18 décembre - Visite de la base chilienne O’Higgins

 

Après que la mer de Weddell nous ait refusé ses îles, nous avons mis le cap au sud. Notre nouvel objectif étant de rejoindre la Baie Marguerite par 69° sud. 

 

 

 

Arrêt sur la banquise pour se dégourdir les jambes

 

 

Hier matin 5h30, Petrel Cove. Les floes (grosses plaques de glace mouvantes) viennent cogner sur la coque, il est temps de lever l’ancre. Les glaces sont en mouvements, soumises aux effets du courant. Il faut agir vite avant qu’elles n’entrainent avec elle chaine et ancre. La force est colossale, une centaine de tonnes face à notre frêle esquif. Encore de la glace, il faut zigzaguer dans ce labyrinthe, trouver la voie de la délivrance. 

 

 

 

Loup et Laura

 

 

Sous les falaises de glace, le vent descend en fortes rafales, 50 nœuds. Ca souffle fort, la mer est dure, hachée. Il fait froid. Les embruns recouvrent le bateau, la mer fume. Ernesto est dehors, la main sur l’écoute de grand voile pour choquer dans les rafales. A la barre, les essuie-glaces tournent à fond. Philou essaie de discerner les plaques de glaces flottantes sur cette mer qui moutonne. Nous rasons la cote et l’extrémité de la pointe nord de la Péninsule, ce doigt de l’Antarctique qui s’avance entre le Bransfield Strait et la mer de Weddell.

 

 

 

Belle lumière du soir

 

 

C’est ici que Dumont d’Urville est passé, missionné par le gouvernement français pour découvrir l’Antarctique. Les caps, les îles, portent le nom de personnalités du 19ème siècle. Île Joinville, du nom de François Ferdinand Philippe Louis Marie, Prince de Joinville, 3ème fils du Duc d’Orléans. Ros amel, ministre de la marine. Ou encore l’Île Astrolabe qui porte le nom du bateau de Dumont d’Urville. 

 

 

 

La lune sur l'Île Astrolabe

 

 

14h00, nous faisons escale à la base chilienne antarctique Bernard O’Higgins. L’accueil est chaleureux et nous sommes invités à visiter la base par le commandant en personne. Vingt personnes vivent ici pendant l’hiver mais en ce moment ils sont 40 car la tempête de Juillet a tout détruit et il faut reconstruire en partie la base. Les vents ont soufflé à plus de 250 km/h. Ils sont ici pour des prétextes scientifiques, mais il s’agit en réalité d’une présence politique, qui s’expliquait dans les années cinquante, quand le traité de l’Antarctique n’existait pas encore. C’est grâce à cela que l’Antarctique est aujourd’hui un continent sans appartenance aucune. Aucun pays quel qu’il soit ne peut le revendiquer. 

 

 

 

L'antenne de la base allemande

 

 

Cachée sous la neige, il y a une autre base, allemande qui gère l’imposante antenne satellite. Celle-ci mesure le déplacement des plaques tectoniques, les séismes et peut même détecter les crevasses pour les expéditions sur la banquise. Pierre, ingénieur français travaillant avec l’équipe allemande, nous fait visiter les locaux remplis d’ordinateurs et d’écrans. Soudain l’antenne s’oriente vers le prochain satellite qui communique des informations entre les différentes bases en Antarctique.

 

 

 

Un accueil chaleureux à la base chilienne

 

 

Les enfants reçoivent des cadeaux, crayons, casquette et une peluche pour Marion qui arbore un large sourire. C’est Noël avant l’heure. Nous laissons bientôt la base et ses habitants à leur solitude glacée à peine troublée par les énormes icebergs qui les veillent.

 

 

 

Rencontre d'une statue de glace dans le détroit de Bransfield

 

 

Pour nous l’aventure se poursuit. Cap au Sud vers notre graal, la Fleur Australe, de la baie Marguerite, la seule qui pousse en Antarctique. Nous voguons vers notre petit trésor, loin, très loin, dans ce paradis blanc qui n’a pas fini de nous faire rêver.

17 décembre - Île Paulet

 

Nous naviguons dans l’Antarctique Sound. Slalomons entre les icebergs et les grosses plaques de vieille glace. Arrivée dans la partie Sud du détroit, ca se complique, c’est totalement encombrée. Bientôt une nouvelle muraille de glace nous obstrue le passage. Je suis au nid de pie et guide Philou en même temps que je filme.

