carnet de route de geraldine danon

   Le carnet de bord de Géraldine

Suivez au jour le jour les expéditions de Fleur Australe

Dimanche 4 juillet : Pender Harbour

5h00 : Embouquons les Yucalta Rapids, dominés par des sommets enneigés. Vent de Nord Ouest, nous marchons à 7nds, toutes voiles dehors, génaker déroulé. La température de l’eau a considérablement monté, elle est passée d’à peine 13° à 19°.  Nous doublons le village de Powell River. Petit arrêt bain de mer, dans la petite anse de Quarry Bay. Il y a beaucoup de petites méduses, mais elles sont inoffensives.

Plus nous avançons, plus la côte est habitée, il y a de plus en plus de maisons. Des élégantes demeures en bois sur pilotis, au milieu des forêts de sapins, montées directement sur la roche. Elles ont toutes leur propre accès à la mer, qui mène à un bateau à moteur. C’est très maritime, des bouées de casier devant leur maison leur servent de décoration. Nous atterrissons sur Pender Harbour, une grande baie en forme de trèfle, bien protégée, qui abrite de somptueuses propriétés avec hangar à bateau. Certaines ont leur petit îlot privé, toutes possèdent un petit yacht à moteur. Cela doit être le lieu de villégiature des riches canadiens de Vancouver, situé à 80 km par la route. Le Royal Vancouver Yacht Club, ainsi que le Seattle Yacht Club y ont élu domicile et lui ont donné ses lettres de noblesse.

 


L'équipage enfants et chiens!


Les petits chiots grandissent à vue d’œil, ils ont ouvert les yeux il y a quelques jours et commencent à marcher. Cela ne nous facilite pas la vie. Pour l’instant, ils étaient dans une caisse dans l’atelier, mais ils ont besoin d’espace et Beti les délaisse de plus en plus. Elle est fatiguée par les tétées fréquentes. Nous les sortons 2 heures par jour dans le cockpit, les enfants sont ravis. Ce soir, nous ferons route en direction de Vancouver que nous devrions atteindre dans la nuit.

 


Somptueuse villa avec garage à bateau

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Samedi 3 juillet : baie de Bear Bright

10h00 : nous mouillons dans la baie de Bear Bright, une petite exploitation forestière. C’est samedi, personne ne travail, nous en profitons pour descendre à terre. Nous sommes immédiatement invités par le chef de chantier, à prendre le café. Il est ravi de nous accueillir, avec ses amis.

 


Géraldine devant des billes de bois

 

 Le soleil brille, le ciel est d’un bleu limpide, ils nous régalent de toutes sortes de cookies et autres donuts. Ils nous posent toutes sortes de questions. Comment les enfants suivent les cours, où allons nous, comment c’est déroulé le passage du nord ouest, avons nous eu beaucoup de glace. Après avoir visité l’exploitation, nous finissons par prendre congé de nos ôtes et reprenons la mer. C’est l’été ! Cela fait longtemps qu’il n’a pas fait aussi chaud et c’est bien agréable. A observer le paysage, on peut constater que sur des parcelles entières, les arbres ont été coupés. Par endroit, ils viennent d’être replantés, à d’autres, ils repoussent déjà. Mais combien d’espèces ont été replanté ?

 

Avec nos amis de Bear Bright


17h00 : Nous embouquons les Dent rapids, un goulet avec un très fort courant, 8 nds, au plus fort de la marée. Nous entrons dans le Devils hole, (le trou du diable), Philou fait tourner la barre dans tous les sens, nous sommes en plein milieu des tourbillons. La mer semble avoir perdue la raison, elle erre dans tous les sens, elle a perdu sa sérénité habituelle, elle est en proie à toute sorte de tourments profonds. Quelques milles plus loin, nous croisons d’autres maelströms, les Arran rapids. Le paysage est toujours aussi spectaculaire. Notre cœur bat au rythme de l’univers.

