2017-02-21 - Port Saïd

Le ciel est habillé de ses millions d'étoiles. Vénus va se coucher, Orion au zénith nous surveille et le Lion apparaît au-dessus de l'horizon.

Nous croisons de nombreux bateaux de pêche égyptiens qui profitent d'une eau riche en alluvion alimentée par le Nil et d'un plateau continental qui s'en va quelques kilomètres en mer. Au loin des plateformes de forage éclairent le ciel encore sombre.

Les lumières de Port Saïd apparaissent au loin. Les cargos sont au mouillage, ils attentent l'autorisation pour embouquer le canal de Suez. Nous affalons les voiles, pour emprunter le chenal qui nous mène dans le port. Un pilote monte à bord et nous indique notre emplacement de quarantaine. Premier bakchich, le bateau du pilote réclame son dû … nous lui offrons un cigare. Le pilote qui a fait quelques mètres avec nous demande la même chose. Il faudra s'y faire, c'est la règle dans le pays.

Port Saïd. Cette ville a été érigée spécialement pour la construction du canal de Suez. C'est en 1854 que Ferdinand de Lesseps, consul de France au Caire, obtient la concession du canal par le vice-roi d’Égypte. Le 17 novembre 1869, l'Aigle, battant pavillon français, est le premier navire à emprunter le canal de SUEZ. Il aura fallu plus de 10 ans, et 25 000 paires de bras pour creuser dans le désert ce canal qui permet de relier la Méditerranée à l'Océan Indien et donc de raccourcir considérablement le trajet entre l'Europe et l'Asie. Ce projet avait déjà été pensé par les arabes plusieurs siècles avant notre ère, mais il a fallu attendre le 19ème siècle.

En 1956, la France perd sa concession et depuis cette date, ce sont les égyptiens qui gèrent entièrement le passage. A Port Saïd, il reste le quartier français avec ses maisons en bois de l'époque. La ville a perdu son faste d'antan, elle est aujourd'hui en décrépitude. En 2015, a été inauguré un nouveau canal qui double le premier pour faciliter le passage des gros bateaux. Aujourd'hui c'est plus de cinquante bateaux par jour qui empruntent ce canal.

La zone est sensible, classée orange depuis 2016 en raison du développement du terrorisme et du risque de prise d'otage. Lors du passage du canal, nous serons encore accompagnés d'un pilote, c’est une obligation. Il y a une escale imposée en son milieu à Ismalia. Elle a été construite pour servir de résidence aux expatriés français. Pour la petite histoire, Claude François, notre célèbre chanteur, y est né, son père travaillait pour la compagnie du canal et sa maison existe toujours.

C'est ici que Moise à la tête du peuple hébreu, a traversé ce qui est raconté comme étant la Mer Rouge qui n’est autre que la mer des roseaux, et ce ne serait pas la mer qui se serait ouverte devant lui, mais les roseaux qui peuplent les marécages de la région. En effet on a découvert un guet entre les marécages, ce qui, avec une tempête de sable aveuglante, aurait permis à Moise de réaliser ce miracle en sauvant le peuple.

A peine amarrés, c’est un défilé d’autorités qui se succède à bord, les douanes, l’immigration, l’hygiène, l’armée et pour finir c’est une équipe armé de mètres, qui est venue prendre la jauge de notre vaisseau, afin de connaître sa masse exacte pour passer le canal. (Longueur, largeur, profondeur, tirant d’eau).

Fleur Australe se prépare à traverser la Mer Rouge. Depuis plusieurs mois nous sommes en relation avec les autorités, les ambassades des différents pays bordant cette mer redoutée, et le golfe d'Aden. Le Golfe d'Aden est connu pour sa piraterie mais depuis quatre ans, il est surveillé par une coalition de différents pays qui ont mis en place un système de surveillance avec des patrouilleurs et des avions pour enrayer les actes de piraterie qui touchaient toutes les catégories de navires. Il semble que le système ait porté ses fruits.

Nous avons pris toutes les mesures pour la sécurité du bateau et de son équipage.

Les zones frontalières, toujours sensibles seront évitées. A bord nous avons installé une deuxième balise de positionnement avec un bouton alarme pirate.
Pas de risque zéro, nous le savons, mais comme dans toutes nos navigations nous mesurons le danger et nous nous adaptons.

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