Djibouti

Nous longeons les côtes de l’Érythrée, et allons tirer un bord vent arrière dans de petites îles. Le capitaine veut s'approcher de ces îlots, voir à quoi ils ressemblent. Dans son livre « Aventure en mer Rouge » Monfreid raconte ces mêmes îles. Il nous conte la façon dont il se renseigne auprès des pêcheurs de nacre pour trouver les plus belles perles qu'il ira ensuite vendre à Suez. A terre des pêcheurs nettoient nonchalamment leur poisson. Un camp est installé sur la plage, les barques sont au mouillage. Nous ne nous attardons pas dans cette zone, car elle est dangereuse. Le sud de l’Érythrée est une zone de transit avec le Yemen. Trafic en tout genre, armes, cigarettes et clandestins. Le temps bouché nous est favorable. Nous glissons dans la brume comme le bateau de Jack Sparrow.

La nuit s’installe. fa 201703300003Pas d'étoile. Au radar nous surveillons le moindre indice. Les boutres en bois sont difficilement repérables. Ils donnent un mauvais écho. Il faut ouvrir l'œil, écouter et sentir les vibrations. Le vent est bon, une chance avec cette fenêtre météo, Eole nous porte vers Djibouti. Il n’y a guère plus de 5 % de chance d'avoir ce vent du nord qui nous propulse par l’arrière à plus de 7 nœuds, c’est une aubaine ! Ce ne sera pas pareil dans le Golf d’Aden, malheureusement. Au milieu du détroit les cargos se croisent. Nous ne voyons que leur écho sur l’écran. Le jour se lève et la visibilité est encore mauvaise. Nous avons passé la frontière entre l’Érythrée et Djibouti. Nous sommes rassurés. Pas de mauvaise rencontre !

Devant nous l'archipel des sept frères surgit de la brume. C'est une par une que les îles se dévoilent. Cailloux volcaniques sortis de la mer. L'archipel est classé air marine protégée. C'est un endroit exceptionnel situé à la sortie du Bab el Mandeb. Les eaux sont brassées et l'endroit bien protégé par son isolement. Nous faisons le tour des îles. Le courant est fort et si la plongée nous tente, elle n'est possible qu'en se laissant dériver. Impossible de se mettre à l'eau et de laisser le bateau à la dérive.

Le cap Ras Bir reste invisible. Là-bas, un sémaphore surveille tout le trafic avec son puissant radar. La haute barrière du mont Malba se découpe sur une mer d’un bleu profond. Cap sur Obock. Premier port de la côte. Une plage étroite sépare un amas de murs écroulés de la mer. C'est ici que Monfreid avait sa maison. Lieu stratégique pour mouiller son bateau et trafiquer vers le Yemen, la Somalie, l'Ethiopie. Dans sa maison il cachait ses ballots de hachich, recouvert de terre et d'une dalle de ciment. Dans les îles Moucha il enterrait les armes, le temps de déjouer les douaniers.

Des pêcheurs sont à l’accore du récif, avec leurs lignes ils remontent des abîmes des dorades argentées et des gros mérous. Nous mouillons devant la jetée et descendons à terre. Nous sommes accueillis par un garde de la marine. Pas question d’aller dans le village car les formalités d'immigration se font à Djibouti. Sur le quai un boutre charge une cargaison de cigarettes. Les hommes s’agitent et nous observent, circonspects.

Les réfugiés yéménites arrivent en grand nombre du Yemen où sévit la guerre. Mais à l'inverse il y a des migrants éthiopiens qui cherchent à rallier le Yemen pour ensuite se diriger vers l'Arabie Saoudite. De tout temps ce lieu a été une plaque tournante de trafic en tout genre, hommes, armes, drogues, nourriture, objets en tout genre.

Nous rencontrons un vieux pêcheur à la barbe blanche, il traîne sa barque vers le large. « Depuis les derniers affrontements je n’ai plus de moteur, et plus d’argent » nous explique-t-il. Il nous parle de son père qui a bien connu Monfreid. « Un sacré brigand, il était protégé par ses gri-gris et il échappait à tout, ses hommes l’admiraient » me raconte-t-il encore.

