carnet de route de geraldine danon

   Le carnet de route de Géraldine Danon

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Dimanche 25 juillet : Yosemite 3

Nous partons à l’aube, en direction de Glacier Point, le point le plus haut que nous pouvons atteindre en voiture afin d’effectuer la descente de la falaise jusqu’à la vallée. Nous sommes à 2700 mètres d’altitude. Il y a plus de 2500 km de cours d’eau et des centaines de parcs d’origine glaciaire dans les limites du Yosemite National Park.

 

 

Celui-ci abrite des glaciers dans les cirques exposés au nord. Mais le réchauffement climatique actuel tend à les faire disparaitre. Le plus grand est le glacier Lyell, 4000 mètres d’altitude, il s’étend sur 65 hectares. Aujourd’hui de nombreux lacs glaciaires ont étés comblés par des sédiments et deviennent des prairies marécageuses. Autrefois, la vallée de Yosemite contenait un lac. La balade à travers la forêt de séquoias est magnifique, nous traversons la forêt puis un petit chemin sinueux et raide à flanc de montagne. Cette ancienne vallée glaciaire est très abrupte, les glaciers ont totalement sculpté le paysage, creusé et poli les roches  pour les transformer au fil du temps en canyons. Avec le réchauffement climatique, ils ont fondu, mais ils restent de gros cailloux qui semblent posés en équilibre instable sur la falaise. La vie en altitude souffre de ce réchauffement, les Pikas (petits chinchillas), par exemple, nichent de plus en plus haut dans la montagne, en quête de fraicheur. Vers 17h00  nous reprenons la route pour San Francisco. J’apprends que par chance, les incendies sont favorables à la reproduction des séquoias. Non seulement, leur écorce est résistante au feu mais surtout la chaleur permet d’ouvrir les cônes (pommes de pin, elles aussi démesurées) et libèrent les graines qui se transformeront en d’autres arbres géants.

 

 


Il est 20h30, le panneau de direction indique, Los Angeles et San Francisco. Le soleil se couche sur les champs d’éoliennes. L’horizon est rose fluo, un avion nous survole. Vénus brille de tous ses feux. La lune est pleine.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Samedi 24 juillet : Yosemite 2

Le parc national du Yosemite, en Sierra Nevada, s’étend sur 3079 km2. C’est le troisième plus grand parc des Etats Unis. Il a été classé site du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1984. La tribu Ahwahneechee était installée dans la vallée de Yosemite. Elle était constituée de renégats d’autres tribus, particulièrement féroces. On les appelait « Yohhemeti », ce qui signifie, ceux qui tuent.

La formation de ces colossales falaises de granit interroge les géologues depuis plus de cent ans. Les Indiens d’Amérique rapportent une légende à propos de leur formation : une femme et son mari se disputaient violemment et se battaient, les esprits mécontents les transformèrent en pierre, le « HalfDome » et le « NorthDome ». Ils seraient ainsi contraints à se faire face à vie, à travers la vallée. Plus sérieusement, les murs de granit se sont solidifiés pour former des faces de 1500 mètres, l’érosion a éliminé les roches tendres. Les impénétrables forces de la nature continuent à sculpter ces roches au jour le jour.

 


En 1968, les guides de Yosemite avaient déclaré que le sommet de HalfDome ne serait jamais atteint par des pieds humains. Georges Anderson à relevé le défi, il est le premier à avoir touché le sommet en 1975, d’autres ont suivi. Les faces de « GraniteCliffs » demeurent le paradis de l’escalade. Les grimpeurs viennent du monde entier.
On se sent minuscule au pied de ces cathédrales de granite. On a l’impression d’être au commencement des temps. Même les séquoias géants ont l’air petits. L’échelle semble s’être emballée vers une évidente démesure. J’ai la sensation d’être Alice aux Pays des Merveilles et d’avoir bu une potion magique qui m’a transformée, en fourmi.

