26 janvier : Port Salut

 

Nous sommes au mouillage à Port Salut. Il est 2h00 du matin. Depuis le triste épisode je ne ferme plus l’œil la nuit. Impossible de trouver le sommeil. Il est vrai que les mouillages sont particulièrement rouleurs mais ce n’est pas la raison. Je passe la nuit, à veiller sur ma tribu, raquette électrique en main, j’extermine tous les malheureux moustiques qui pénètrent dans le bateau. Un véritable massacre ! Ca occupe ! Et gare aux intrus, tel un Terminator, je suis prête à les électrocuter sur le champ. Trêve de plaisanteries, je suis à l’affut du moindre bruit, j’entends des voix, et quand je m’endors, ce qui finit par m’arriver au petit matin quand il est l’heure de se lever, c’est la voix du chef de bande qui me revient sans cesse, ses hurlements et son regard de fou. Pourtant je suis du genre à passer vite à autre chose et j’y arrive plutôt bien la journée ne serait-ce que pour nos enfants, nous évitons de revenir sur ces évènements mais la nuit tout me revient en mémoire et je ne parviens pas à trouver la sérénité. 

 



 

Port Salut : nous à l'extrémité de la Péninsule sud d'Haiti. Ici nonchalence et tranquilité.

 

 

Je veille et fais des allers retours permanents sur le pont. Le capitaine me dit que cela ne va pas nous arriver deux fois mais je ne suis plus en confiance dû tout dans ces eaux et je dois dire que j’ai hâte de quitter le pays. Hier en milieu de nuit alors que je somnolais enfin, la VHF que Philou avait oublié d’éteindre s’est mise soudainement à parler, j’ai fait un bond dans ma bannette, me suis cognée à la coque et j’ai fini par terre. Nous n’avons pas d’arme à bord de Fleur Australe, nous n’en avons jamais eu, à part dans le Passage du Nord Ouest, une carabine achetée au Groënland pour se défendre contre les ours en cas d’attaque. On s’en est débarrassé dès que possible. C’est peut être parce qu’il a opposé résistance aux pirates en sortant son arme que Sir Peter Blake s’est fait abattre, nous n’en saurons jamais rien mais c’est ce qui se dit. Philou a son fusil de chasse sous marin et moi ma raquette à moustiques, les pirates n’ont qu’à bien se tenir. De toute façon, il n’y a plus grand chose à prendre ! 




 

Enfin un peu de tranquilité après les jours difficiles

 

 

Demain nous ferons une halte à l’Île à Vache après une bonne nuit de navigation puis nous irons sur Jacmel, d’où je filerai sur Port au Prince pour échanger avec les élèves de primaire et secondaire. Le capitaine devait m’accompagner mais en raison des circonstances, il ne laissera pas Fleur Australe seule. Ce sera notre dernière escale en Haïti avant de mettre les voiles en direction de la Jamaïque.




 

Les hommes tirent le filets pendant que les enfants jouent sur la plage

 

24 Janvier : Mica aux Abricots

 

Nous débarquons sur la belle plage de sable doré bordée de cocotiers. Les pêcheurs remontent leurs sennes dans la lumière du petit matin. Deux d’entre eux nous entrainent par un chemin escarpé et pentu qui mène au village d’en haut. Il y’a quatre villages à Abricot. 


 

 

Les pêcheurs remontent la senne

 

 

Dans une jolie maison avec une vue superbe sur la baie, Mica nous reçoit avec beaucoup de gentillesse et de passion. Quelques paons se baladent dans le jardin au milieu des chiens et des oies de barbarie. Au mur, quelques-uns des plus beaux spécimens de la peinture Haïtienne. Après nous avoir offert une coco fraîche et quelques fruits, Mica nous fait découvrir sa collection d’objets appartenant aux indiens Tainos et datant pour certains de 500 ans avant Colomb, des silex, des poteries, des pierres. 