En quelques heures nous traversons le golfe et faisons une escale aux îles Moucha. A peine l’ancre posée, les enfants plongent avec masque et palmes dans une eau translucide. Les coraux sont abîmés et les poissons se font rare. Il y a eu de la surpêche, les îles sont désormais contrôlées et protégées. L'archipel est à quelques milles de Djibouti, c'est une destination facile pour les Djiboutiens qui viennent s'y baigner et observer les fonds sous-marin.


Djibouti. La rade est pleine de cargos. Cela change du port de Massawa en Érythrée, ou de celui de Port Soudan. Ici l'activité bat son plein. Porte-container, méthanier, pétrolier, transport de charbon en provenance de Chine. Il y a aussi les bateaux de l'armée, américains, français et chinois. Djibouti tire ses principales ressources des droits provenant des différentes bases militaires. C’est le seul port d 'Ethiopie depuis que l’Erythrée s’est emparé du port d’Assab.

Nous traversons un nuage de poussière de charbon pour nous rendre au bureau afin d’effectuer les formalités d’entrée. Le capitaine du port est sympa et connaît bien notre aventure. Il nous faut patienter car c'est l'heure de la prière. Ambiance de grand port avec un mélange de boutres, de remorqueurs, de cargos. Les hommes chargent le charbon dans des camions ou décharge des containers. On nous quémande quelques francs djiboutiens pour garder l'annexe. Les petits boulots sont indispensables et permettent à beaucoup de survivre. Comme d’habitude on m’interdit de filmer et je manque de me faire retirer ma caméra par deux hommes du service de sécurité mais je réussis à m’en sortir de justesse une fois encore.

En ville les vendeurs de khat, les femmes en général, ont leur échoppe dans la rue. Ce sont des plantes qui poussent dans la corne de l’Afrique et au Yemen, elles sont consommées fraîches pour leur pouvoir stimulant. On commence en général à partir du milieu de l'après-midi, tout le monde part avec son petit bouquet de feuilles vertes enroulées dans un tissu humide. La majorité des Djiboutiens ne peut s’en passer On « broute » pendant des heures cette feuille que l'on garde dans la bouche en y formant une chique. On boit du thé ou de l’eau et cette plante donne l'énergie pour la fin de la journée. Il y a peu elle atterrissait quotidiennement par avion des hauts plateaux éthiopiens mais Ethiopian Airlines ne loue plus ses services pour le transport d’une plante psychoactive, c'est donc par camion qu'elle arrive aujourd'hui dans le pays. Pour Djibouti le moindre retard est dramatique, l’ambiance change subitement et le manque se fait sentir de façon palpable.

Nous délaissons Fleur Australe pour deux jours et partons pour le Lac Abbe. Quatre heures de route et de piste pour rejoindre ce lac à la frontière avec l'Ethiopie. Nous partons au petit matin et campons sur place à la nuit tombée. Nous traversons la brousse avec notre 4X4, les gazelles nous guettent, elles prennent la fuite à notre approche. Nous traversons quelques villages et les enfants nous escortent, curieux. Nous leurs laissons de l’eau et quelques pièces. Le lac « pourri » est un des lieux les plus désolés au monde, un morceau de lune tombé sur la terre qui marque l’extrémité nord du rift africain. A cheval entre Djibouti et l’Ethiopie, Le lac s'assèche depuis des centaines d'années. Sécheresse, dérivation des cours d'eaux pour l'irrigation. Située dans une zone sismique, le lac dont le niveau était plus haut de 60 mètres perd 4 cm par an. Il y avait des fumerolles sous-marines, créant ainsi des centaines de cheminées qui demeurent telles des statues géantes, tourmentées, dressées vers le ciel. La plus grande d’entre elles est surnommée le Mont Saint Michel. Silhouettes étranges et déchiquetées, d’où jaillissent des sources chaudes qui émanent des entrailles de la terre. Les herbes poussent dans ce désert et les bêtes, ânes, chèvres et dromadaires viennent brouter sous l'œil protecteur de leur berger. Ce sont les Afars, peuple nomade qui habite cette région désertique. Ils vivent dans des cases qui ressemblent à des igloos, elles sont fabriquées avec des branches courbées, plantées dans le sol et recouvertes de nattes de palmier tressées. Habitat sommaire. On peut y dormir jusqu'à vingt, femmes et enfants. Les hommes reposent dans une autre case, car ce peuple de guerriers, qui se bagarre encore pour les troupeaux ne doit pas mettre en danger sa famille. En s ‘éloignant les uns des autres, ils évitent ainsi que les femmes et les enfants ne se retrouvent au milieu de l'affrontement. En fin de journée nous sommes conviés à prendre le thé par le chef du village avant de retrouver notre case de pierre et de palmier pour tomber bien vite dans les bras de Morphée, bercés par les cris des hyènes et des chacals.

