Lundi 27 février : Antarctique clap de fin.

Notre voyage entre la Nouvelle Zélande, l’ile Pierre 1er, l’Antarctique et le Cap Horn a duré deux mois. C’est une longue navigation en pleine autonomie dans des mers hostiles que nous avons préparé avec minutie. « Fleur Australe » a été conçu et construit pour ce genre de périple et nous devons la réussite de notre projet à l’ensemble de ces éléments, conception, construction et préparation du bateau. Nous connaissions les risques d’une telle entreprise et nous les avons assumés. Une opération réussie, ce n’est pas le fruit du hasard. Expérience, prudence, vigilance, sont les clefs de la réussite.

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Samedi 25 février : Puerto Williams

Hier 22h00 : Le yacht club de Puerto williams est un ancien bateau militaire allemand datant de 1925, échoué et transformé en petit bar bien sympathique et mythique, puisque Puerto Williams est un arrêt obligatoire pour ceux qui passent le Cap Horn et rentrent dans les eaux chiliennes. L’ambiance est feutrée, autour du poêle. Nous sommes heureux de discuter avec les quelques marins présents dans ce port du bout du monde. Heureux aussi d’être arrivés à bon port, sans trop de casse avec un équipage en pleine forme. Contents d’avoir réalisé notre but, d’avoir pu atteindre et débarquer à Pierre Ier et d’être allés si loin dans la baie Marguerite malgré la glace particulièrement dense cette année. C’est une soirée agréable et détendue qui fait du bien à tout le monde.

 

9h00 : Formalités douanières. Les douaniers sont nettement plus sympathiques que dans les pays anglo-saxons. Ils sont une quinzaine y vont tous de leur requête mais avec le sourire. Le village est agréable. C’est un village de garnison qui abrite environ 2300 âmes. Les maisons à la chilienne sont en tôle colorées, quelques petits bazars où l’on trouve de tout font la joie des enfants. De superbes chevaux sauvages se baladent en toute liberté, sur les sommets des plaques de neiges éternelles viennent contraster avec ce paysage verdoyant de fin d’été. Puerto Williams a ce charme indéfinissable des petits patelins du bout du monde, cette saveur exotique, un rien nostalgique, rare et inspirante. Nous retrouvons Claudine et Alain Caradec sur Kotic. Philou leur fait visiter Fleur Australe, nous trinquons aux nouveaux cap-horniers. Nous faisons aussi la connaissance de Manu sur Chimère. Ce jeune marin de 24 ans est parti en Aout de Perros-Guirec sur un Super Challenger de 9 mètres. Nous lui souhaitons bon vent pour la suite de son parcours.

19h00 : Nous levons l’ancre direction Ushuaia. Le soleil inonde la fleur et donne au village un air fantomatique. Fleur Australe devra souffrir encore un peu en attendant  la prochaine escale où nous pourrons l’échouer et changer l’hélice. Nous en avons heureusement une à bord.

Jeudi 23 février : Bientôt le HORN

Septembre 1578


Après avoir passé le détroit de Magellan vers le Pacifique sur le Golden Hind, Francis Drake est pris dans une tempête et poussé loin au Sud.
Son neveu Francis Fletcher, décrit leur dérive vers « l’extrême partie de la Terre… sans qu’il n’y ait ni terre ni île en vue en direction du sud ;  mais l’Océan Atlantique et la mer du Sud  se rencontre dans une large et libre vision ». Ils ont découvert le passage de Drake, qui prouve que la Terre de Feu n’est pas relié à un continent austral. 


Janvier 1616 


Willem Schouten et Jacob Lemaire découvre le Cap Horn devenant ainsi les premiers marins à contourner l’extrémité de l’Amérique du Sud.


23 février 2012


« Fleur Australe » traverse le Drake passage entre les Shetland du Sud et le Cap Horn. Jusque là le vent a été bon. Le cap est nord / nord Ouest. Nous avons un vent qui oscille entre le Sud Ouest et l’Ouest, entre 25 et 30 nœuds. Nous avançons bien entre 8 et 9 nœuds sous trinquette et grand voile à un ris. La mer est agitée et le très beau temps du premier jour s’est vite assombri pour faire place à de gros nuages et à des grains de neige. Nous avons passé cette nuit le front polaire antarctique et l’eau de mer est passée de 1° à  6° C.  Nous attendons avec impatience le passage du mythique rocher.

 