 
 

 

Avec Mica, une femme généreuse et pleine de vitalité

 

 

Mica est Haïtienne, même si sa peau diaphane n’en laisse rien paraître, seul un léger accent créole dévoile ses origines. Elle a vécu pendant dix-huit ans au Québec avant de décider de revenir avec son mari en Haïti pour y aider son peuple. Ils se sont installés aux Abricots il y a maintenant quarante ans. Son mari est décédé il y’a quelques années. Depuis son arrivée ici, elle se bat pour que son village soit un petit paradis tel que l’avait surnommé les indiens Tainos. Et on peut dire qu’elle y met toute son énergie et beaucoup de passion. Un gant de fer dans une main de velours que cette maitresse femme qui, à elle toute seule, a révolutionné la vie du village et en particulier celle des femmes et des enfants.

 
 

 

Fleur Australe au mouillage d'Abricot

 

 

Nous sommes bien loin des villages que nous avons visités auparavant. Elle contrôle tout et lutte au quotidien pour que les enfants aient une école digne de ce nom, avec toute la technologie moderne, internet, tableau numérique. Une infirmerie en service 24 heures sur 24, même si le choléra apparut après le séisme de 2010 continue de frapper, surtout après les pluies. Deux enfants sont décédés des suites de l’épidémie le mois dernier, un troisième a été sauvé. Cela passe avant tout par la prévention et des circulaires sont distribuées à tous quant aux mesures à observer. 

 
 

 

L'atelier de couture de la "Fondation Paradis des Indiens"

 

 

Mica nous fait visiter toutes les classes, à son passage les élèves se lèvent et la gratifie d’un « Bonjour Madame », preuve du grand respect que tous lui réservent et de l’éducation qu’elle a réussie à leur inculquer. Elle veille à tout, glisse un mot aux professeurs, corrige les copies et les commentent. Un sacré bout de femme ! 

 
 

 

Atelier de poterie pour la vente de crèches

 

 

Elle nous fait visiter ensuite ses ateliers d’artisanat, confections de nappes, couvre-lits, robes, motifs cousus mains et grande délicatesse, puis c’est au tour des ateliers de poteries où l’on confectionne entre autres de jolies petites crèches en bois. « De quelle couleur est Jésus en réalité » m’interroge Laura devant le petit Jésus chocolat. Je lui répond : «  sa couleur change suivant l’endroit, ce n’est pas l’essentiel, il est amour et l’amour n’a pas de couleur, il est universel » sous l’œil ahuri du potier qui ne s’était peut-être jamais posé la question. 

 


 

 

Les petites filles nous font un ballet de hula hoop

 

 

Nous finissons notre visite par la préparation du Fruit à pain, nous sommes épuisés, il est vrai que les derniers jours nous ont laissé peu de repos. Nous trottons derrière Mica qui passe de l’un à l’autre, avec une détermination que ni le soleil de midi, ni la raideur des chemins en terre ne pourraient entraver. 

 
 

 

Petites filles du village d'Abricot

 

 

En rentrant à la maison nous avons le privilège d’assister à la descente du drapeau devant l’école, tous les élèves en uniforme chantent l’hymne national pendant que le maître descend solennellement le drapeau. Un grand moment d’émotion. Quel beau combat que celui livré par Mica pour son village. Quelle réussite ! A voir le sourire sur le visage des habitants, petits et grands, en haut comme en bas, on comprend où cette femme remarquable puise son énergie. Elle a réussi son pari, Abricot est bel et bien le petit paradis que les Indiens avaient découvert. Bravo Mica ! 

 

 

 

Des centaines d'enfants vont à l'école grâce à Mica et à sa Fondation

 

 

Mica a créé sa fondation : «  Fondation Paradis des Indiens » n’hésitez pas à lui envoyer des dons : 

 

Michaëlle de Verteuil
Fondation Paradis des Indiens
Abricots HT-7120, Grand'Anse, Haïti
Tel. (509)-3804-5510 ou (509)-3772-8802

 

Merci pour vos messages de soutien, l’équipage se remet doucement de ses émotions.