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Vendredi 2 juillet : départ en direction de Vancouver

4H00 : Il fait nuit noire, nous quittons Nimmo Bay, en direction de Vancouver, avec quelques arrêts éventuels. Nous embouquons le Mackenzie  Sound. Vers 5h00, nous tentons de franchir le Hopetown Passage lorsque la Fleur talonne. Le passage est très étroit et peu profond et encombré de kelps (algues géantes). Les cartes ne sont pas suffisamment précises. La Fleur s’échoue. Philou  relève la quille afin de faire marche arrière. Il faut se dépêcher car la marée descend. Nous contournons désormais l’île Watson pour poursuivre notre route.

 

9h00 : Petit arrêt obligatoire dans une des ravissantes petites criques de Laura Bay. Nous poursuivons notre cheminement vers le sud dans les canaux, entre les îles et la terre. Nous faisons une halte à Shoal Harbour, une exploitation forestière en pleine activité. Nous observons les bûcherons, ils taillent les arbres dans la forêt, les transportent sur des camions jusqu’à la côte puis déversent le tout sur des rampes grâce à un gros tractopelle qui les fait glisser dans l’eau.
 


 Remorquer de billes de bois
 

Un autre bûcheron dans un enclos fermé par un chapelet de billes de bois les attend  sur son petit remorqueur très mobile puis tri les rondins de bois, les organisent  en fonction de leur taille pour enfin les amarrer avec des câbles en acier de façon à ce qu’ils soient prêts à être tractés pour les futurs convois de billes de bois.
 

  

 

 


Après le déjeuner, nous poursuivons notre navigation. Mer plate entre les canaux. Ciel de traîne. Louvoyons entre les îles. Marchons à 7 noeuds, température extérieure 15 °. Température de l’eau 13°. Nous doublons un campement d’indiens. Dès que nous ne sommes plus protégés par les îles, nous rencontrons un fort clapot dû au fetch. Beaucoup de kelps flottent à la surface de l’eau. De nombreux goélands et quelques cormorans se reposent sur un rocher. Le paysage est époustouflant. La roche est lisse, polie par les anciens glaciers. Nous sommes dans d’anciennes vallées glaciaires.

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

 

Rampes et convoi de billes de bois

Jeudi 1 juillet : Colombie Britannique

C’est fête nationale au Canada. Nous sommes de sortie pour la journée. Nous sommes invités à visiter les trésors cachés de la Colombie Britannique en hélicoptère. Nous retrouvons notre pilote, Peter, à Nimmo bay Lodge. Nous sommes d’emblée, transportés dans une autre réalité, un peu plus près du ciel.

 

Nous plongeons au cœur des cascades, pénétrons à l’intérieur des fjords, rasons les glaciers. C’est mirobolant. Peter pilote depuis 40 ans. Il connaît la région par cœur. Il nous fait très vite oublier son engin pour nous faire croire que nous avons des ailes. Il se  pose partout, dans un trou de souris, le rotor frôle les arbres, les embruns des cascades nous éclaboussent.

 


Peter pose réussi à faire attérir son hélico dans un trou de souris

 

Nous faisons un premier arrêt sur Selman Lake puis survolons la main de Dieu, (Hand of God). Un glacier qui recouvre un volcan d’où jaillit fièrement trois doigts de basalte, noir comme l’ébène. Nous frôlons les falaises, leurs couleurs sont si variées, subtiles et éclatantes qu’on les appelle, les palettes de peintre.

 


 La vallée Glacière

 

L’hélicoptère se pose au pied du Satsalla Glacier, puis reprend son vol, plonge littéralement dans la cascade de Brian (Brian Falls), s’insère dans les chutes de Mabs (Mabs Falls). Il  se pose enfin sur Clearwater, des rapides vertigineux, des tourbillons d’eau. Peter nous demande une extrême prudence. Un petit garçon indien s’est fait aspirer par ce tourbillon et a perdu la vie. Il improvise pour nous un pique nique au pied de ces chutes vertigineuses.