 

 

 

Fleur Australe au pied d'un glacier dans l'Antarctic Sound 

 

 

Le spectacle vaut le détour, ce mélange de tabulaires géants et de banquise est somptueux dans la lumière du soir. Nous avançons tant bien que mal, cherchant la faille dans ce désert immaculé, parsemé de fissures. Je tente de percer le mystère de ce labyrinthe de glace, d’en trouver l’issue, en vain. Le capitaine est tendu. Fleur Australe lutte, fend la glace, une fois de plus, vaillante. Nous faisons marche arrière, buttons de nouveau à quelques miles, la lumière décline et la lune apparaît derrière un monstre glacé. Il faut se rendre à l’évidence, nous n’avancerons plus, c’est définitivement bouché. 

 

 

 

Visite d'une colonie de manchots Adélie

 

 

Devant nous une banquise intouchée, vierge. Quelques manchots s’agitent, seule trace de vie dans ce paysage irréel. L’île Paulet se dresse conique et majestueuse, à dix miles seulement. Elle rejoint le paradis des îles inaccessibles, comme Charcot ou Terra Firma qui se sont refusées à nous, petits trésors du fin fond de l’Antarctique, infiniment protégées par la Dame Blanche.

 

 

 

Géraldine à Brown Bluff, un ancien volcan

 

 

Avant de faire demi tour au plus vite, nous octroyons aux enfants une petite récréation. Loup veut à tout prix faire une photo avec son drapeau du PSG sur la banquise. Ils enfilent leur gilet de sauvetage et c’est parti pour une pause glaçon tandis que Philou s’impatiente. L’heure est grave nous avons forcé le passage pourvu que les deux plus gros bouchons ne se soient pas densifiés, cela nous serait fatale. 

 

 

 

Rencontre avec la glace, icebergs et banquise 

 

 

Il nous faut reprendre précisément notre trace sur le radar, la peur au ventre, espérant que ca ne s’est pas refermé derrière nous. Je pense à tous ces explorateurs qui ont vu leur bateau agoniser avent de sombrer dans cette même Mer de Weddell. A tâtons nous rebroussons chemin. 

 

 

 

Loup sur un floe, morceau de banquise, avec son drapeau du PSG...

 

 

 

 

Mer de Weddell, la banquise nous bloque. Impossible de passer !

 

 

Bataillant avec la glace, de plaque en plaque, d’obstacles en obstacles. Les icebergs aux milles visages nous observent, menaçant, telles des sentinelles qui veillent sur leur mer inquiétante. Il me semble apercevoir des visages dans leurs brèches bleutées, Shackleton, Larsen, D’Urville, vous êtes bien là ce soir, vous hantez ces mers défendues, vos fantômes veillent sur nos âmes inquiètes.

 

 

Un beau tabulaire bloqué dans la banquise

 

 

16 décembre Lat 63°30 S 56°50 W - Erebus and Terror Golf

 

Température de l’eau  -1°

Température ext  -5°

 

 

Après un bref arrêt à Brown Bluff (ancien volcan tout à fait impressionnant) pour se dégourdir les jambes et profiter du soleil radieux, nous filons vers l’Erebus and Terror Golf, à quelques miles. Nous tentons de rejoindre l’Île Paulet en mer de Weddel. Cette île a abrité les naufragés de l’Antarctique, bateau Suédois commandé par Carl Anton Larsen en 1902. Après avoir vu leur bateau coulé à 40 km de l’Île Paulet l’équipage a attendu de longs mois les secours. 

 

 

 

Un manchot bien curieux 

 

 

 

Les enfants se dégourdissent les jambes non loin des manchots

 

 

Ce soir la lumière est magique, elle danse entre les icebergs, s’infiltre entre les sommets enneigés, habille la mer d’un manteau doré et fait voler les manchots sur l’eau. La banquise commence à pointer le bout de son nez, de la vieille glace bien dense.

 

La tension monte à bord, nous sommes aux portes de l’enfer…

 

A suivre...

 

 

 

Admiration et découverte

 

 

 
La Fleur au repos avant d'entamer les parties plus difficiles

15 décembre Lat 63°17 S 56°28 W - Antarctic Sound

15 décembre Lat 63°17 S  56°28 W - Antarctic Sound

 

C’est le passage entre le nord de la Péninsule Antarctique et les îles d’Urville, Joinville. Ce passage est une entrée pour la mer de Weddell. Nous avons trouvé un mouillage des plus sauvages, entre récifs et icebergs. La Fleur a talonné les cailloux pour trouver son chemin. Si elle n’aime pas ces chocs dans le bateau qui résonnent comme des agressions dans tout son être, elle le fait en toute sécurité, la quille s’esquive et remonte. Comment pourrions nous faire avec une quille fixe ? Nous prendrions le risque de rester échoués, prisonniers comme bon nombre de nos illustres prédécesseurs. Si elle a été conçue pour cela, nous essayons de lui épargner ces chocs qui pour nous aussi retentissent tels des coups de marteaux dans notre carcasse.