 

 

23 Janvier : Pestel

 

Nous découvrons à mesure des heures que nos pirates ont pris beaucoup plus que nous l’imaginions, portables, argent, matériel de plongée… Ils ont tout saccagé, le bout de l’enrouleur du génois et celui de l’écoute de grand voile ont été sectionné et j’en passe. Nous sommes malgré tout accueillis à Pestel avec beaucoup de gentillesse. Nous tachons de rester positifs, ce qui n'est pas forcément facile pour l’équipage. Nous sommes devenus méfiants par la force des choses. On le serait à moins ! 

 

 

 

Pestel, niché entre deux mornes

 

 

Pestel a beaucoup de charme et les habitants sont joyeux. Le village est niché entre deux mornes. Je fais quelques photos mais je n’ai pas le cœur à l’ouvrage. Chaque photo est négociée et je trouve de l’agressivité là où je voyais de la fierté. Le consul qu’a contacté Titouan depuis Paris, nous met en garde au téléphone et par mails. Les actes de piraterie sont fréquents, dans le coin en particulier. Il prévient les autorités et prend régulièrement de nos nouvelles. 

 

 

 

Le port avec ses bateaux et ses pirogues

 

 

 

La jeunesse haïtienne

 

  

Nous faisons voile en début d’après-midi vers Abricot où nous avons rendez-vous avec une dame qui anime un groupe de femmes et fait de l’artisanat. Nous hésitons à nous y arrêter car cela reste dans la zone à risque, près de Jeremy mais nous décidons de nous tenir à notre programme. Nous repassons sur les lieux où se sont déroulés les actes de la veille avec une certaine appréhension puis relâchons vers 21h00 à Abricot. Le mouillage est terriblement rouleur et je dois dire que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, à l’affut du moindre bruit. Je pense qu’il en est de même pour Philippe qui s’est barricadé dans la timonerie, c'est certainement pareil pour Marie qui accuse également le coup. Même si je lui avais demandé de rester dans sa bannette la veille, elle a tout entendu et assisté à une partie du « show ».

 

 

 

Le port de Pestel bien abrité avec ses maisons sur l'eau

 

 

Je la sens très affecté et inquiète, même si elle donne le change avec courage. Les enfants quant à eux ne semblent pas perturbés. Ils ont le sommeil lourd et ne se sont réveillés qu’en fin de nuit. Seule Marion simulait le sommeil lorsqu’ils m’ont obligé à allumer la lumière pour vérifier la bannette des enfants, elle parle de l’homme à la moustache avec la mitraillette. Triste épisode ! 

 

 

 

Des couleurs éclatantes

 

 

 

Une vieille femme transporte du charbon de bois

  

 

Au petit matin, la nuit rouleuse s’est déroulée sans encombres, les pêcheurs tout sourire, viennent nous dire bonjour. Ils nous racontent qu’à cause du mauvais temps, un bateau américain s’est retrouvé à la côte, non loin d’ici, il s’est aussitôt fait totalement dépouillé par des pirates et sa carcasse est encore sur la plage. Je ne sais pas précisément ce qu’il est advenu de l’équipage, c’est assez flou. Je pense au journal de Christophe Colomb lorsqu’il débarque en Haïti  près du môle Saint-Nicolas, au mois de décembre 1492, il est subjugué par les autochtones : « Je crois qu'il n'y a pas meilleures gens, ni meilleure terre, écrit-il aux souverains espagnols, ils aiment leurs prochains comme eux-mêmes et leur langue est la plus douce du monde ». 

