22 Décembre : Combats de coqs

 
Nous avons rendez vous à Ciales, un joli village encerclé par les montagnes, au Gallos Danny Juan Ranch où l’on élève une centaine de coqs chaque année pour le combat. Ce sont les Espagnols qui ont importé cette tradition il y a plusieurs siècles. Si elle ne se pratique quasiment plus en Europe, elle est restée très populaire dans les Caraïbes. A Puerto Rico, c'est une industrie florissante avec un enjeu considérable pour les éleveurs et les parieurs. Angel et Danny Juan nous accueillent. 
 
 
 
Laura dans la forteresse de San Juan, la plus grande de la Caraïbe.
 
 
 
Vue dominante sur la mer et l'entrée de la baie
 
 
Danny est une star ici à Puerto Rico, il a gagné des centaines de coupes en Amérique latine, il est même arrivé troisième au championnat du monde de combat de coqs. C’est un sport qui s’inscrit directement dans la tradition ancestrale, dans la culture du pays. Dany tient cette passion de son grand père. Il aime ses bêtes et ca se voit. L’entrainement consiste à les bichonner, massages pour la circulation, exercices pour renforcer les pattes, trois fois par jour pour un combat qui va durer quinze minutes et peut rapporter entre 500 et dix mille dollars en fonction de l’enjeu et des parieurs. 
 
 
 
Les boulets du fort, une arme dévastatrice pour les navires ennemis
 
 
 
Un beau coq fin prêt pour le combat
 
 
Les coqs ne meurent pas, tout cela est pratiqué selon des règles bien strictes qui les protègent. Le gagnant doit laisser son adversaire à terre pendant une minute. Nous sommes dans une sorte de Clairefontaine du poulet me fait remarquer Loup, rieur à qui tous ces coqs ont mis l’eau à la bouche. Nous assistons à l’entrainement, au nourrissage fait avec un assortiment de graines venues spécialement des Etats Unis puis au combat avant de prendre congés de nos charmants hôtes pour regagner San Juan. 
 
 
 
Loup en compagnie de Luis, entraineur de coqs
 
 
 
Danny Juan, le maitre éleveur de plus de 500 coqs. Champion des combats à Puerto Rico
 
 
Nous souhaitons visiter le Castillo San Cristobal, le fort qui servait à protéger des attaques ennemies. Demain nous allons visiter la Rivière Camui et ses grottes à 200 km avant de lever l’ancre en fin de journée.
 
 
 
Laura et Marion admirent les poussins futurs coqs de combat

 

21 décembre : Puerto Rico

21 décembre : Puerto Rico
 
Navigation tranquille, vent portant sous une pluie d’étoiles. Nous sommes grand voile haute et génois tangonné et marchons à 7 nœuds. Croisons de gros paquebots qui sillonnent les caraïbes. Nous empannons plusieurs fois avant de relâcher devant la forteresse à l’aube. 
 
Puerto Rico se réveille nimbée de rose. C’est «La isla del Encanto », « L’île de l’enchantement ». Il s’agit de la plus petite île des Caraïbes mais c’est aussi l’une des plus diversifiée avec ses plages, ses montagnes brumeuses et sa végétation luxuriante. Au petit matin nous levons l’ancre pour rejoindre la marina située au cœur de la ville.
 
 
 
Coucher de soleil sous les tropiques à l'approche de Puerto Rico
 
 
Habitée par les indiens Arawaks, c’est Christophe Colomb qui découvre Puerto Rico le 19 novembre 1493. Les indiens Tainos qui habitaient l’île ont rapidement montré l’or de la rivière à l’explorateur.
Très vite Puerto Rico devient la station militaire la plus importante des caraïbes. 
 
Rapidement exterminée, la main-d'œuvre indigène est remplacée par des esclaves noirs qui travaillent sur les plantations de canne à sucre et de café. Plaque tournante de la contrebande anglaise au XVIIe siècle. Puerto Rico connait une certaine prospérité au XVIIIe siècle et reste à l’écart des guerres d'indépendance au début du XXème. De nombreux colons espagnols s'installent dans l'île, ce qui n'empêche pas la montée d'un mouvement autonomiste, dirigé par Luis Munoz Rivera, qui débouche sur le statut d'autonomie de 1897.
 
 
 
La vieille ville de San Juan.
Des rues pavées et une architecture espagnol.
 
 
Cependant, en 1898, les Etats-Unis, victorieux des Espagnols (guerre hispano-américaine), occupent Puerto Rico qui reçoit un gouverneur (1900). En 1917, le Jones Act confère aux Portoricains la nationalité américaine. 
 