 


 

Trois petits tours et puis s’envole de nouveau, rase les forêts de sapins à perte de vue et se pose sur une grande plage de sable blanc qui entoure un lac (Avalanche Lake), au pied d’une montagne enneigée, sur laquelle on distingue les récents stigmates d’une avalanche. C’est dans ces lacs que les saumons reviennent frayer en août, après leur long voyage en mer. Nous nous baignons dans ce lac à 5°, histoire de retrouver un peu nos esprits, ébahis par tant de beauté. Nous avons la chance de pêcher un petit saumon (coho salmon), ce qui est rare en cette saison. De lacs en lacs, de cascades en rivières, de forêts en falaises, nous poursuivons notre vol. Nous apercevons des chèvres à flan de montagne, elles s’y réfugient pour échapper aux ours. Nous ne verrons pas d’ours, dommage… Nous regagnons Nimmo bay. Les mots me manquent pour décrire notre journée et les merveilles dont la nature nous a gratifié. Seuls les images peuvent décrire l’indescriptible. Nous en avons pris plein  les yeux ! Et comme disent les jeunes, je dirais que c’est presque trop. Il faut laisser décanter, tout ça et se laisser envoûter par les splendeurs de cette Colombie Britannique qui n’en finit pas de nous surprendre et par ce décor à couper le souffle.

 


 

 Texte rédigé par Géraldine Danon

Mercredi 30 juin : Nimmobay

4h00 du matin : Nous traversons le Queen Charlotte Strait pour nous engager dans les Fjords de la Colombie Britannique.

10h00 :
Nous embouquons un long fjord d’environ 5 milles de long. Les baies et les îles se succèdent. Quelques passages étroits. Le courant est puissant. La mer est polie comme un miroir. L’eau est vert bouteille, elle est  le prolongement des immenses forêts de sapins qui s’y reflètent.

Rien ne semble troubler la fragile tranquillité de ces lieux magiques. Quelques cheveux d’anges sont suspendus délicieusement aux branches des sapins. Des gouttes de pluie aussi légères que le reste du paysage font des ricochets sur l’eau. Les cumulus s’accrochent aux sommets enneigés que dévoile un horizon verdoyant. La grâce a du vampiriser l’atmosphère d’un coup de baguette magique. C’est grandiose, délicat et fort. Au pied du Mont Stephens, nous pénétrons dans le Mackensie Sound. 

Le soleil se glisse subrepticement et  vient caresser la Fleur de sa douceur. Soudain le paysage s’emballe, nous arrivons sur des rapides et la Fleur se fait légèrement brasser, un nuage d’embruns nous enveloppe de sa fraîcheur vivifiante. Nous débouchons finalement, à quelques milles de là sur une petite baie qui abrite un élégant lodge. Nous accostons au ponton de Nimmobay. Nous sommes accueillis comme des princes par un charmant couple. Dans l’après midi, toute la famille part faire un tour en kayak puis profite de la cascade d’eau gelée. Nos hôtes nous mettent en garde devant le grand nombre d’ours brun qui rôdent dans les parages. Deux chiens sont là pour nous protéger d’une éventuelle attaque d’un de ces plantigrades. Le Lodge est magnifique, parfaitement intégré dans son environnement, tout en bois, ils vivent en parfaite harmonie avec la nature, produisent  leur propre électricité  grâce à la cascade, pas de générateur,  pas de pollution, un silence absolu… En dehors des propriétaires qui sont venus préparer les lieux pour la réouverture estivale, il n’y a que nous.  Ils nous ont invités à dîner ce soir au coin du feu. C’est une escale rêvée, un petit coin de paradis et de bien être.

 

Devant les rapides

 



Exploration en kayak
 

Texte rédigé par Géraldine Danon

 


Mardi 29 juin : Port Hardy

3h00 : du matin. Nous rentrons dans Port Hardy sur l’île de Vancouver. Il fait nuit noire et nous manquons de percuter les billes de bois flottantes amarrées au milieu du port.