 

 

 

Les élèves en uniforme sont joyeux à la sortie de l'école

 

21 Janvier : Pirates à bord

 

Nous quittons Môle Saint Nicolas la nuit tombée et faisons voile vers Jérémy. Nous y passons une partie de la journée puis appareillons pour relâcher au coucher du Soleil devant un petit îlot de sable qui abrite un village composé de quelques tentes, entre Coral et Pestel, notre prochaine destination. Le ciel s’embrase et nous offre son plus beau visage tandis que trois barques de pêcheurs s’arriment à notre bateau. Nous échangeons avec eux jusqu’à ce que la nuit tombe, achetons une dorade et leurs offrons de quoi se nourrir. 

 

 

 

La quai du village de Jeremy

 

 

A 3h00 du matin ca tambourine sur la coque, par le hublot, j’aperçois des hommes avec des armes. Je réveille Philou endormi dans la timonerie qui sort sur le pont. Je verrouille la timonerie, j’ai des enfants à bord. Philou me demande d’ouvrir, m’explique que ce serait « la justice ». J’ouvre. Ils sont une dizaine à rentrer dans le bateau, l’un d’eux est en uniforme, les autres, très agressifs, brandissant leurs armes et vociférant, sont en civils. 

 


 

 

Le petit îlot et ses pêcheurs

 

 

 

Pirogue à voile

 

 

Derrière eux, tout le village, c’est à dire qu’ils sont une bonne dizaine encore qui restent sur le pont qu’ils pilleront d’ailleurs de fond en comble (matériel de plongée, lampe torche etc). Ils sont donc environ vingt dans le bateau. Ils hurlent. Je leur dit qu’il y a des enfants qui dorment, ils nous assaillent de questions : d’où vient-on, pourquoi, pour qui, comment vit-on, qu’a-t-on à bord ? Ils demandent à fouiller le bateau, partout, tout, placards, soutes, ils agitent leurs armes. Je me demande à quelle sauce, ils vont nous manger et je dois dire qu’à ce moment-là je n’en mène pas large devant leurs armes et leur folie. Je pense à Peter Blake quand je les vois s’échauffer et je me dis qu’ils doivent être prêts à tirer si quelqu’un les énerve un peu trop. Ils vont, viennent, conciliabules, parlottes, le ton monte puis redescend. Ca va durer jusqu’à 6h30 du matin. Philou tente de leur expliquer ce que nous faisons, leur montre un de nos livres. Il nous oblige finalement après maintes tergiversations à lever l’ancre pour aller vers Coral. Les pêcheurs sont toujours sur le pont et le portefeuille de Philou a disparu. Il réapparaît une heure après, vide d’argent, mais avec la carte bleue. 

 


 

 

Les tentes des pêcheurs

 

 

Le chef ordonne aux autres, ceux qui nous auraient pillés s'il n’était pas là, nous explique-t-il en boucle, de quitter le bateau. Nous voilà partis avec eux pour Coral, à deux milles. Arrivés là-bas ils prétendent vouloir mettre le bateau sous scellés et demande à me parler : "Tu es la femme du capitaine, tu as bien compris, vous ne pourrez plus partir d’ici, si nous n’étions pas là, votre bateau serait pillé et vous seriez en grand danger" m’explique-t-il en me caressant la tête. Effectivement, j’ai bien compris. Je lui demande combien il veut pour nous foutre la paix. Il veut mille dollars. Devant la menace, de plus en plus pressante, nous lui donnons bien évidemment mille dollars, c’est tout ce que nous avions à bord. Ils finissent par quitter le bateau, argent en poche. 

 

 

 

Nos amis d'un soir, devenus voleurs

 

 

Nous sommes sous le choc. Les enfants qui ne se sont réveillés qu’à la fin sont terrorisés. Pas plus tard qu’hier j’expliquais à la radio, que tout se passait bien, et que nous n’avions aucun souci. Ces hommes nous ont fortement déconseillés d’aller à Pestel en prétextant les récifs trop nombreux. Mais nous irons, nous avons bien moins peur des récifs que des hommes et ça se confirme. 