Mono productrice de sucre, l'île est très touchée par la crise de 1929 et le Parti démocratique populaire (P.D.P.) de Luis Munoz Marin prône la diversification de l'économie, mais dans le cadre de l'union avec les Etats-Unis. 
 
Puerto Rico reçoit en 1947 le droit d'élire son gouverneur et une nouvelle Constitution en fait un « Etat libre associé », statut confirmé par le referendum de 1967. Bien qu'en progression, le mouvement indépendantiste reste très minoritaire. Les 3,8 millions d'habitants de Puerto Rico, citoyens américains d'un « Etat libre associé » aux Etats-Unis, n'ont pas le droit de vote aux élections américaines. 
 
 
 
 
En 2012, le dernier referendum en date, le quatrième en 45ans, a réclamé l'annexion aux Etats-Unis. Mais cette consultation n'a pas été reconnue par Washington.
 
Aujourd’hui l'île dotée de sa propre constitution, élit un gouvernement autonome gérant les affaires intérieures. Mais la défense, la politique étrangère et la monnaie sont assumées par les Etats-Unis. Le dollar US est la monnaie officielle, mais à Puerto Rico on l'appelle le « Peso ».
 
 
 
 
L'Anglais et l'Espagnol sont les deux langues officielles, mais l'Espagnol domine largement. La population très dense (fort accroissement naturel) est en majorité urbaine (67 %) et connaît un endettement élevé et un fort taux de chômage, malgré une forte émigration vers les Etats-Unis et les implantations industrielles (produits pharmaceutiques, pétrochimie, alimentation, textile, plastique, matériel électrique et électronique). 
 
Les superficies agricoles diminuent et l'élevage (lait et viande) dépasse les productions traditionnelles (tabac et surtout canne à sucre). 
 
 
 
 
Le tourisme se développe (3,6 millions de visiteurs par an en 2010), mais ne représente que 6 % du produit intérieur brut, car Puerto Rico subit la concurrence d'autres îles des Antilles, notamment de la toute proche République Dominicaine vers laquelle nous ferons voile d’ici 3 jours.
 
Nous louons une voiture et partons à la découverte du vieux San Juan bien caché derrière ses remparts. La ville est superbe très colorée et bien propre avec son style bien espagnol, ses rues pavées et ses maisons coloniales. Pas question de sortir Béti le chien de son sac, sous peine de voir le service sanitaire s’en emparé comme en Nouvelle Zélande. Nous regagnons le bord au coucher du soleil. On nous a conseillé de tendre les oreilles car la nuit tombée et surtout après la pluie on peut entendre le chant du « Coqui », le cœur de l’île.
 
 
 
 
Il est partout sur l’île et chacun fait un bruit différent. C’est l’animal national (sorte de grenouille) car il représente la force et l’unicité du peuple portoricain. Qu’à cela ne tienne nous sommes tout ouïe…
 

20 décembre : St. John

 
Nous passons la nuit dans la belle baie de Tortola afin que Marie puisse prendre le Ferry en direction de St. John pour faire son entrée en territoire Américain. Nous avons un visa Américain valide mais ce n’est pas son cas, elle n’a donc pas le droit d’entrer en voilier. Nous la retrouvons dans la jolie Cruz Bay, son passeport tamponné, elle a maintenant le droit de faire son entrée à Puerto Rico. Loup hisse le pavillon Américain.
 
 
 
Nous sommes dans les Îles Vierges américaines.
Pavillon américain obligatoire !
  
 
 
Partout des odeurs de rhum et l'ombre d'un pirate !
 
 
En 1954 Rockefeller acheta St. John et en fit don à l’état américain pour y créer un parc national. Rockefeller a aussi profité de l’occasion pour implanter à Caneel Bay un hôtel de grand luxe. St. John est peu peuplé mais de grandes vedettes de transport débarquent chaque jour d’importants contingents de touristes avides d’admirer ce petit paradis tropical. 
 
 
 
St John, rien ne vaut une bonne noix de coco
 
 
 
St John est au 3/4 une réserve naturelle,
chacun connait l'importance de sauvegarder la mer
 
 
Je passe mon après midi à explorer les fonds sous marins particulièrement bien protégés. 
 
Vers 17h00 nous appareillons en direction de Puerto Rico, la lumière décline doucement et dessine les reliefs telles des ombres chinoises. 
 
 
 
A St. John le batiment de la réserve naturelle

 

19 décembre : Les Vierges

 
Nous cabotons d’une île à l’autre dans l’archipel des Îles Vierges. Philou va faire les formalités au port de Virgin Gorda tandis que nous mouillons dans les superbes criques à l’eau turquoise et aux gros cailloux parfaitement polis ( the « Bath »). Laura s’amuse à leurs trouver des formes d’animaux, à bâbord la tortue, droit devant l’éléphant de mer, à tribord un phoque. Déformation Antarctique. C’est notre premier Noël sous les tropiques. Les 3 dernières années nous étions dans les glaces pour le réveillon.
 
