29 décembre - Île Déception

 

Nous avons laissé derrière nous la banquise et les baleines. Cap sur l’Île Déception. 

 

 

 

Ancienne base baleinière à Déception

 

 

17h00

La mer est agitée, désordonnée, le bateau plonge dans les creux, le vent est de face, 20/30 nds. Nous avions perdu l’habitude, de la houle, du roulis, du tangage. A bord, l’équipage rejoint sa bannette le temps de retrouver les gestes et le rythme de la haute mer. Nous sommes dans le Bransfield Strait et cet endroit est réputé pour ses eaux tumultueuses. Ce sont sans doute les courants qui sont responsables de cette mer déchainée aux creux abrupts. 

 

 

 

Lagon aux eaux turquoises 

 

 

4h00

Nous entrons dans les bouches de Neptune, une passe étroite qui donne accès au cratère. Il y a 10 000 ans le volcan jaillit du fond des océans. Un pan s’écroula et ouvrit une brèche d’où l’eau envahit la caldera. L’île est unique. Il n’y a que deux volcans en Antarctique. Déception est la seule île au monde ou l’on peut entrer en bateau et pénétrer au cœur d’un cratère. Elle fut découverte en 1820 par Smith et Bransfield. Son abri est un bon mouillage pour les grands bateaux. En 1906 les Norvégiens implantèrent une base baleinière au cœur de la caldera à Whalers bay. C’était un centre important de la chasse à la baleine. Charcot, lors de son hivernage en 1909, y vint pour réparer la quille du Pourquoi Pas ?, endommagée sur un récif.

 

 

 

Rencontre avec deux baleines

 

 

L’écosystème de Déception est unique. Faune et flore sont rares en Antarctique. L’île est protégée avec plusieurs zones classées réserve. On y trouve la plus grande colonie de manchots à jugulaire au monde avec 190 000 couples. 

 

 

 

Telephon bay à Déception

 

 

6h00

Nous trouvons refuge au fond du cratère dans une baie qui pourrait représenter un petit volcan. C’est un décor en noir et blanc où la neige et la glace se mêlent à la cendre du volcan. Quelques taches de roches rouges safran apparaissent de-ci de-là. C'est somptueux avec une eau verte qui complète cette délicate palette de couleurs.

 

 

 

01h00  Livingston 

 

 

Nous relâchons enfin… Il me semble que cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps. Je pars pour une longue ballade en longeant la crête, de sommet en sommet. L’eau fume et semble envelopper les lieux d’un filtre qui déforme la réalité. C’est flou, nimbé de douceur, ça tremble. Fleur Australe solitaire, au cœur du volcan a fière allure, elle panse ses petits bobos des jours passés et se repose de ces longs combats contre la banquise. Quelques manchots font les cent pas sur la plage de sable noir, tandis que quelques phoques se prélassent au soleil. Philou plonge pour jeter un œil au safran. Tout va bien, la réparation de fortune tient le coup.

 

 

 

Baleine sur fond de soleil couchant

 

23H00

Nous levons l’ancre. Le vent forcit. Le soleil est doré. Il dessine le contour des montagnes et fait éclater les touches de pourpre. Nous doublons les Needles et longeons la longue plage de sable noir baignée dans la lumière du soir. Les manchots font des ricochets sur l’eau et rejoignent la plage. 

 

 

 

Escale à Déception, le nez planté dans la cendre du volcan 

 

 

0H00 L’île Livingston auréolée de rose, est recouverte d’un manteau de neige. Soudain un souffle de baleine fait frissonner la mer polie comme un miroir. C’est magique. Au loin, le soleil s’endort, les couleurs éclatent en bandes allant du rouge au violet. Pendant près d’une heure je reste à filmer la baleine qui tourne autour de la Fleur. Sa respiration me donne la chair de poule, la force qui s’en dégage et sa vitalité m’emplisse de bonheur.  

 

 

 

 En noir et blanc, cendre et neige