 


 

 

Le jour se lève, nous faisons route sur Pestel

 

 

L’équipage de Fleur Australe est un peu sonné par cette nuit de cauchemar mais garde le sourire. C’est certainement le prix à payer pour accéder à ces endroits intenses et rares, ces escales au parfum d’aventure telle que nous l’entendons. Il n’est pas d’aventures sans risques, nous le savons pour s’être promener dans les pôles. Nous ne fuirons pas et ne tirerons aucune conclusion à propos de cet acte de piraterie car à ce jour nous n’avions rencontré ici que gentillesse extrême et grandeur d’âme. C’est ce que nous retenons, cette nuit et son souvenir s’évapore déjà dans notre sillage comme les quelques mésaventures que nous avons eu en 6 ans de mer. Bien peu de chose !

 

20 Janvier : Mole Saint Nicolas, Haïti

 

Nous sommes à l'extrémité ouest de la péninsule nord. C'est ici que Christophe Colomb aurait accosté en 1492, le jour de la Saint Nicolas. Cette baie bien protégée, a été pendant longtemps la base des navires espagnols. Plusieurs forts ont été construits pour protéger les flottes de navires. Cuba n'est qu'à 40 milles et le canal qui sépare les deux îles se nomme le canal du vent, « Windward passage ». Point stratégique dans cette mer des Caraïbes d'où l'on pouvait surveiller le détroit. Les flibustiers et boucaniers basés à l'île de la Tortue, venaient souvent roder dans ces parages.

 

 

 

La belle coque grise attend les bras des hommes pour la redresser

 

 

Le décor est impressionnant avec des montagnes en étages, des lignes parallèles qui dessinent les flancs des collines. Il ne pleut que très rarement. Paysage aride fait de cactus, de buissons et d'herbes folles. Quelques cocotiers et bananiers cachent un petit cours d'eau venu des hauteurs. Seule oasis où l'homme a construit le village. Il y a beaucoup de bateaux, des pirogues, des canots de pêche et aussi quelques embarcations de transport. Ici on exporte du charbon de bois vers Port au Prince.

  

 

 

Philou aide à la manoeuvre pour redresser le bateau

  

 

 

Marion a fait une heureuse

 

 

A terre on a échoué l'un de ces gros bateaux, d'une quinzaine de mètres de long. Nous arrivons au moment où tous les hommes du village sont venus prêter main forte pour redresser la coque. Les marées étant absentes ou très faibles, il faut pour caréner et calfater le bateau, le tirer au sec. Il a d'abord été vidé entièrement de son leste, puis on l’a glissé sur des troncs d'arbres posés sous sa quille. Mais le flanc est encore dans l'eau, il faut maintenant le mettre debout pour accéder à la carène. Deux arbres à terre servent de point d'ancrage aux palans, où deux poulies d'un autre âge grincent à chaque hissage des hommes aux muscles tendus. C'est en coeur avec des chansons à hisser, dans le créole haïtien, que les hommes jettent leur corps dans un élan commun, les pieds bien ancrés dans le sable. Philou leur prête main forte. Petit à petit la coque se redresse. Le mat où les aussières sont amarrées, résiste, et dans un assaut final, la belle coque grise se dresse fièrement hors de l'eau, prête à recevoir les bons soins du charpentier marine. 

 

 

 

Les poupées de Fleur Australe font le bonheur des enfants de Carénage

 

 

 

Non loin, une autre coque prend forme, seules les membrures et la quille sont assemblées attendant les bordés. Les arbres sont rares dans cette région aride. Ils ont du venir de loin, de la montagne où subsiste encore quelques rescapés capables d'être débités, pour en faire un beau navire. Un autre bateau tire quelques bords sous voile. Il faut de la surface de voilure pour déplacer ces lourdes coques. Ici on ne connaît pas le moteur. C'est à la rame ou à la voile que chacun parcourt la baie. Il faut rentrer avant que le vent thermique ne soit trop fort et c'est très tôt le matin que les hommes partent à la pêche pour poser casiers et filets.