 
 
Anegada, un île plate avec de très belles plages
 
 
J’explore les fonds sous marins. Les coraux sont superbes, particulièrement protégés dans ces îles paradisiaques.
 
Au petit matin nous faisons voile vers la belle Jost Van Dyke. Philou bricole une sonde IFREMER. Le capteur doit être modelé pour rentrer dans la sonde en acier. Dans l’après midi nous immergerons la caméra qui nous permet de recenser les zones de déchets flottants. 
 
 


Virgine Gorda, les fameux rochers des Baths et leurs petites plages
 
 
 
Derniers jours d’école pour les enfants. Marie tient sa classe de main de maître, pas un bruit pendant les 4 heures de cours du matin. C’est pourtant difficile de résister aux joies de la baignade sous ce soleil radieux. Je filme le quotidien de notre équipage et tache de ne rien rater de ce qui se passe à bord. Pas toujours facile d’être partout à la fois et de se faire discrète. 
 
 
 
Un petit ilot de sable dans les iles Vierges
 
 
Pour l’instant nous ne sommes pas embêtés par les moustiques, seules quelques mouches nous tiennent compagnie. Les espagnols ont eu tort de dédaigner ces îles pour filer vers l’Amérique du Sud à la conquête de l’or. C’est ainsi que ceux qui s’y étaient installés, les anglais, les Français, les Hollandais, ont pu les piller à leur retour. En effet les galions espagnols lourdement chargés des fruits de leurs mise à sac du nouveau monde, devaient pour rejoindre les vents portants de l’Espagne frôler l’archipel des îles Vierges. Par voie de conséquence celui ci devint un repaire de choix pour les flibustiers en majorité Anglais auxquels se mêlaient des Hollandais et des boucaniers Français. Tapis dans le dédale des îles, ils bondissaient sur les flottes espagnoles, alourdies d’or, puis leur coup fait, se dissimulaient à nouveau, en attendant la prochaine aubaine. 
 
 
 
L'île de Jose Van Dike, un vrai repaire de pirate
 
 
C’est ainsi que la piraterie est née dans les Caraïbes. John Hawkins et Francis Drake furent parmi les plus connus de ces flibustiers à remplir leur cale et leurs bourses. Il faut dire que ces îles vierges sont de parfaites petites cachettes, des successions de baies bien enclavées tels des petits trésors. Les espagnols auraient du se méfier. Ces îles valent tout l’or du monde !
 

 

17 décembre : Les Îles Vierges

 
Nous appareillons à la nuit tombée et sous une pluie torrentielle. Il faut être vigilants, il y’a de nombreux cailloux à fleur d’eau. Nous évitons de justesse le Petit Saint, celui là même que l’équipage de Pen Duick 6 et son capitaine Eric Tabarly s’était « payé » en 1977. Philou se rappelle : "Tabarly nous avait gratifié d’un « ca passe ou ca casse », c’était une de ses devises préférées et là et bien ça avait cassé." Une première arrivée à St Barth c’est forcément légendaire, ca ne s’oublie pas.
 
 
 
 
Au coucher du soliel, un bateau de pirates
 
 
Navigation nocturne, de nombreux grains sonores, vent faible. Les étoiles tardent à se dévoiler mais finissent par nous accompagner, Orion, Arcturus, brillent timidement.
 
 
 
Belle pêche !
 
 
Nous approchons au petit matin de la passe d’Anegada, notre première escale aux Îles Vierges. Cet archipel que Christophe Colomb découvrit en 1493 fit son ravissement et lui inspira un seul nom de baptême pour l’ensemble des îles, « les onze mille vierges » se souvenant ainsi des onze mille compagnes de Sainte Ursule assassinées au Ve siècle par les Huns. Les Vierges sont des îles anglaises ou américaines. Au delà de leur appartenance à un même archipel les deux parties des vierges, ont un statut politique différent et présentent des particularités spécifiques à chacune d’elles, même si la fréquentation touristique reste essentiellement américaine.
 
 
 
 
Loup à la manœuvre
 
 
Nous jetons l’ancre devant la barrière de corail pour aller observer les fonds sous marins. Anegada est une île plate insérée dans une immense barrière de corail. Cet univers aquatique a déterminé depuis longtemps l’activité de pêche des habitants. Leurs ancêtres passent pour avoir été des pirates puis des détrousseurs d’épaves qui jalonnent ce superbe banc corallien. En ce qui nous concerne nous nous contentons de pécher trois langoustes et regagnons le bord, dîner en poche. Après midi studieuse, bricolage, derushage, école et marche sur la sublime plage de sable blanc. L’équipage prends ses marques.
 
