2 janvier - Au revoir Antarctique

 

Nous avons quitté les Shetland et l’Antarctique aux toutes premières heures de cette nouvelle année. Encore de la brume et une navigation rendue difficile à travers les récifs que nous avions eu du mal à négocier en arrivant. Il faut suivre la trace sur l’écran de l’ordinateur, un œil sur le radar, un autre sur le sondeur et la main sur la barre. Comme un pilote d’avion qui atterrit ou décolle dans le brouillard, nous confions notre destin aux instruments. Il faut faire attention aux courants qui peuvent nous déporter sur les dangers à fleur d’eau. Ambiance étrange, dans une lumière toute ouatée. 

 

 

Nous nous arrachons à la terre pour rejoindre le large. Au radar, les dernières îles, les ultimes icebergs, le tout se mélange. Devant nous le Drake tant redouté, 450 milles de mer tumultueuse où gronde les tempêtes.

 

 

 

Nos compagnons de route, un prion

 

 

La houle est grosse, plus de 30 nœuds de vent, nous marchons à 9 noeuds. Les enfants renouent avec le mal de mer et nous retrouvons peu à peu la nuit avec plaisir. Au loin, vers le nord, le Cap Horn, sésame sur la route du retour. Il faut l’atteindre pour se mettre à l’abri des îles de la Terre de Feu, extrémité du continent sud américain. 

 

 

Nous laissons derrière nous un monde sans pareil. Nous avons abordé l’extrémité de la planète terre. C’est ce que l’on fait de plus extrême. Le pays de la glace. Elle est la maitresse des lieux aussi bien à terre que sur mer. Elle nous a envouté, elle nous a menacé, nous avons réussi à lui échapper. Nous avons ressenti sa force, sa puissance. Nous l’avons poussé, contourné, brisé, foulé. Nous l’avons AIMÉ.

 

 

 

La mer brise 30 noeuds de sud

 

 

Dans notre sillage, des images, les souvenirs d’un combat de tous les instants. Vigilance, apprentissage, angoisse, crainte. Il faut savoir être humble devant tant de force. Il faut savoir remercier le ciel et s’incliner devant tant de beauté.

 

 

 

Sous voilure réduite par 30 nds vent arrière

 

 

Derrière nous, notre sillage se referme. « Fleur Australe » et son capitaine Philippe Poupon ramènent sains et saufs leur équipage. Nous avons abordé ce continent avec tout le respect qu’on lui doit. Qu’il reste à jamais protégé de l’avidité de l’être humain. Qu’il demeure une terre de science et un sanctuaire pour les oiseaux, manchots, phoques, otaries, baleines, qui en sont les seuls propriétaires.