  

 

 

On est fier à Morne Saint Nicolas

 

 

 

La Fleur au mouillage

 

 

A peine le soleil sorti du fond de la lagune, une barque vient nous proposer langoustes et crabes. Nous ne pouvons résister à remplir une bassine contre quelques gourdes (monnaie locale) et le capitaine me demande gentiment un bout de pain car son estomac est encore vide. L'un d'eux me dit avoir perdu son masque de plongée et Philou part dans les soutes de Fleur Australe dénicher un masque de réserve. L'homme heureux de ce présent me gratifie d'un grand sourire et nous remercie chaleureusement. Si Haïti est pauvre, cet endroit reculé, éloigné, au bout de la péninsule est bien le reflet de cette île. Pauvreté mais gentillesse et dignité. 

 

 

 

Echange avec les enfants de l'école

 

 

 

Nous débarquons au village de Carénage et Marion a décidé de se séparer de son petit vélo. Il va faire une heureuse qui enfourche sans attendre, les pieds dans l'eau, sa belle monture. Notre guide nous fait visiter le village où seulement deux grandes familles vivent. Une petite école où 36 élèves de tous âges suivent des cours de français, créole, math et science. Nous leur rendons visite et profitons pour leur parler de notre voyage et de l'importance qu'il y a à préserver la mer qui borde leur île. Ici comme ailleurs trop de négligences, trop de plastiques partent à la mer. Le professeur leur traduit nos explications en créole qui reste la première langue. 

  

 

 

Une écolière bien élégante

 

 

 

Fleur Australe devant le village de Carénage

 

 

Les poissons se font rares dans la baie, et certaines personnes bienveillantes essayent d'instituer des règles, comme celle de la fermeture de la pêche à la langouste lors de la saison de reproduction entre avril et septembre. A la pointe, les coraux sont bien préservés, l'idée d'en faire une réserve serait une bonne chose. Le Mole Saint Nicolas nous offre un beau coucher de Soleil et nous laissons derrière nous des sourires et des mains qui s'agitent. 

 

19 Janvier : Au village de Labadie

 

Visite de la citadelle au Cap Haïtien, et dîner dans un très bel hôtel, la bâtisse date du XVIIIème siècle, le roi Christophe a été redécoré en 1940, tout est beau, les meubles en bois, les peintures naïves, d’une grande élégance.

 

 

 

 

 

Nous levons l’ancre au petit matin en direction du village de Labadie. Le village reste préservé, la vie s’y déroule paisiblement malgré la grande pauvreté. Nous grimpons jusqu’au ruisseau où les femmes lavent leur linge. Quelques enfants ont mis leurs habits du dimanche et se pressent pour assister à la messe, d’autres déambulent tous nus dans la petite rue en sable, tandis que les bébés font la sieste à l’ombre dans les cases infestées de moustiques. 


 

 

 

Fleur Australe au mouillage devant le village de Labadie

 

 

 

Village de Labadie, Haïti inspirante et pénétrante

 

 

Marie se lie d’amitié avec une petite fille qui ne veut plus la lâcher. L’endroit, hormis le village, a bien changé depuis 1998, date de mon dernier passage, la Royal Caribéen, compagnie de paquebot effectuant des croisières dans les Antilles, s’est emparée des lieux, il y a même une montagne russe et un toboggan au milieu des jets skis. 

  

 

 

Village de Labadie, Haïti inspirante et pénétrante


   

Heureusement le bateau de croisière ne passera que demain déverser ses flots de touristes en route vers Cuba. Ils veulent poser le pied sur le sol Haïtien, le temps d’une matinée, sans surtout se mêler à la pauvreté ambiante, au risque de contracter le choléra ou autres maladies qui circulent par ici. Cela fait figure d’exception en Haïti où le tourisme de masse n’a investi que cette plage dans la baie des Français, tout le reste du pays est totalement intact. J’ai la chance de ne pas assister à ça, je n’apercevrai que la tyrolienne et le toboggan. Depuis notre arrivée en Haïti nous n’avons croisé ni touristes, ni bateaux de plaisance.