10h00 : A Port Hardy, on pratique la pisciculture, la sylviculture et la pêche. Dans la baie devant le port, les troncs de bois sont attachés les uns aux autres par des câbles en acier et attendent la venue d’un cargo. Avec la pêche, l’exploitation forestière est l’une des  ressources principales de Port Hardy. Elle est réglementée et chaque arbre coupé est replanté. Nous achetons des crevettes à un pêcheur dont c’est la spécialité. L’été, il pratique la pêche au thon au large de l’île de Vancouver. Nous débarquons. A peine arrivé à terre, nous croisons un ours noir, sous un petit pont, à la sortie d’une rivière, en plein village. Philou me dit qu’il est heureux d’avoir vu ces billes de bois sur l’eau, c’est l’idée qu’il se faisait du Canada.

 

 

Billes de bois flottantes


C’était un des ses rêves de venir jusqu’ici. C’est vrai que le cliché est parfait : le bois, les hydravions, l’ours noir, la pêche au saumon, tout y est !  Nous n’avons pas croisé de bûcheron avec chemise à carreaux, mais ça ne saurait tarder. Nous allons visiter le village qui se réduit à une rue avec quelques commerces et restaurants peu attirants. Nous faisons un arrêt au supermarché, la vendeuse comme le taxi qui nous ramène, parlent un français impeccable, ensoleillé par un charmant accent canadien. Ce soir nous reprendrons la mer.

 


Hydravion

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Lundi 28 juin : En mer

21h00 : Génois, grand voile artimon hissé. Nous faisons route vers l’île de Vancouver. Un vent de 25 noeuds de sud contre nous,  nous sommes au près. Les grains se succèdent. Je tente d’endormir les petites à l’avant mais ça bouge beaucoup. Marion est malade. Nous nous entassons toutes les trois dans une petite bannette à l’arrière. C’est autour de Laura de vomir tout ce qu’elle peut. Elles finissent par s’endormir. Le vent forcit. Philou enroule le génois et hisse la trinquette. Je ne parviens pas à trouver le sommeil. Les petites ne m’en laissent aucune chance.

6h00 : Nous marchons à 7 nœuds mais nous ne faisons pas la route, sommes à 15° d’elle. Plus que 75 milles jusqu’à l’entrée de l’île. Mais au près c’est long. J’ai mal à la tête. Il pleut. Les petites dorment malgré tout, cela me rassure. Vers 7h00 elles se réveillent et pendant les 6 heures qui vont suivre, Marion est malade. Philou affale l’artimon, prend un ris dans la grand voile. Plus de 25 nœuds de vent. Mer agité à forte. Les enfants et Kate sont dans leur bannette. Je souffre de voir Marion malade, c’est encore un bébé et surtout elle n’est pas bien grosse. Ceux sont toujours des moments difficiles pour moi. Je suis barbouillée. Philou nous donne à tous des petits bracelets en laine, sensés appuyer sur un point d’acupuncture pour lutter contre le mal de mer. Cela n’a malheureusement aucun effet sur Marion. Temps pluvieux.

 


Les enfants


13h00 : Nous sommes à 50 milles de l’entré de l’île de Vancouver. Relâchons pour déjeuner. Nous aurions du prendre le Queen Charlotte Strait pour nous mener directement sur l’île de Vancouver mais nous avons fait cap à l’est et nous sommes maintenant au nord de celle ci. Le paysage a radicalement changé. Nous pourrions être aux Antilles dans les îles Vierges, la brume mise à part. Des roches claires escarpées, de gros cailloux, une superbe plage de sable blanc avec un mystérieux ponton en bois flotté, nous ne saurons jamais où il mène. L’eau est claire, il pleut des trombes d’eau. Après un bref déjeuner nous poursuivons notre route.

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Dimanche 27 juin : SGang Gwaay

Hier 23h00 : Nous embouquons le passage Burnaby, un chenal très sinueux et peu profond, réputé pour abriter un écosystème riche et varié. Philou et Denis partent repérer avec le zodiac. Nous tentons de passer à mi-marée en relevant la quille à fond. Moins de 2 mètres de profondeur. Nous naviguons pendant près d’une heure puis mouillons afin de dormir quelques heures. A cinq heures nous levons l’ancre, deux baleines escortent la Fleur. Le jour se lève, l’horizon est rose.