 

 

 

Fleur Australe au mouillage entre les icebergs, Île d'Urville

 

 

 

Balade du soir sur le glacier

 

 

Après une balade à terre, sur le dôme du glacier qui recouvre entièrement l’île comme une douce carapace toute blanche et polie, nous sommes obligés de quitter le mouillage, trop agressés par les icebergs. Ils nous entourent, deviennent menaçants et dangereux. Notre frêle esquif vibre sous les assauts de ces monstres de glace.

 

 

 

Mouillage au milieu de nul part !

 

 

 

 

Balade du soir sur le glacier

 

C’est au milieu de nul part à quelques miles à peine, entourés par d’autres colosses, gardés cette fois à distance, que nous posons l’ancre par 15 mètres de fond sur un petit plateau. Quelques heures de sommeil avant de repartir vers la mer de Weddell. 

 

 

 

Loup sur le glacier

 

 

 

Île Joinville, Ernesto

 

 

Devant nous l’inconnu !  La mer de Weddell est une fabrique à glace. Tout au long de l’année, cette mer est recouverte par une banquise impénétrable. L’Endurance de Shackleton en a fait les frais puisqu’elle a sombré dans ces eaux. C’est ici que naissent les plus gros tabulaires de l’Antarctique. Le continent Antarctique recouvert à 98% de glace, laisse s’échapper de gigantesques glaciers qui forment des plateaux sur des miles et des miles (en anglais connu sous le nom de Iceshell.) Ces Iceshells vêlent de gros morceaux de glace qui font parfois la surface d’un département français. Ils errent au grès du courant vers les eaux de l’Atlantique sud et se brisent en formant de nombreux icebergs qui voyagent à leur tour dans le grand courant circum-antarctique.

 

 

 

Loup parle aux manchots

 

 

 

Fleur Australe à l'Île Joinville, Antarctic Sound

 

 

C’est vers cette mer mystérieuse que nous voguons, d’escales sauvages en mouillages hostiles. Vers l’inconnu !

14 décembre - LAT 63 °02 S 56°38 W - Bransfield Strait

(Bransfield Strait, bras de mer qui sépare les îles Shetland de la Péninsule Antarctique)

 

18h00. Nous quittons l’île Elephant vers 18h00. Nous longeons la côte sud pour découvrir la beauté de cette île. Des colonies de manchots nichent sur les promontoires recouverts de glace et de neige. Frank Wild a sans doute choisi le mauvais coté de l’ile lorsqu’il recherchait un lieu pour installer son camp. Le hasard l’a emmené sur la côte nord où il a trouvé le seul endroit viable avec quelques mètres carrés à peu près plat et partiellement dégagé de glace : la pointe Wild. C’est là que séjournèrent les 22 hommes de Shackleton. 

 

 

 

Laura en princesse et Marion en costume chilien

 

 

Sur cette côte sud on découvre des zones plus accueillantes, des colonies plus importantes, plus de place pour se dégourdir les jambes. Nous mettons cap au sud, vers l’extrémité nord de la péninsule Antarctique et l’Antarctique Sound à 180 milles. Nous retrouvons la forte houle, le vent est faible. La lueur du jour diminue mais ce n’est qu’une pénombre qui s’installe vers minuit. A peine une heure et la lueur du jour renait. Des grains de neige recouvre le bateau et la Fleur s’habille d’un manteau blanc. Température extérieure de – 2°C et l’eau est en dessous de zéro. Sur l’eau nous croisons des growlers et icebergs de toute taille. Sur certains les manchots font une escale le temps de déposer sur la blancheur de la glace une déjection teintée de rose, la couleur du krill qu’ils ont ingurgité. Nous croisons un groupe de baleines, des petits rorquals qui ne montrent que leur dos.

 

 

 

Un iceberg sur fond de l'ile Clarence

 

 

7h00. Le vent revient de secteur Est. La mer est confuse, chaotique. Le vent et la houle s’affrontent l’un venant de l’Est et l’autre de l’Ouest. La visibilité s’améliore légèrement laissant apparaître des icebergs par dizaine. Les damiers du cap nous accompagnent, virevoltant autour du bateau.

 

 

 

La brume enveloppe l'iceberg

 

 

8h00. Un grand tabulaire nous barre la route. Nous devons le contourner. Le paysage est de plus en plus fantomatique et inquiétant. Je filme. 