 
 

 

Village de Labadie, Haïti inspirante et pénétrante

 

  

Dans l’après midi nous relâchons devant un îlot désert, l’Île à Rats et partons admirer les fonds, mais l’eau est plutôt trouble. C’est sur cet îlot que Colomb avait pris l’habitude de roucouler avec son indienne. 

 
 

 

  

Nous naviguons de nuit vers Mole Saint Nicolas après s’être délectés de succulentes langoustes, que l’on appelle homard par ici, achetées à un des pêcheurs qui n’ont de cesse de défiler pour nous proposer langoustes et poissons. 

 
 

 

Les enfants vont à la messe dominicale

 

  

Nous doublons la mythique Île de la Tortue, l’île aux pirates et aux trésors cachés. Elle servit de refuge aux flibustiers Français, Anglais et Hollandais qui harcelaient les espagnols. Nous croisons de belles embarcations, en provenance de Cap Haïtien, ils sont parfois jusqu’à 10 à bord, serrés comme des sardines, le sourire bien accroché aux lèvres lorsqu’on les croise. Belle et inspirante Haïti !

 

 

 

De belles embarcations en route pour la côte nord

 

17 Janvier : Fort Liberté

 

Nous franchissons la passe d’entrée, étroite et profonde, qui donne accès à la belle baie particulièrement bien protégée. Fort Dauphin, c’est ainsi que s’appelait la ville à l’époque où la colonie fut construite. Elle a été conçue comme un lieu stratégique capable d’accueillir de nombreuses troupes. 


 

 

Sur l’eau les barques à voile volent graciles

 

 

Depuis que nous sommes passés dans les eaux haïtiennes, il me semble que soudainement tout a changé, la lumière est plus douce, plus africaine, plus subtile, de belles barques en bois à rames et à voile glissent sur l’eau,  certaines sont calfatées avec du goudron pour recouvrer leur étanchéité, la poésie est bien là. 

 

 

 

Sur l’eau les barques à voile volent graciles

 

 

Je ne sais plus où donner de la caméra, tant chaque image est empreinte de force, chaque visage raconte une histoire. La misère, le sourire, la dignité face aux épreuves de la vie, l’espoir toujours et cette croyance attachée au corps qui prémunit contre l’adversité et la rudesse de la vie même quand les éléments se déchaînent. 

 
 

 

Belles barques à voiles, parfois colmatées avec du goudron

 

 

A peine l’ancre posée les frères Bienaimé s’arriment à notre bateau, Fifi et Désiré. On nous a dit qu’il y aurait une baleine dans la baie, je les interroge. « La baleine de 9 mètres s’est prise dans un filet, elle s’est échouée sur la plage et il a fallu la tuer », m’expliquent-t-ils. Nous l’avons enterré ce matin ajoute-t-il, c’est un animal sacré. Quelle tristesse, nous étions venus lui rendre visite. Elle avait dû se perdre. Sans doute une baleine à bosse qui aura égaré son troupeau, ses amies, les grandes voyageuses venues du Grand Nord se reproduire dans les eaux chaudes de la Samana. 

 
 

 

Belles barques à voiles, parfois colmatées avec du goudron

 

 

Nous débarquons. Bientôt, une dizaine de femmes à qui j’ai promis des médicaments et des vêtements nous suivent dans les rues, jusqu’à l’immigration. Les rues sont larges, poussiéreuses, brulées par le soleil. Suit une matinée à régler les problèmes de douanes et d’immigration. 3 heures au commissariat où j’ai le loisir d’étudier les cellules et l’insalubrité des lieux. 

