1 er mai : Chittagong

Quelques jours au port, à régler la paperasse mais avec l’autorisation de quitter le bord même si trois hommes nous gardent nuit et jour. Un camion d’eau nous livre 2000 litres d’eau et la douche dont nous avons été privé pendant plus d’une semaine, a des saveurs de paradis. Yves Marre nous sert de guide et nous mène jusqu’à Bhatiari, dans le nord de Chittagong, où se trouve un cimetière à bateaux.  Nous traversons un bidonville de pêcheurs Hindous pour rejoindre la barque qui nous mène sur les lieux. Ils ont récupéré les chaloupes de survie des cargos à la casse, qui leurs servent de bateaux de pêche. Les enfants nous suivent, surpris de voir une famille d’étrangers les visiter.

2018 05 01 fa 10Plus de 70 cargos, paquebots, pétroliers et plateforme de forage, gisent sur environ 30 km. Ils sont découpés, les grosses pièces en taule sont recyclées puis fondues essentiellement en fer à béton. La quantité des bateaux à désossés varient en fonction du cours de l’acier. C’est la mine de fer du Bangladesh qui n’en possède pas de naturelle. Les taules moins épaisses servent à la construction, de bateaux plus petits. Il y avait beaucoup d’accidents de travail, lorsque les hommes transportaient, nu pieds, les monstres de pièces à marée basse, mais les conditions s’améliorent avec notamment l’arrivée des winchs qui permettent de tracter les pièces à travers les boues grasses de la baie. Sur le chemin du retour, on retrouve sur la route, la casse de ses paquebots, tout l’équipement intérieur est là, de la cambuse, aux lits, en passant par les draps et la vaisselle. On trouve de tout. Philou salive devant les moteurs et les groupes électrogènes.

Dans l’après-midi de gros orages tropicaux se déclarent à travers tout le pays et vont faire, nous l’apprendront dès le lendemain, 15 morts foudroyés et des blessés, sans compter les importants dégâts pour la récolte, le riz écrasé par la puissance du vent, les arbres couchés sur le bord des routes. Nous sommes en plein dans la saison des orages, la saison la plus chaude, qui précéde la mousson. L’énergie accumulée par la terre se libère sous forme d’orages tropicaux extrêmement violents. Ici le cumulonimbus peut monter jusqu’à 17000 mètres et c’est à Chittagong que l’on trouve le record mondial du plus gros grêlon qui mesure 1 KG 200. Cette grêle est fréquente et crée de gros dégâts notamment pour la culture mais encore sur les animaux et la population.

Le Bangladesh avec ses 180 millions d’habitants, est le pays le plus menacé par les effets du réchauffement climatique. Les experts pensent que d’ici quelques dizaines d’années, il perdra jusqu’à 15% de sa superficie alors que la natalité est en croissance malgré les efforts du gouvernement pour la contrôler. La surpopulation reste le problème principal.

Que va devenir le Bangladesh, face à ces problématiques ? Quelles solutions va-t-on pouvoir apporter à ces questions fondamentales, quant à la survie d’une population ? Il est clair que le pays lui-même ne pourra pas répondre à ces défis et que seul le soutien de la communauté internationale pourra les aider à trouver et à financer des solutions. Le problème de l’immigration reste également une priorité, le Bangladesh étant le (grand) pays le plus densément peuplé au monde.  

Le lendemain le vent souffle fort, il pleut des trombes, le courant est puissant et Fleur Australe tape violement contre le gros coffre de mouillage qui a raclé toute sa peinture. Le capitaine est mécontent « Quand nous reviendrons des Sundarban, il est hors de question que je m’amarre à cette tonne » explique-t-il à notre charmant agent qui sert de messager entre nous et les autorités beaucoup moins sympathiques. Yves Marre vient nous retrouver pour nous accompagner vers les Sundarban, à 120 milles, à l’ouest de Chittagong. Nous sommes prêts à partir malgré la tempête mais le pilote, que nous sommes obligés d’embarquer pour nous mener à la sortie du port, n’arrive pas. Le maitre de port ne nous autorise pas à prendre la mer, nous sommes contraints d’attendre que cela se calme. Nous en avons vu d’autres pourtant mais c’est ainsi, rien n’est simple par ici et tout se gagne avec patience et diplomatie. La météo devrait s’améliorer et nous serons autorisés à appareiller demain. Inch’Allah !

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