 

 

 

Une masse de glace impressionnante

 

 

12h00. Nous décidons de relâcher à D’Urville Island, du nom d’un autre de ces célèbres explorateurs français. Plus nous nous rapprochons de la côte plus les icebergs, les growlers et les récifs sont nombreux. Le capitaine est tendu. Ernesto grimpe au nid de pie pour nous guider. Nous slalomons entre les récifs et les growlers. A mesure que nous nous enfonçons dans la baie le mouillage s’avère impossible tant les rochers à fleur d’eau sont nombreux. En faisant demi tour nous talonnons sur un haut fond. Nous relâchons finalement un peu plus haut par 15 mètres de profondeur.

 

 

 

Géraldine devant le tabulaire

 

 

13H00. Rebelote, l’eau a gelée dans les réservoirs. Il nous faudra pomper l’eau en surface. Nous avions eu ce même problème lors de notre dernière traversée depuis la Nouvelle Zélande à l’Antarctique. « Je vais finir par mettre du Whisky dans l’eau pour l’empêcher de geler » rétorque le capitaine. Avec un peu de chance ça le rendra de bonne humeur !

 

 

 

Les embruns gèle sur le pont

 

 

13 Décembre - 61°06 Sud et 54°40 Ouest - Cape Valentine

Hier, 15 H00 : débarquement sur une petite plage de galets sombres, aux pieds des sommets enneigés. Une colonies d’otaries en harem (avec mâles, femelles et petits de quelques jours à peine) se montre agressive comme toujours. Des crabiers et quelques phoques de Weddell se prélassent en défendant vaillamment leur territoire face à ces teignes d’otaries tandis que quelques manchots Papous et à Jugulaires vont et viennent. 

 

 

 

 Marion sur la plage de galets au Cap Valentine 

 

 

Les enfants font des glissades sur les pentes immaculées mais nous ne pouvons nous promener car la plage mesure à peine 100 mètres de long, s’en suit des falaises vertigineuses contre lesquelles la mer vient se jeter furieusement.

 

 

 

Otaries et manchots sont les maitres de la plage

 

 

C’est ici que l’équipage de l’Endurance a débarqué avant d’aller chercher abri à Cap Wild, jugé plus accueillant. Cap Wild avait en effet été jugé moins exposé à la houle et abritant davantage de manchots pour se nourrir.

 

 

 

Le capitaine est fier de poser les pieds dans cet endroit innaccessible et mythique

 

 

 

La Fleur au pied des parois vertigineuses

 

 

Ce matin 10H00 : après une bonne nuit de sommeil réparatrice, nous changeons de mouillage et contournons l’île en destination de la baie du glacier de l’Endurance. Tandis que je termine mon émission avec Jacky pour Europe 1, j’entends un grand boum. Nous avons talonné violemment. Le capitaine, occupé à tempérer les petites pour qu’elle ne fasse pas de bruit pendant mon rendez-vous téléphonique a heurté une moraine, à un seuil de 2 mètres. La situation est rendue périlleuse par la forte houle. Loup remonte aussitôt la quille et nous faisons demi tour à tâtons. Il nous faudra 10 bonnes minutes pour finalement nous dégager.

 

 

 

Balade dans la baie de l'Endurance 

 

 

 

12H00 : nous débarquons dans la baie du glacier de l’Endurance. Beaucoup de ressac. Le paysage est somptueux. Le glacier bleuté scintille de tous ses feux. Nous prenons de l’altitude pour faire quelques clichés. Journée de rangement avant de poursuivre vers la mer de Weddell sur les traces de notre illustre prédécesseur.

 

 

 

Au fond le glacier Endurance 

 

12 décembre lat 61°06 Sud 54°38 Ouest - Elephant Island

Le quinze avril 1915, après quatre cent quatre vingt dix sept jours de mer, Shackleton et ses hommes débarquent sur la terre ferme. Ils posent pied sur le rivage du Cap Valentine, une petite plage de galets. Hurley dans son journal parle du Cap Valentine « Notre environnement actuel est l’un des plus grandioses que j’aie jamais vus. Sur les reliefs escarpés qui se découpent sur le ciel à plusieurs centaines de mètres de hauteurs s’encastrent, par endroits, des glaciers dont les parois bleutées ressemblent à des cascades figées tombant de plusieurs dizaines de mètres dans la mer ».

 

 

 

Franck Hurley et Ernest Shackleton

 

 

Ils trouveront à une dizaine de kilomètres plus à l’ouest, un promontoire, une langue de terre, avec un peu plus d’espace et surtout plus abrité de la mer. Ce nouveau campement fut appelé Cape Wild, tant en l’honneur de celui qui l’avait découvert (Frank Wild) que pour en qualifier les conditions atmosphériques, en anglais wild signifie « sauvage » et « a wild weather » désigne « un temps de chien ». « Jamais encore je n’ai rencontré une côte aussi sauvage et inhospitalière » commenta Hurley à leur arrivée en évoquant ensuite « le vaste promontoire entouré de récifs écumants et qui se dresse, noir et menaçant, au dessus de nos têtes, en un à pic vertigineux de 360 mètres ».