 


Il me semble apercevoir des visages sculptés à même la roche, des sphinx qui nous observent tranquillement, des grands sages indiens qui veilleraient sur leur territoire. Même les cumulus congestus font partie du monde d’en bas. Ils flottent à mi falaise, ils ressemblent à des moutons blancs qui tenteraient d’atteindre les sommets. Il se dégage de ces lieux une force titanesque, une spiritualité bien palpable.
Il fait très chaud, nous prenons un bain dans une rivière glacée. Les enfants s’amusent à se laisser dériver avec le fort courant. Le soleil couchant rayonne à travers les séquoias.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Vendredi 23 juillet : Yosemite

Nous quittons la Fleur et la Marina St Francis vers 9h00, pour  nous installer dans notre van Ford, tout blanc et faire route, en direction de Yosemite. A nous la Californie !

C’est l’image de l’Amérique, telle qu’on l’imagine. Les ponts, les autoroutes, s’entrecroisent. Peu à peu, le paysage se transforme, des vergers sur des kilomètres puis l’élevage, un lac démesuré, nous sommes à Mariposa. Le panorama est de plus en plus vallonné, de plus en plus aride, quelques pins, quelques chênes. Une terre ocre jaune, parfois rouge, des routes sinueuses. Nous croisons des « trucks » aux couleurs flamboyantes. Il fait plus de 40 degrés. C’est cette chaleur qui est responsable de la dépression thermique qui crée un couloir de vents forts le long des côtes. Entre la dépression et l’anticyclone, les isobares se resserrent et créent du vent. Notre petit camion s’est transformé en annexe de la Fleur, sacs de couchage, enfants, chiots qui renversent l’eau dans leur caisse, c’est l’aventure ! Et c’est parfois comique. Nous approchons du parc, on se croirait dans un western, des saloons, des canyons, 1300 mètres d’altitude. Nous pénétrons dans le Yosemite National Parc. Des falaises de granit de plus de 1500 mètres, des séquoias géants.

 

 

Yosemite Parc


Il y a 4 zones, géographiquement bien distinctes : Hight Sierra, Granit Cliffs, Sequoia Groveset Valley. Un panneau nous met en garde contre les éventuels passages d’ours, responsables de 27 accidents de voiture en 2009. Nous traversons des parcelles de forêt totalement brulées sur des miles et des miles. Les incendies sont le mal de la Californie. Valley nous offre un décor grandiose et démesuré. Les falaises de granit qui dominent les canyons et les cascades sont tout à fait spectaculaires.  Demain, nous prendrons le temps de visiter ce temple exceptionnel de la nature.

 

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Jeudi 22 juillet : San Francisco 4

Nous avons rendez vous à Oakland avec Zakiya Harris, fondatrice de « Grind for Green » ou G4G en langage jeune, une association qui utilise la culture Hip Hop pour attirer l’attention des jeunes sur les enjeux environnementaux. Zakiya nous reçoit dans le Green Youth Media Center,  sur la 28ème rue, qui a ouvert l’an dernier, grâce à l’impulsion de plusieurs associations.

Sur la façade, un des artistes a peint des fresques colorées et représentant les actions du centre. Le lieu bâtit selon les normes « Eco Friendly » offre un espace pour la pratique et la production des arts musicaux et des vidéos. Il se veut également un lieu de sensibilisation et de prévention contre la violence. Zakiya est passionnée, c’est une ancienne maitresse d’école.

 


Fresque devant la "Grind For Green" association


Nous interviewons le peintre ainsi que 3 jeunes artistes. Ils font des concerts hip hop, les textes sont écologiquement impliqués. Grind for Green a développé un réseau de jeunes qui s’engage à promouvoir des pratiques écolos. Ils sont souvent issus des minorités black ou latinos. L’association organise un grand concert en été, une Rap-Battle où s’affrontent des jeunes rappeurs sur des textes engagés. L’originalité de cet évènement est d’être « Solar Powered » et c’est une première. Scène et sonorisation sont alimentés par de l’énergie solaire. L’expérience a fait des émules, d’autres villes américaines souhaitent lancer le concept. Le gouvernement fédéral les a contactés pour prendre des renseignements. Zakiya conclut cet entretient par : « La culture est un moyen d’engager les jeunes sur un thème qui dépasse les différences communautaires et le milieu social et qui concerne tout le monde ».

