27 avril : Chittagong

Nous sommes arrivés à Chittagong, Bangladesh, après une rude semaine de traversée au près serré, à tirer des bords contre le vent avec une mer désordonnée qui nous a malmenés. Une des pires traversées que nous ayons eu à endurer à ce jour, sans eau douce, avec une chaleur épouvantable, un groupe qui ne fonctionne plus, des heures dans la salle moteur à tenter de réparer la pompe à fuel, des batteries mortes qui nous oblige à faire tourner le moteur en permanence pour recharger, du bruit nuit et jour pour parfaire ce tableau sympathique. Arrivés hier, à la tombée de la nuit on nous demande d’attendre au mouillage à l’entrée de la rivière, un fort courant de plus de quatre nœuds rend le mouillage difficile d’autant que nous avons une ancre de dépannage, vu qu’une pièce du guindeau nous a lâchée et que nous ne pouvons plus de ce fait, utiliser l’ancre principale, la deuxième que l’on appelle ancre de miséricorde nous a également abandonnée en Birmanie dans le port de Kawthoung. 

2018 04 27 fa 01Nous mouillons donc une troisième ancre, le mouillage semble à peu près fiable même s’il y a des dizaines de bateau qui nous double de près, ce qui n’est pas rassurant, nous hissons des lumières pour être le plus visible possible. On nous conseille de rester vigilants et de garder un œil sur le pont pour éviter tout acte de piraterie, nous qui rêvions de dormir tranquilles après cette traversée, ce sera pour une autre fois. 

Mais c’est une autre menace qui va avoir raison de notre sommeil : à 3H30 du matin le vent forcit, plus de 35 nœuds, des éclairs font frémir la Fleur, il nous faut agir de toute urgence car le bateau dérape, l’ancre ne tient pas, nous sommes poussés vers la côte qui n’est qu’à quelques encablures et le capitaine doit réagir vite. Le très fort courant nous empêche de relever l’ancre et l’amarre risque de se prendre dans l’hélice. Il décide donc de sacrifier notre mouillage, c’est notre deuxième ancre perdue en quinze jours. A bord, la tension est palpable, la manœuvre s’avère difficile en raison du vent violent, et du tonnerre, les enfants sont réveillés, ils ont peur, ajoutée à la fatigue la situation est cauchemardesque. Nous restons à croiser le long de la côte, dans la tempête durant quelques heures. Vers 6 heures du matin, le vent mollit, un pilote monte à bord vers 9 heures et nous guide dans la rivière jusqu’au port. Yves Marre nous attend avec un agent qui doit nous aider à effectuer les papiers d’entrée, mais c’est vendredi, jour férié ici et c’est surtout le plus long week-end end de l’année qui dure jusqu'à mercredi, pas de chance !

Le beau sourire d ‘Yves « navigateur solidaire » qui est arrivé avec sa péniche hôpital en 1994, nous réchauffe immédiatement le cœur. La chaleur de son accueil, un bouquet de fleur, du thé, un gros gâteau au chocolat où il est inscrit bienvenu au Bangladesh, voilà qui nous touche profondément et nous réconforte, cet homme est d’une rare bonté, c’est inscrit sur son visage et son parcours de vie ne trompe pas, cela nous fait beaucoup de bien. Sa personnalité et son calme illuminent notre bateau et aide à nous faire passer la pilule, car nous apprenons que ce n’est pas aujourd’hui que nous aurons le droit de sortir malgré toutes ses interventions auprès de l’ambassade et de l’amiral. « Ici il faut rester calme et prendre son mal en patience, nous verrons demain » nous explique Yves avant d’ajouter « Bravo pour votre traversée du Golfe de Bengale, je sais que vous avez eu des conditions difficiles, je suis rassuré de vous savoir au port ». Nous aussi ! Nous ne sortirons pas aujourd’hui c’est ainsi, j’espère que cela se fera au plus vite. En attendant, on nous colle quatre gardes sur le pont qui se relaieront pour nous surveiller. Nous espérons que le camion d’eau que nous avons commandé arrive rapidement ; je crois que cette douche à venir sera mémorable, pour ce qui est du bruit il faudra attendre que Philou réussisse à changer cette pompe pour pouvoir enfin recouvrer le calme et la vie sans ce satané moteur qui fatigue ma tête sans discontinuer et me rend folle. Demain est un autre jour… les choses finiront par s’arranger ! 

L’essentiel est bien d’être arrivés jusque-là, au Bangladesh, sains et saufs, et d’avoir la chance d’être accueilli par un Monsieur Merveilleux. Ces rencontres du bout du monde sont rares et intenses, c’est aussi ce que nous allons chercher en mer et cela vaut toutes les peines du monde !

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