De retour à la capitale nous arpentons les rues et les places, de nuit comme de jour. C’est un doux mélange de l'Afrique, de l'Arabie et de l'Inde. Dans les échoppes on vend du tabac, des épices, des tissus…
Nous découvrons la cuisine locale et ce peuple souriant et chaleureux tandis que le capitaine passe ses journées dans la salle moteur. Le groupe qui n’apprécie pas les eaux chaudes de la mer rouge est en panne ce qui engendre de nombreux problèmes à bord notamment le frigo qui ne fonctionne plus. Nous sommes invités par le proviseur du Lycée Joseph Kessel et échangeons avec les classes de CM2 après avoir projeté un de nos films.

Il nous reste à découvrir la perle de ces lieux, le Lac Assal. Décor volcanique et spectaculaire, situé à moins 157 mètres au-dessous de la mer. Un canyon et sa faille qui sont la continuité du rift africain, là où l'Asie et l'Afrique se séparent. Quelques centimètres par an, et nos deux continents s'en vont dans leur grande dérive. Un tunnel sous terrain alimente en eau salée ce lac éblouissant. Unique au monde avec cette banquise de sel où l'on peut se promener. Il est exploité depuis des siècles par les nomades afars qui filent avec leurs dromadaires, chargés de plaques de sel jusqu'en Ethiopie à travers les montagnes qu’ils rejoignent après plusieurs jours de marche.

Il pleut. Nous glissons doucement sur ce lac irisé. La banquise de sel est recouverte d’un manteau d’eau. Les enfants ont remonté leur pantalon jusqu’aux genoux pour atteindre la bordure du lac. Le soleil m’éblouit, il fait des ricochets dans un arc en ciel de perles d’eau qui se dissolvent éperdument dans ce désert immaculé.

Quand la nuit vient nous retrouvons Fleur Australe et appareillons pour Tadjoura, à quelques milles. La haute barrière du mont Malba se découpe en noir contre le ciel tout constellé d’étoiles. Je songe à cette vie intense que la mer recouvre du manteau des étoiles reflétées et je m’assoupis sur le pont, bercée par la mélopée des vagues qui ondulent doucement sous la voûte céleste.

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Devant les cheminées

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Dans une case de nomades Afar

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Une case de famille nomade

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Laura et Marion admirent le paysage lunaire

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Marion et Laura sur le sel du lac

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En route vers le Lac Abbe

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Port d'Obock

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Port d'Obock

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On charge un boutre à ras bord

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Port d'Obock

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Un Zaroug yéménite chargé de légumes

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Vent du Khat en ville

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Port de Djibouti à la tombée du jour

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Cheminées du Lac Abbe

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Un nomade Afar dans le désert

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La jeunesse, croissance démographique 2,2%. Moyenne d'âge 23 ans.

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Un jeune berger

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Coucher de Soleil au Lac d'Abbe

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Un dromadaire traverse le lac asséché

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On y a tournée le film "La planète des singes"

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Une case dans un petit village

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Une femme s'en va conduire ses chèvres vers les sources chaudes, là où pousse une belle herbe

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On la surnomme le Mont St Michel

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Des enfants du peuple Afar

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Village caractéristique du désert

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Ces cases servent la journée. Le bois fait office d'isolent et l'air passe à travers les branches pour l'aération

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Des femmes préparent le repas dans une case

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Accueil chaleureux

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Un grand père de 84 ans

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Le Lac Assal et sa banquise de sel

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Géraldine sur la banquise

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Marion

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Voyage dans un autre monde

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Zone volcanique et au fond le Lac Assal

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Le Ghoubet et son décor volcanique

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Bateaux au mouillage à Djibouti

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Conférence au Lycée Joseph Kessel de Djibouti

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