Dimanche 3 Février : Castro


François Galgani est arrivé ce matin de Paris pour faire avec nous le bilan sur notre mission de repérage des déchets flottants et récupérer les disquettes des films enregistrés par la caméra sous-marine. François est responsable à l’IFREMER des déchets dans l’environnement marin et depuis plusieurs années il étudie tout ce qui touche à la pollution des océans. Il travaille sur les rejets de polluants, les pesticides, les hydrocarbures, l’amiante près du site d’extraction au Cap Corse, mais aussi les matières plastiques, sacs, filets, bouteilles et tout ce que l’homme peut rejeter à la mer d’une manière volontaire ou involontaire.

 

 

 


Avec François Galgani et le système de caméras tractées.

 

 

 

Il y a quelques années, ce secteur n’intéressait personne et semblait plutôt dégradant. La vision des choses a évolué avec les grands drames des pétroliers et les plages polluées par les hydrocarbures et les déchets flottants, entrainant une prise de conscience collective notamment en ce qui concerne la pollution visuelle mais aussi cachée. Dans d’autres pays comme aux Etats Unis, des équipes ont mis en place des expéditions pour l’étude des déchets et de la pollution marine. François vient de terminer une mission qui avait pour objectif d’étudier toutes les côtes de Méditerranée afin de faire un recensement général sur cette problématique. Des zones comme la baie de Naples, laissent apparaître des problèmes majeurs pour la santé des hommes et des espèces maritimes. Cette carte va permettre de mettre en place des actions visant à traiter le problème à la source.

 

 

 


Les flotteurs en clégécel, ceux-ci sont protégés.

 

 

 


Un cormoran a fait son nid sur une bouée
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François et son équipe ont étudié les côtes françaises avec des moyens techniques importants, l’utilisation de sous-marin et de ROV (sous-marin télécommandé)  pour comptabiliser les objets sur les fonds sous-marin. On s’est aperçu que les plastiques, suivant leur composition, pouvaient flotter sur de longue distance, mais aussi couler assez rapidement et donc couvrir les zones côtières sous-marines. L’étude de la côte méditerranéenne avec ses canyons a permis de mieux comprendre le trajet de certains objets portés par les courants au fond de la mer. A l’échelle mondiale, d’autres études, par exemple entre le Spitsberg et le Groenland, ont démontré la présence d’objets comme des filets de pêche qui ont parcouru des milliers de kilomètres avant d’échouer dans des fosses de grande profondeur.

 

 

 


Un pêcheur de sardine.

 

 

 

Notre mission cette année, a été de filmer à l’aide de caméras sous-marines tractées, (entre -30 cm et la surface), zone où l’on peut trouver des objets flottants, surtout des plastiques, entiers (bouteilles, sacs, filets), ou en décomposition (fragments de 1cm à plus). Les scientifiques essayent d’évaluer la concentration des déchets et la possibilité de trouver de tels plastiques dans les différents océans comme en Antarctique. On connaît depuis quelques années, les Gyres des océans Pacifique et Atlantique. Ce sont des zones où les déchets portés par les vents et les courants convergent dans un grand tourbillon. Nous connaissons celui du Pacifique Nord, étudié par les américains de San Diego. Lors de notre passage en Californie, nous étions allés à leur rencontre, à l’Université de la Jolla. Dans l’Atlantique et le Pacifique sud, des zones semblables ont été étudiées récemment.

 

 

 


Un bateau équipé pour aspirer le saumon dans les fermes.

 

 

 

La mission « Fleur Australe » a pour particularité d’emprunter des routes très peu fréquentées. C’est pour cette raison qu’IFREMER souhaite poursuivre ce partenariat. Le support du bateau Fleur Australe est peu onéreux par rapport aux bateaux scientifiques qu’ils affrètent pour ce genre d’expédition. Notre vitesse permet de mettre à l’eau les caméras et de faire des relevés significatifs.

 

 

 


Castro, la cale de débarquement.

 

 

 

François Galgani profite de ce voyage au Chili pour aller rencontrer son homologue chilien qui a fait une étude précise sur la pollution dans les canaux, région des pêcheries de saumons et des élevages de moules, huîtres et coquilles St Jacques. Comme nous avons pu le constater, les côtes sont très polluées par l’activité maritime intensive. Les flotteurs en clégécel, qui servent aux lignes d’élevage des crustacés, se décomposent sous l’action du soleil et des intempéries. Une loi a été votée pour obliger les ostréiculteurs à envelopper ces flotteurs, ou à en utiliser de plus résistants. Autres polluants, les sacs plastiques qui contiennent la nourriture pour l’élevage des saumons et que l’on trouve sur les plages. François nous dit que c’est souvent par ignorance que ces problèmes existent et qu’aujourd’hui il semblerait qu’un effort soit effectué pour aller dans le bon sens.

 

 

 


Laura au marché artisanal.

 

 

 

Nous partons avec Fleur Australe pour la journée, faire découvrir à François Galgani les canaux dans le région de Castro et  lui montrer à la fois les fermes d’élevage et les plages polluées par les déchets. Dans quelques semaines nous irons rencontrer son collègue pour qu’il nous donne plus de détails sur les problèmes rencontrés au Chili. Le ciel est d’un bleu éclatant et nous profitons de la quiétude des lieux. Dans la soirée nous ferons voile en direction de Quinchao à 20 milles.