9h00 : Nous atterrissons  à SGang Gwaay, (l’île gémissante). Elle se compose d’une grande île et de 27 îlots au large. Son nom provient de l’air poussé à travers un trou percé dans un rocher. Ce son ressemble à la lamentation d’une femme. Nous débarquons et traversons la somptueuse forêt puis sommes guidés par un gardien Haïda jusqu’aux ruines. L’île est constituée de roches volcaniques, elle était autrefois sous la surface de l’océan et n’est visible que depuis les 2000 dernières années. SGang Gwaay est protégée par un îlot qui lui fait face. Le gardien nous explique qu’en 1981, la commission des lieux et des monuments historiques du Canada a classé l’île, lieu historique national, et que l’UNESCO l’a classé site du patrimoine mondial, pour témoigner de l’intérêt remarquable de la région. L’île abrite les seules ruines au monde d’un village traditionnel des premières nations de la côte Nord Ouest. Notre guide nous mène jusqu’aux mats héraldiques, ce que nous appelons les totems. Il en existe trois sortes. Les mats commémoratifs, érigés en mémoire d’un défunt dont les restes étaient  enfouis ailleurs où dont le corps avait disparu en mer.

 


En compagnie du guide Haïda devant les totems

 

Le nombre d’anneaux sculptés dans le mat indique le nombre de potlatchs, un signe de richesse et de prestige, qu’avait obtenu le défunt dans sa vie. Les mats frontaux qui se trouvent devant les maisons et racontent l’histoire d’une famille. On entrait dans la maison par le trou creusé à la base du totem qui ornait la façade. Aucun de ses mats n’est encore debout. Ils ont été renversés et sont retournés à la terre. Leur base était affaiblie par le trou qu’on y creusait. Viennent enfin les mats mortuaires, comme ceux qui sont devant nous. Lorsque le chef mourrait, son corps était déposé dans un cercueil en bois cintré. Ce cercueil reposait sur un manda, un grand personnage sculpté qui était supposé transporter le défunt dans l’autre monde. Après cela le corps était emmené à la maison mortuaire jusqu’à ce que le mat soit prêt. Ce délai permettait au fils de la sœur aînée de se préparer à prendre le rôle du défunt. Le neveu devait sculpter un mat mortuaire et tenir un potlatch pour célébrer la vie de son oncle. S’il n’avait pas terminé ces taches dans les deux ans, un parent pouvait contester son rôle. Le mat mortuaire était la tombe d’une personne de haut rang. On sculptait dans le mat ses emblèmes ainsi qu’un creux à son sommet pour y placer le cercueil dans lequel reposait le défunt. Ces mats sont moins hauts que les autres, ils sont sculptés dans des arbres, placés à l’envers (le pied de l’arbre se retrouve au sommet du mat).



Totems funéraires

 

Le gardien Haïda nous explique tout dans les moindres détails sur ce peuple qui vivait ici, il y a douze mille ans. Son visage est grave et habité. Un peu plus loin, il nous montre les ruines de longues maisons en bois de thuya. C’est vrai qu’ici, les signes de l’occupation et de l’activité humaine sont évidents, des grottes, des poteaux et des poutres marquent l’emplacement de ces longues maisons. SGang Gwaay en comptait vingt ainsi qu’un bon nombre de mats héraldiques. Des glissières à canots sont encore visibles devant le village. C’est un lieu sacré pour les Haïdas, c’est davantage qu’un site de village. Les restes de nombreux ancêtres et leurs esprits s’y trouvent encore. Les épidémies survenues après l’établissement des Européens, contre lesquels les Haïdas n’avaient aucune défense, comme la variole, ont décimé leur population. A l’époque des premiers contacts avec les européens,  la région comptait 20 000 Haïdas. A la fin du 19ème siècle, Haïda Gwaii comptait moins de 500 habitants. Les survivants se rassemblèrent à SGang Gwaay. Les morts furent enterrés ici, dans des cavernes, dans des mats, dans la terre.


Nous remercions notre guide pour sa gentillesse, sa sérénité et ses explications et regagnons la Fleur sous la pluie. Nous foulons une terre sacrée, nous marchons tranquillement à travers les bois. Tout le monde est silencieux. C’est bien rare !

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

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