 

 

 

Le James Caird

 

 

Le 24 avril, Shackleton et 5 de ses hommes prennent la mer à bord du James Caird, direction la Géorgie du Sud à 700 milles. En 16 jours, bravant la banquise, les icebergs, les tempêtes, il atterrit sur la côte au vent et sauvage de la Géorgie du Sud. Perclus de douleurs et sous un froid glacial ils traversent l'île d’ouest en Est pour trouver du secours.

 

 

 

Les 22 hommes laissés sur l'île de l'Éléphant saluent le départ de Shackleton parti chercher du secours

 

 

Pendant 105 jours les 22 naufragés ont vécu sous les canots retournés en attendant que leur capitaine vienne les sauver. C’est vers cette île Eléphant que nous voguons toute voile dehors.

 

 

 

Arrivée sur l'île Eléphant, dans la brume

 

 

3H00 du matin : Nous sommes à 20 miles de l’île, totalement noyés dans la brume intense. Pas d’icebergs en vue. Nous empannons.

 

7H00 On ne voit pas à un mille. Ernesto prépare un orin pour relever l’ancre par son extrémité au cas où elle se ferait coincée par un caillou. Le capitaine craint que cette forte houle et cette brume dense rendent le débarquement impossible. 

 

 

 

Débarquement dangeureux avec la houle

 

 

7H30 Après 4 jours de traversée, Marion est la première à crier « Terre en vue ». Très glaciaire, entourée d’icebergs, Elephant Island se dessine dans la brume. Aussi sauvage et hostile que l'île "Pierre 1er" en mer de Bellinghausen que nous touchions après 1 mois de mer il y a moins de 2 ans. Nous affalons et filons vers la pointe Wild pour y tenter un débarquement. Aux jumelles nous apercevons des colonies de manchots à jugulaires. 

 

 

 

Manchots à jugulaire, les mêmes que les hommes de Shackleton ont mangé pour survivre 

 

 

8H30. Impossible de mouiller, trop dangereux, trop de cailloux. Le capitaine reste à bord avec les enfants. Tandis qu’Ernesto me débarque, tant bien que mal, sur la pointe Wild, décidément très « wild ». Je suis équipée, cuissarde et sac étanche avec caméra et appareils photo. Trempée jusqu’à la taille mais imperméable, je pose un pied sur l’île tant convoitée. Grand moment d’émotion. Je suis seule entourée de colonies de manchots à jugulaires et de quelques papous qui nichent. Je présente mes excuses auprès de mes hôtes pour le dérangement et me fais la plus discrète possible pour ne pas perturber ce petit monde. Un peu plus loin trône le buste de Luis Pardo, le capitaine du chalutier, le Jelcho, qui a pris le risque en plein hiver austral de mener Shackelton jusque là pour récupérer son équipage, sain et sauf. Miracle. Et surtout un coup de chapeau à son second Franck Wild qui chaque jour a su alimenter l’espoir chez ses hommes alors que tout semblait perdu. Un grand homme de l’Antarctique. 

 

 

 

Le buste de  Luis Pardo, commandant ,du Jelcho, le navire venu sauver les 22 naufragés

 

 

9H00 j’ai les doigts qui commencent à faire mal, surtout celui qui a gelé. Soudain j’aperçois Loup et Laura qui profite d’une accalmie pour se faire débarquer sur le semblant de plage entourée de rochers. Mais Laura se fait prendre par la houle et trempée jusqu’à la taille. Elle n’est pas étanche comme moi et l’eau est gelée. Un petit tour sur l’île, histoire de pouvoir dire qu’ils ont débarqués sur les deux îles que l’ont peut considérer comme les plus inaccessibles d’Antarctique et retour à bord. Ca mérite bien de se faire mouiller un peu. « C’est l’Aventure » conclut Philou qui nous attend avec Marion. Voilà de quoi rassurer mon petite mousse de 7 ans à moitié gelé.

 

 

 

 

Laura et Loup ont dû mouiller leurs bottes pour débarquer. Attention à ne pas trop s'approcher des manchots (5mètres).

 

 

12H00 Nous relâchons sur la côte sous le vent, Cap Valentine. Le soleil pointe le bout de son nez sur les falaises enneigées. C’est très beau… Le baromètre est en chute libre.