Jeudi 31 Janvier : L'acteur


Au petit matin nous revenons avec un sac plein de palourdes et des herbes tout juste cueillies dans le potager de notre ami pêcheur. La vie ici est d’une douceur incomparable. Il y a tout pour vivre heureux : du poisson, des coquillages, des moutons, des herbes fraîches et des pommes. Pour le reste pas de superflu, pas d’électricité, pas d’eau courante, pas de voiture, une vague épicerie dans laquelle on ne trouve de rien. Le bonheur !

 

 

 


Notre pêcheur de palourdes, son grand sourire et quelques herbes de son jardin en cadeau.

 

 


 


Il y a la queue à l'épicerie.

 

 

 

Je fais la connaissance de Don Paolino qui a créé le petit musée de Mechuque essentiellement tourné vers la mer dans sa maison. Il navigue depuis qu’il a 9 ans avec son grand-père et a dédié deux des pièces de son musée à ses parents et à son épouse défunte qui « continue ainsi de vivre avec lui ». Don Paolino ne vibre que pour son musée qu’il améliore sans cesse. En ce moment il est en train de reconstruire un ancien moulin à eau qui servait à moudre le blé, pour l’exposer.

 

 

 


Don Paoline, dans son musée
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Je vais ensuite à la rencontre de l’étonnant Michael, acteur ultra-sensible (c’est un pléonasme) qui a quitté l’anonymat des villes « bien trop égoïste et égocentrique » pour la quiétude de Mechuque où il passe plus de 6 mois par an. Dans sa maison typiquement chilienne, ce passionné s’est improvisé une petite salle de cinéma avec de superbes fauteuils en cuir récupérés dans une salle de Santiago qui a fermé. Il projette sur son écran des films, des documentaires, aux habitants. Sa maison sert de lieu de rencontre où on échange autour d’un film, nous allons d’ailleurs y projeter nos documentaires "Fleur Australe sur la route des pôles".

 

 

 


Michael, l'acteur dans son musée cinéma.

 

 

 

 


Maison typique avec son jardin et le tas de bois pour l'hiver.

 

 

 

« Ici tout le monde se salue, l’argent n’a pas d’importance, la seule chose qui compte c’est le bois qu’on amasse en quantité pour affronter la rudesse de l’hiver » m’explique-t-il la larme à l’œil. Il me raconte aussi que si la plupart des maisons se trouvent dans la lagune c’est qu’il n’y a pas besoin d’y acheter un terrain puisque le lieu fait partie du domaine maritime. 

 

 

 


La baie à marée basse et les palafitos.

 

 

 

Ici, pour fuir la solitude, toute la famille habite ensemble, les enfants, les vieux, les maris et quand une maison devient trop petite, qu’à cela ne tienne on la déplace. C’est la « Minga », tout le village y participe, c’est une vraie fête, un véritable élan de solidarité générale qui fait une fois de plus monter les larmes aux yeux de mon acteur de Méchuque lorsqu’il l’évoque.

 

 

 


Douceur du soir.

 

 

 

Il y a des taureaux auxquels on a ôté les testicules pour qu’ils soient plus forts, ils tirent la maison avant qu’on ne l’embarque sur un bateau pour la décharger de l’autre côté de la rive ou sur une autre île. Michael nous montre un petit film qu’il a fait sur la Minga. C’est effectivement très beau et émouvant, toute cette énergie déployée et ces maisons qui volent d’un lieu à l’autre, tractées par les taureaux furieux pour se hisser sur d’autres pilotis, ailleurs, plus loin, laissant la place à une autre habitation plus grande avec un potager plus conséquent parce que la famille s’est agrandie.