Lundi 11 Février

 

Nous quittons notre mouillage enchanteur dans ce petit coin de paradis et faisons voile vers le village d’ Hornopirèn pour nous ravitailler. L’endroit n’a aucun charme. Il marque la fin de la route et l’embarquement des voitures par ferry pour Chaiten afin de retrouver la route australe qui va jusqu’à O’Higgins. C’est l’une des routes les plus extrêmes du monde, longue de 1200 km, rarement goudronnée, forêts primaires, glaciers, fermes de pionniers, rivières turquoises et fracas du Pacifique. Achevée en 1996, elle a coûté 300 millions de dollars et demandé plus de 20 ans de travaux en entrainant la mort de 11 ouvriers. La volonté de Pinochet de bâtir une route traversant la région d’Aisèn n’avait rien de pragmatique. Elle reposait plutôt sur la valeur symbolique attachée à la réalisation d’une route reliant entre elles les diverses régions du pays. Cette route mythique continue d’ailleurs d’attirer les voyageurs même si les ferrys sont rares et ne passent que pendant l’été.

 

 

 

 

Changement de temps, les nuages arrivent.

 



11h00


Il pleut à verse. C’est la fin de cette période de grand beau temps qui dure maintenant depuis près d’un mois. Et c’est tant mieux car le pays a besoin d’eau. Ravitaillement fait, nous filons vers un mouillage paisible. C’est l’eau qui est l’âme de la Patagonie du Nord, cascades limpides, lacs turquoise, glaciers imposants et fjords tortueux, elle est partout pour notre plus grand bonheur. Elle nous a régalé sous toutes ses formes. Aujourd’hui c’est la pluie qui tombe pour compléter ses milles visages et saluer notre départ prochain.

 

 

 

 

Isla Tora et ses pêcheurs.

 

 


17h00


Envie de poissons ! Nous filons jusqu’à Isla Toro, où les pêcheurs rentrent au petit port les cales pleines. Pour 10 euros à peine nous achetons deux merluzas et un énorme congrio. C’est vraiment le pays du bien-être et de la vie facile. Une légende raconte que lorsque Dieu créa la Terre, il lui restait à la fin un peu de tout dans les mains, déserts, glaces, montagnes, volcans, etc. Il déposa le reste de ce tout sur l’Amérique du Sud et créa le Chili. C’est pourquoi on trouve le désert au nord et la glace au sud.

 

 

 

 

Ciel de traîne, avec de gros cumulonimbus et un vent à 40 nœuds.

 

 

 

6h00 ce matin

 

Nous levons l’ancre et filons vers Chidguapi. 35 nœuds de vent, nous sommes au près à la gîte et rasons la côte pour nous abriter. Nous sommes grand voile deux ris.

 

 

 

 

 

Ici la marée est importante, plus de 6 mètres.

 



13h00


Nous relâchons devant la plage sur l’île de Chidguapi. Nous avons rendez-vous chez Juanita pour y déguster notre premier curanto, plat typiquement chilien et particulièrement propre à la région de Chiloé. Autrefois il était préparé dans des fours creusés dans le sol selon l’ancestrale coutume polynésienne. Pour préparer le curanto traditionnel, on faisait d’abord chauffer des pierres au fond d’un trou jusqu’à ce qu’elles se fendillent puis on y empilait crustacés, viande de porc et de poulet, surmontés de feuilles de nalca ou « pangue » et de linge mouillé avant de recouvrir le tout de terre et d’herbe pour le laisser mijoter 2 heures, c’est le curanto al hoyo que l’on peut encore déguster aujourd’hui. Juanita, elle, nous le prépare sur son poêle à bois pour qu’il soit plus juteux. Et c’est réussi, c’est un vrai régal. Il pleut des trombes. Nous retrouvons notre équipement de Géorgie, regagnons le bord et appareillons. Le vent a forci avec des rafales à 45 nœuds. Le capitaine cherche un abri pour la nuit.

 

 

 

 

Le ciel est encombré avec ses gros nuages.