carnet de route de geraldine danon

   Le carnet de bord de Géraldine

Suivez au jour le jour les expéditions de Fleur Australe

26 Juin, Venise encore et toujours

Les quelques jours passés sur la lagune nous ont enchantés. Venise m’a offert son plus beau visage et j’y ai fait des rencontres insolites et merveilleuses car c’est une ville lumineuse qui n’a jamais fini de nous surprendre.

Grace à Guia nous avons échappé quelques heures à la chaleur écrasante de la ville, près de 35° et une humidité oppressante. Elle nous a conduit avec son petit bateau à moteur, jusqu’à l’île de Vignole, elle y cultive ses artichauts et toutes sortes de légumes, travaillés sans engrais et avec tellement d’amour, que leur saveur est sans pareil. Elle a hérité du lieu par sa grand-mère, célèbre créatrice de mode, qui y organisait ses défilés. Nous passons en sa compagnie, une journée au vert. Le capitaine se ressource, allongé sur l’herbe. « Je prends toute l’énergie de la terre! » lance-t-il, sereinement. Repos bien mérité après tant de jours de mer. Les enfants improvisent une partie de foot, tandis que j’accompagne Guia dans son potager, caméra au point. « Cette partie de l’île, s’appelle la poudrière, c’était un haut lieu militaire, de par sa position stratégique à la pointe de l’île » m’explique-t-elle, passionnée. « Le lieu m’a envoûtée, je suis tombée sous son charme ». Architecte de profession, elle a effectivement tout abandonné pour se consacrer à ses savoureux artichauts qu’elle vend aux restaurateurs de Venise. Nous repartons avec plein de légumes et des conserves d’artichauts, de quoi tenir pendant la traversée.

Après cette journée merveilleuse, dans cet endroit tellement bucolique, si loin de l’agitation de la ville nous retrouvons Fleur Australe dans sa jolie marina.

Nos ballades en annexe sur le grand canal, au milieu du trafic incessant des bateaux taxis, vaporettos, gondoles, et autres embarcations, resteront un grand souvenir. On se sera même fait arrêter par la police car les horaires sont réglementés, ce qui ne nous a pas empêchés de poursuivre notre route. C'est un balai permanent de bateaux qui circulent en tous sens. Tout ce petit monde se croise, se frôle, s’évite... Un vrai capharnaüm. Les vitesses sont réglementées et contrôlées mais pas toujours respectées.

« Ici il y a beaucoup de règles, trop, c’est pour ça que personne ne les suit » m’explique Alice avec qui j’ai rendez-vous le lendemain matin. Elle fait partie de l’association Caicio, ils restaurent des embarcations afin de réhabiliter l’usage de la rame dans la vie quotidienne. C’est ainsi qu’elle nous fait découvrir Venise et ses petits canaux ensorcelants, pendant près de trois heures. Tout en ramant, elle me raconte sa ville : la corruption, le trafic, la pollution. En effet, la lagune est en danger, l’eau monte et la ville s’enfonce. « Entre 1970 et 1980, elle a perdu 10 cm. Depuis ça s’est stabilisé, mais Venise a l’habitude de renaître de ses cendres, elle n’a eu de cesse d’être démolie et reconstruite, cela fait partie de son âme » me raconte-t-elle tout en ramant.

En regagnant le port, la nuit tombée, épuisée par le tumulte de la lagune et la chaleur écrasante, j’ai la bonne surprise de tomber via FB sur un message de Tommaso Luppi, gondolier Vénitien et navigateur. Il a repéré Fleur Australe dans le port, connaît nos aventures, et se propose de nous conduire en gondole si nous avons un moment. Nous le retrouvons au petit matin, canal de canonica, juste derrière l’église de la place Saint Marco. Un moment de grâce que nous ne sommes pas prêts d’oublier. Une rencontre, comme je les aime, due au hasard, qui me donne à penser que lorsque l’on suit son chemin en restant à l’écoute de la vie, tout et tous, sommes connectés. Il faut saisir ces opportunités et c’est ainsi que nous sommes également invités à dîner chez Tommaso et sa famille à Santa Elena. Ils sont environ 250 gondoliers mais il est le seul passionné de voile. Il a traversé l’atlantique en 2011 et bientôt ce sera le Pacifique. Nous passons un dîner bien sympathique.

Le ciel se couvre soudain et le tonnerre gronde. La ville change de visage, San Giorgio est auréolé d’orange, le ciel est anthracite parsemé de quelques figures légères et mystérieuses, un léger clapot réveille la lagune endormie et l’air se fait plus frais pour notre plus grand bonheur. Nous retrouvons Fleur Australe sous des trombes de pluie.

Il est temps de larguer les amarres. L’école est finie, Johanna, notre formidable équipière qui fait l’école aux enfants, nous a quitté, la larme à l’œil. Nous allons redescendre l’Adriatique et rejoindre Ithaque. Pénélope ne nous attend pas et ce n’est pas notre port d’attache. Contrairement à Ulysse dont nous suivons les traces, nous n’avons pas d’attache et notre famille est à bord, partout, avec nous. L’avenir c’est l’horizon, toujours plus lointain, toujours plus bleu et plus intense.

fa 2016 06 26 01

Grand canal , magie des lumières.

fa 2016 06 26 01

fa 2016 06 26 01

 Sur l'île de Vignole avec Guia

fa 2016 06 26 01

fa 2016 06 26 01

fa 2016 06 26 01

fa 2016 06 26 01

Avec Alice de l’association Caicio

fa 2016 06 26 01

fa 2016 06 26 01

En annexe sur le grand canal

fa 2016 06 26 01

Marion admire la beauté des canaux vénitiens.

fa 2016 06 26 01

Atelier de restauration des gondoles

fa 2016 06 26 01

fa 2016 06 26 01

Fleur Australe sous voile dans le trafic Venitien

fa 2016 06 26 01

fa 2016 06 26 01

Marina San Giorgio

fa 2016 06 26 01

L’équipage de Fleur Australe avec Johanna, notre équipière institutrice, et Nina qui est venu nous rendre visite.

fa 2016 06 26 01

Avec Tommaso Luppi notre gondolier navigateur.