 


Le pont de San Francisco à Oakland


De retour sur San Francisco nous passons le reste de la journée à chercher un Van pour prendre la route demain vers Yosemite et la Vallée de la mort.

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mercredi 21 juillet : San Francisco 3

Journée passée à arpenter les rues de San Francisco grâce à la ligne F, ligne de tramway historique, qui part de Market street et relie Fisherman’s Wharf à Castro en empruntant Embarcadero, elle longe la côte. Elle est composée de vieux wagons de l’entre-deux guerre provenant des quatre coins du pays.

San Francisco est éclectique, inspirée et inspirante. Chaque quartier possède sa propre identité. Nous passons de Fisherman, l’ancien port de pêche  transformé en centre commercial, au Financial district,  entre Union et Market street, paradis  des banques et des boutiques de luxe, nous faisons un petit détour par le quartier hippie  Haight Ashbury avec ses maisons victoriennes, où vécurent Janis Joplin et Jimmy Hendrix, il habitait au 142 Central street.

 


Tramway ligne F


En 1967, Haight Ashbury, pôle de la culture hippie dans les années 60, vit fleurir de nombreux mouvements culturels contestataires, parmi lesquels les skinheads et la mode des raves. En 1967, Haight Ashbury connut son apogée avec le summer of love, mémorable festival hippie qui attira plus d’un demi million de jeunes américains. San Francisco est définitivement impalpable, douce et violente à la fois. Mystérieuse et secrète. On voudrait s’y perdre des jours durant. Je comprends, ce soir que Jules Verne y est fait passer le héros de son tour du monde en 80 jours, sans n’y être pourtant jamais venu. Cette ville est toutes les villes, Passepartout se devait de s’y arrêter.

 


Séance de travail dans le carré

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mardi 20 juillet : San Francisco 2

Nous pensions en avoir fini avec les polaires et les bonnets, c’était présomptueux. Il fait bien froid à San Francisco. Un vent du nord venu du large et une importante couverture nuageuse sont à l’origine de ces basses températures. Les conditions s’améliorent pendant l’été indien (septembre-octobre). Nous ressortons donc la « valise froid » de la soute avant.


Jack London Marina à Oakland

 

Nous prenons la mer pour Oakland, la ville de Jack London. Le port de San Francisco, a longtemps été le plus large et le plus fréquenté de la côte occidentale américaine mais il est désormais surpassé par Los Angeles et Long Beach.

C’est désormais le port d’Oakland qui accueille les cargos. Le port a été construit à base de pontons (les Piers) perpendiculaires à la côte. Historiquement, les cargos étaient déchargés par des grues et transportés manuellement vers des hangars construits sur les quais. Le commerce du bois était omniprésent. Avec la généralisation des containers, les infrastructures portuaires deviennent obsolètes. Les hangars ont étés laissés à l’abandon et récemment réaménagés en bureau, centres commerciaux, ou espaces d’exposition. Le port de San Francisco concentre aujourd’hui des activités de plaisance et de tourisme.


Me voilà partie, dans les bas-fonds d’Oakland, à la recherche d’une paire de rollers pour les enfants. La ville n’a rien à voir avec sa voisine d’en face. Une population noire et asiatique, en majeure partie. Nous sommes loin de la blonde peroxydée et bodybuildée que je n’ai eu de cesse de croiser dans le quartier branché de Marina. Et surtout, le soleil brille de tous ses feux et il fait chaud. San Francisco s’enrhume tandis qu’Oakland se dore la pilule mais le charme de San Francisco demeure incomparable. L’opération rollers accomplie, je rejoins la Fleur qui s’est déplacée de quelques mètres, juste devant elle, la statut de Jack London trône sur le square qui porte son nom.
 