 
 

 

Fort liberté, des rues poussiéreuses, brûlées par le Soleil

 

 

Je fais un rapide tour par le marché, j’achète quelques poissons à une des femmes puis je reviens au bateau rechercher ce que je leur ai promis. Elles m’attendent sur le ponton, leurs silhouettes furtives se dessinent en ombre chinoise dans la lumière de midi et je suis heureuse de pouvoir leur donner quelque chose, d’avoir cette chance. 

 
 

 

Fort liberté, des rues poussiéreuses, brûlées par le Soleil

 

 

Heureuse également d’être arrivée ici où tout m’inspire, où tout me parle, me touche. On nous met en garde contre le choléra qui sévit en ce moment, méfiance avec l’eau et les crudités, attention également au paludisme, nous sommes dans une région à risque. 


 

 

Silhouettes qui attendent l’équipage de Fleur australe à Fort Liberté

 

 

Le commissariat est infesté de moustiques, je fais rentrer les enfants au bateau et m’affaire à la préparation des poissons. Philou arrive un peu plus tard avec l’immigration et la police qui inspecte les lieux. Tout se passe sans trop de complications, ils quittent la Fleur après avoir admiré notre ouvrage sur le Grand Sud et c’est ensuite au tour des pêcheurs de venir s’amarrer à notre bateau. 

 

 

 

 

Nous levons l’ancre en milieu d’après midi pour rejoindre Cap Haïtien, nous n’avons pas vu la baleine qui est venue mourir dans les eaux d’Haïti, ici rien n’est facile, même pour les baleines. La vie est rude mais les bateaux volent sur l’eau, graciles et légers. 

 

16 Janvier : Montecristi

 

Nous quittons la belle baie de Punta Rucia vers 4h00 du matin. Nous contournons le Morro qui marque l’entrée de la baie de Montecristi à l’extrême nord-est de la République Dominicaine tandis que le Soleil se lève dans des harmonies de roses. Christophe Colomb a appelé la région Monte Cristi en l'honneur du Christ, pour la beauté et la grandeur de ses vallées et collines, dignes du Christ.

 
 

 

Les salines de Montecristi, à la rencontre de la famille Garcia exploitants de sel

 

 

On trouve à Montecristi les restes des anciennes salines développées autour de la ville. La plus ancienne, située entre la ville et la plage, est encore utilisée. Nous avons rendez-vous avec la famille Garcia qui exploite le sel de génération en génération. La collecte de sel se fait de la même façon qu’il y a des centaines d’années, avec les mêmes techniques artisanales.

 

 

 

Les salines de Montecristi

 

 

Luis nous mène dans les salines et nous explique le processus, l’évaporation par le soleil et le vent, la cristallisation, puis pour finir, la récolte. «  C’est le processus inverse de ce que vous faites à bord de votre bateau pour désaliniser l’eau de mer » nous explique-t-il. « C’était ainsi du temps des indiens Tainos, ces salines existaient déjà, rien n’a changé » ajoute-t-il. Les salines de Montecristi sont les plus gros producteurs de sel de République Dominicaine. 

 

 

 

Senor Garcia, de générations en générations on récolte le sel à Montecristi

 

 

En marchant dans les salines, on peut observer d’innombrables oiseaux qui vivent dans ces eaux chaudes et peu profondes et cherchent leur nourriture dans la vase. Une des plus belles espèces habitant dans les salines de Montecristi est le grandflamant rose.

 

 

 

Les salines de Montecristi

 

 

C’est Laura, propriétaire du joli hôtel au pied du Morro, qui nous sert de guide pour visiter le village. Nous faisons aussi un gros plein de provisions au supermarché très bien achalandé avant de lever l’ancre ce soir en direction de Haïti, à quelques milles.

 

 

 

En mer nous faisons voile vers Haïti 

 

 

Au coucher du soleil les salines s’embrasent et la ville se reflète dans les bassins polis comme des miroirs. Fleur Australe est prête. Nous quittons la République Dominicaine, des images plein les yeux. Merci à tout ceux qui nous ont guidés à travers ce pays merveilleux. Gracias a todos por la hospitalidad.