Le Horn, cap légendaire qui a fait souffrir les hommes et les bateaux. Avant que le canal de Panama ne soit ouvert, c’est par ce passage obligatoire que les grands voiliers devaient lutter pour rejoindre l’Atlantique au Pacifique. Les vents y sont terribles venant de l’ouest. Certains bateaux venant de l’Atlantique sont restés plusieurs semaines à tirer des bords, essayant de gagner dans le vent et dans l’Ouest. Par dépit ayant subit de nombreuses avaries, ils ont dû rebrousser chemin, pour aller se réfugier aux îles Falkland, lorsque, plus incroyable encore, ils préféraient faire le tour vent portant par l’Atlantique et l’Océan Indien. Pas de soleil, pas de points précis pour connaître sa position. La cote et ses rochers noirs en forme de fantôme qui apparaît au dernier moment dans les grains de neige. Combien de naufrages, de bateaux coulés, de mats cassés de marins emportés ! Le cap Horn a vite fait sa légende de Cap Terrible. De nos jours encore il faut s’en méfier. Les voiliers qui se hasardent dans ses parages doivent s’attendre à rencontrer des mers difficiles. La houle qui n’a cessée de courir dans l’Océan Pacifique vient briser sur les hauts fonds qui entourent le Cap. Le plateau continental déborde au large et la cordillère des Andes vient accélérer les vents. De furieux vents, les Williwaws descendent des montagnes. On l’aborde donc avec respect. On est prêt à se faire humble et à courber l’échine devant le monstre. Devenir Cap-hornier c’est être passé par ces hautes latitudes. Avoir subit les quarantièmes rugissantes et cinquantième hurlantes. Pour l’équipage de Fleur Australe, nous avons si j'en crois le capitaine, mérité le titre de Cap-hornier. Nous sommes fier d’avoir mené notre bateau de Nouvelle-Zélande jusqu’au Cap Horn traversant le grand Océan Pacifique et ses tempêtes. Nous sommes allés toucher la banquise. Nous avons abordé l’île Pierre 1er, une île du bout du monde. Nous avons parcouru la Péninsule Antarctique de la Baie Marguerite jusqu’à l’île Déception. Ces deux mois passés en mer nous ont offert joies et souffrance. Nous en revenons que plus fort, fiers d’avoir accompli un beau parcours digne des grands explorateurs. Nous ne voulions rien prouver au monde mais donner aux autres cet espoir que l’on peut oser et réussir de grandes choses. Notre voyage c’est aussi un message d’espoir. Il y a un continent qui n’appartient à personne, il s’appel l’ANTARCTIQUE. Il est et doit devenir pour nous tous le symbole que la terre ne nous appartient pas. Nous devons respecter cette Terre que nos ancêtres nous ont laissés et avons la responsabilité de la donner à nos enfants dans son plus bel état sans l’avoir pillé. Fleur Australe se veut être le porte parole de ce message.

 


22h00 : Le soleil est allé se coucher, loin dans l’Ouest, là-bas dans les mers lointaines qui nous ont portées. Le ciel est chargé de gros nuages. Devant nous à cinquante milles, le Cap Horn nous attend.


Dimanche 26 février : Ushuaia

C’est une ville de 70 000 habitants accrochée au pied des montagnes enneigées. Dès que l’on prend un peu de hauteur, on découvre une magnifique vue sur le Canal Beagle. C’est le port le plus austral, qui mérite l’appellation de port. Y accostent les paquebots qui partent pour l’Antarctique. Sur le grand quai du port de commerce, on trouve quelques gros bateaux de pêche et un porte conteneur qui vient alimenter de ses grandes caisses la ville en pleine expansion.

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Vendredi 24 février : Le Cap Horn

3h00 du matin : Philou est depuis une bonne heure dans la soute moteur à bricoler. Il semblerait que quelques boulons sur l’arbre d’hélice se soient dévissés.


6h00 du matin : le Horn, gris, noir comme le ciel, comme la mer parsemée de moutons d’océan.

 

 

Océan furieux, cap terrible. C’est fort, légendaire, somptueux. C’est l’idée qu’on s’en fait, juste sous nos yeux ! Je n’aurais pas voulu d’une mer calme et d’un beau soleil. 35 nœuds de vent, il pleut, tout y est, rendant l’arrêt impossible.

 

 

J’aperçois le phare. Le jour se lève, découvrant une ligne rosée sur ce rocher d’ébène. Moment d’émotion aussi fort que mon premier iceberg. Energie pure. Bouffé de force. C’est tellement vivant ! Je reçois une bonne vague en pleine face qui me fouette le visage et me trempe complètement. C’est intense. Je pense à tous ces marins qui y ont laissés leurs vies. Le changement de décor est spectaculaire mais c’est aussi beau que l’Antarctique. Philou entend un bruit suspect qui ne lui plait pas. Il est inquiet et tendu. Les grains se succèdent. Le vent forcit. Un gros coup de vent est annoncé dans les heures à venir.

 


10h00 : Nous sommes dans la baie Nassau. 30 nœuds de vent de travers. Une mer agitée. Il nous faut attendre un peu pour être à l’abri de l’île Navarino. Philou est très inquiet à cause de ces bruits, 2 sources possibles : l'inverseur aurait une source abimée ou un problème à l'hélice. Nous longeons l'île Navarino. Les bruits persistent accompagnés d'une vibration permanente, un mouvement irrégulier qui laisse supposer qu'il y a un problème avec une pale d'hélice. Arrêt forcé à Puerto Toro, de toute façon il y a un vent très fort dans le Beagle. Philou doit plonger pour vérifier l'état de l'hélice. La pluie a cessée. Nous sommes abrités sous le vent de l'île. La mer est plutôt calme, soulevée par un léger clapot. Le soleil n'est pas bien loin. Il reste de la neige sur les sommets de l'île.


14h30 : Nous jetons l'ancre à Puerto Toro, le village le plus australe du monde. Philou s'équipe, passe sa stab, plonge et remonte 5 minutes après. Verdict: nous avons perdu une pale de l'hélice. Certainement ce matin au Cap Horn lorsque ça a commencé à faire du bruit. Nous décidons malgré tout de remonter au vent jusqu'à Puerto Williams.


18h00 : Nous sommes dans le Beagle qui "Gueule" fort. Nous tirons des bords entre l'Argentine à tribord et le Chili à bâbord. Nous avons un vent dans le nez de 35 à 40 nœuds.


20h00 : Sur l'ordinateur de bord, le parcours de la Fleur est composé de zigzag qui laisseraient Zoro envieux.
Nous avons effectué au moins 20 virements de bord musclés précis et rapides dans un chenal étroit entre l'île Gable et l'île Navarino. Un véritable chemin de croix pour la Fleur blessée, qui a perdue une aile. Philou plaisante : "je n'ai jamais autant barré mon bateau". Nous jetons finalement l'ancre à Puerto Williams.