 


San Francisco dans la brume

 

Nous levons l’ancre, nous pénétrons rapidement dans une brume épaisse. Nous longeons le port de  San Francisco. Amarré au Pier 45, le Jeremiah’O Brien, un « Liberty Ship », un des 2751 navires à avoir ravitaillé les forces armées américaines durant la seconde guerre mondiale. Il a participé au débarquement de Normandie en 1944. Il est en parfait état de fonctionnement, on peut le visiter. Non loin de lui, l’USS Pampanito, un sous-marin de 95 mètres construit à Portsmouth en 43, effectuait des patrouilles dans le pacifique pendant la seconde guerre mondiale. Il a coulé 6 navires japonais. Vers 20h30, nous rejoignons la St Francis Marina, devant nous le très élégant Yacht Club avec une superbe vue sur le Golden Gate. San Francisco s’allume …

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Lundi 19 juillet : San Francisco

10H00 : Le Golden Gate, se profile, à travers la brume, comme une invitation au voyage. Je suis soudain transportée dans un monde imaginaire et pourtant bien réel. Nous avançons à travers le brouillard. Nous doublons un cargo aussi noir que l’ébène, les cornes de brume résonnent, leur écho nous poursuit longtemps. Le Bonita Phare semble guetter le voyageur, il nous ouvre la route. Nous passons sous le mythique pont. Sausallito rayonne sous le soleil voilé.

Je crois apercevoir, la svelte silhouette de Jack London accoudé à un bar. Une goélette louvoie devant l’Alcatraze, subtil paradoxe d’une ville aux mille visages. Nous affalons la grand voile et pénétrons dans la petite marina San Francis, en plein centre ville. J’aperçois les rues de San  Francisco et leurs vagues aussi grosses que celles de l’océan pacifique. Je suis transportée en pleine course poursuite entre mes héros préférés, sur l’écran noir de mes nuits blanches.

 


Golden Gate Bridge


Cette ville m’est familière, je n’y suis pourtant jamais venue. Je suis très émue d’y atterrir pour la première fois, en bateau, avec ceux qui  me sont le plus cher.

 


La Fleur au St Francis Yacht Club

 

Demain nous naviguerons jusqu’à la Jack London Marina, c’est là que se trouve le bureau des douaniers. En attendant, je vais prendre la température de cette ville électrique.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Dimanche 18 juillet : La Fleur vole vers San Francisco

9H00 : Ce matin Philou a interdit l’accès au pont aux enfants. Le vent a forcit jusqu’à  40 nœuds. Des lames grosses comme des montagnes font rouler la mer. La Fleur part au lof. J’ai bien du mal à me déplacer sur le pont.

 


Grosse mer, la Fleur surf à 13 noeuds


La mer, est désordonnée. Nous sommes trinquette tangonée et deux ris dans la grand voile. Marchons à 9 nœuds. Température extérieure en baisse 12°. Température de l’eau 12°. Le ciel est gris, la mer est noire puis blanche quand les lames meurent. Loup est malade. Cate n’a toujours pas bougé de sa cabine, elle n’a rien pu avaler depuis 4 jours. Marion tient le coup grâce au Vogalène. Philou s’harnache pour aller manœuvrer sur le pont. C’est l’anniversaire de Nina, je vais tenter un gâteau aux marrons.

 


Grosse mer, la Fleur surf à 13 noeuds


17h00 : Nous filons à  10 nœuds. Le vent a légèrement mollit, 30nds. Voiles en ciseaux, grand voile 1 ris, trinquette, génois déroulé. Un albatros plane gracieusement autour du bateau. Le gâteau était un peu penché mais bon. Nina a soufflé ses 14 bougies par 40 nœuds de vent, sous un ciel parfaitement bleu. La Fleur vole vers San Francisco.

 


Nina fête ses 14 ans

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

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