2017-03-12 - Au large en Mer Rouge

Nous avons quitté Hurghada avec ses hôtels et le béton des constructions qui a envahi la côte. Au mouillage les bateaux de plongée se comptent par centaines, une véritable industrie pour aller voir les petits poissons sous l'eau. Nous voulons nous éloigner de cette foule et nous retrouver seuls, en pleine mer, un luxe que nous apprécions à sa juste valeur. Quatre jours de traversée pour rejoindre Port Soudan.

Nous avons le vent en poupe, ce vent arrière fa 2017 03 12 04qui fait la mer belle, comme disent les marins. Comme un grand oiseau, toutes voiles déployées, nous surfons sur les vagues. Le ciel est clair, pas de nuage. Imperceptible, la poussière du désert continue sa course folle jusqu'en mer. Le matin, le bateau est recouvert d'une fine pellicule dorée. Dans le ciel, Orion, le Lion et un peu plus tard le Scorpion, majestueux, se dresse devant nous. La lune est là, elle grossit de jour en jour. Ici on prend le temps, le temps d'observer, de détailler, de contempler. Un horizon de 360° rien que pour nous. Nul part ailleurs, la nature vous offre ce spectacle. Pas un arbre, pas une dune, pas une lumière qui puisse envahir notre espace. Nous voulons que ce bonheur dure. Oublier la terre, oublier les petits objets connectés, oublier les informations qui nous submergent. Le monde tourbillonne, mais sans nous. Égoïste le marin ? Sûrement un peu. Dès que l’on s’éloigne de la côte plus de policiers, plus de check point. Nous sommes redevenus des hommes libres sur une mer qui n'appartient à personne.

Mer Rouge, mais je la vois bleue pourtant, verte, jaune ou laiteuse, suivant ses humeurs. Est-ce une algue, la couleur des montagnes, ou les couchers du Soleil ? On ne le sait pas vraiment. C'est une mer presque fermée. En haut l'homme a creusé le canal de Suez, mince filet d'eau à travers le désert. En bas, le Bab el Mandeb, un détroit de quelques milles de large entre le Yémen et l’Érythrée qui donne accès au golfe d'Aden et plus loin l'Océan Indien. De son isolement, elle a hérité de la salinité la plus forte au monde. Aucun fleuve ne s'y jette et ne vient radoucir ses eaux. Elle est aussi la plus chaude et peu atteindre les 30° C. Elle possède les plus beaux coraux et ses myriades de poissons nous ensorcellent. Seules les baleines la boudent, mais quelques dauphins viennent se nourrir et on croise parfois quelques cachalots. Les tortues sont nombreuses, mais les oiseaux restent discrets.

Le vent a faibli. Nous approchons du pot au noir. Ici cette zone de convergence est peu marquée. Le ciel a changé subitement et quelques nuages gonflent à l'horizon. Nous n’en avions pas vu depuis un bout de temps. Pas d'orage, mais quelques timides gouttes de pluie. Le vent tournicote, la Fleur se dandine, les voiles battent, le vent s'essouffle et vient le calme. Les lignes se mettent à rugir. Un thon saute derrière le bateau. Laura hale le crin et remonte à bord un beau Germon aux grandes ailes couleur jaune. Le capitaine opère tel un chirurgien le corps de la bête sanguinolente. La mer devient rouge...

fa 2017 03 12 01

fa 2017 03 12 01

fa 2017 03 12 01

fa 2017 03 12 01

fa 2017 03 12 01

fa 2017 03 12 01

fa 2017 03 12 01