fermement déconseillé d’aller en Turquie, mais malgré la gravité des derniers événements, nous avons décidé de rejoindre Istanbul, comme prévu. Le capitaine ne croit pas à une guerre civile et le pays semble avoir retrouvé son calme. Le turc affiche fièrement le drapeau de son pays et de grands étendards flottent au vent un peu partout.

Cap sur Bozcaada, une île à l'entrée du détroit des Dardanelles. Nous relâchons dans le petit port et traversons en ferry pour rejoindre la ville de Troie, qui se trouve à une demi-heure de voiture dans les terres. Si Troie était un port au temps de l'Antiquité, la rivière qui bordait la ville a fini par ensabler l'estuaire. Dans notre voyage sur les traces d'Ulysse, nous ne pouvions manquer cette ville qui le rendit célèbre, au terme d’une guerre qui a duré dix ans. Quelques ruines subsistent mais nous serons comblés en passant devant le village de Canakkale qui expose fièrement le cheval de Troie, celui d’Hollywood, qui servit dans le film « Troie ».

La lune se lève sur l'Asie. Nous sommes dans le détroit des Dardanelles. Il y a longtemps, très longtemps, au temps de la préhistoire, les montagnes se sont ouvertes entre la mer Noire et la mer Méditerranée. L'Europe se détacha de l'Asie et créa le détroit des Dardanelles, la mer de Marmara et le Bosphore. Les eaux des deux mers purent ainsi communiquer entre elles, et depuis l'Antiquité, ce passage est devenu un lieu stratégique et convoité. Les hommes se sont battus pour le contrôler. Plusieurs guerres eurent lieu, dont celle de Troie, qui vit triompher Ulysse et son célèbre cheval, une ruse pour anéantir les troyens.

Demain Istanbul, la magnifique… Une étoile filante traverse le ciel. C'est une météorite, un corps céleste venu de l’univers, qui en rencontrant notre bouclier atmosphérique, s'enflamme dans un panache de feu. Elle illumine le ciel et explose dans une gerbe émeraude fluorescente. Magie de notre monde, si petit, dans cette grandeur infinie du cosmos.

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Poker pendant les traversées.

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Au milieu des oliviers, chez Fotini, les enfants ont trouvé leur rocher.

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Lesbos, 20000 oliviers cultivés dans les règles de l'art.

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Lesbos, dans le domaine de Fotini.

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La posidonie a bien des vertus, même en fin de vie elle sert de compost pour les oliviers.

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A Troie, avec la famille de notre guide Uran.

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Le cheval de Troie, Une ruse d'Ulysse qui le vit triompher au terme d'une guerre de 10 ans.

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Quelques ruines, Sur les traces d'Ulysse, dernière escale, Troie.

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Un cargo s’est échoué sur la jetée du port de Bozcaada. Le capitaine s’est endormi.

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Ile de Bozcaada. En route pour Troie.