Ce soir nous filerons vers Virgin Gorda avant de poursuivre vers Puerto Rico.
 

 

16 décembre : Prêts à partir

 
Un chantier à la Martinique, carénage, révision moteur, vérification des voiles, peintures, vernis intérieur et pose d’un nouvel antidérapant sur le pont puis arrêt en Guadeloupe pour la révision annuelle des canaux de survies et des balises de détresse. 
 
 
 
C’est pour RTL que je raconterai chaque semaine à partir de Jeudi dans La curiosité est un vilain défaut
 
 
Pour finir, nous avons passé quelques jours à St Barth pour préparer le bateau, faire les courses, la pharmacie et récupérer la famille. Nous avons aussi accueilli Marie, notre nouvelle équipière, c’est elle qui va faire l’école aux enfants. J’ai rencontré Marie par l’intermédiaire de mon amie Sœur Claire qui était venue me voir l’année dernière au théâtre jouer Edith Stein, et qui depuis illumine ma vie de sa présence bienveillante. Comme Sœur Claire, Marie œuvre au sein de Points cœur, une ONG internationale qui envoie des jeunes à travers le monde pour un temps de volontariat dans des bidonvilles afin de partager la vie des gens et d’apporter une présence d’amitié et de réconfort auprès des plus souffrants. C’était elle, à coup sûr, qu’il nous fallait à bord pour tempérer les ardeurs de nos petits moussaillons. Je suis très heureuse qu’elle soit avec nous et en quelques jours seulement j’ai pu noter l’harmonie qui se dégage de son être et de son sourire radieux.
 
 
 
Marie notre nouvelle équipière-institutrice, avec les filles
 
 
Saint Barth se remplit chaque jour de Yacht à moteur plus grands et plus luxueux à chaque fois. Certains font plus de 70 mètres et le port n’a rien à envier à celui de St. Tropez en plein été. Les célébrités et les milliardaires russes débarquent sur le caillou de paradis tandis que les locaux s’adaptent avec le sourire en attendant des jours meilleurs.
 
Un petit tour et puis s’en va, dans un mois l’île retrouvera son calme et sa nonchalance habituelle. Seul le Select conserve son caractère bucolique, oasis imperturbable depuis plus de 60 ans pour les marins de passage. Nous ne manquons pas d’aller y boire un rhum et de croquer dans un Marius, le célèbre hamburger. De retour à bord nous avons la mauvaise surprise de retrouver Fleur Australe enserrée entre deux monstres d’acier, l’ancre prise dans rien de moins que 5 autres ancres posées par dessus. 
 
OH ! Le capitaine n’est pas content, on aurait pu nous prévenir ! Il faut faire appel aux plongeurs pour démêler l’ancre. Ce doit être un sacré business à cette période de l’année. Pour nous, pas question de payer, on aurait dû nous avertir. 
 
 
 
Le port de St Barth envahi par les monstres d’acier,
les plongeurs s’activent pour démeller les ancres
 
 
Nous partons au mouillage dans la baie de Gustavia, entre Roman Abramovitch et qui sais je encore. J’avais appris à me méfier des icebergs, pas des motors yachts. Ah décidément le danger est partout. Ici ce n’est pas la banquise, les ours et les icebergs….c’est la dengue, la chicunguya, le choléra en Haïti ou les pirates. Nettement plus dangereux ! 
 
 
 
Le yacht du milliardaire russe Roman Abramovitch se cache derrière les gros îlets de St. Barth
 
 
Nous peaufinons notre équipement anti moustiques, produits en tout genre, moustiquaires, et médicaments « au cas où » puis nous mouillons très au large, loin de toute attaque surprise de motor yacht et pour le reste nous comptons sur notre bonne étoile et sur l’eau douce dont nos soutes sont remplies.
 
C’est justement l’eau qui nous pose problème ce matin, le réservoir ne veut pas s’amorcer puis c’est au tour de l’électricité. 
 
 
 
Le port, envahi par les sargasses
 
 
Le capitaine passe sa journée à bricoler. Les algues ont envahies le port et les plages, les sargasses, ces cheveux remontés des abimes. La prise d’eau du refroidissement du générateur s’est bouché avec les sargasses, le moteur a chauffé, un fusible a sauté. Le capitaine laisse refroidir et répare. Saleté de sargasses ! En plus, il pleut ! 
 
Les milliardaires n’ont qu’à bien se tenir, le paradis ça se mérite et SEULE la nature est maître, qu’on se le dise ! 
 
 
 
Les filles profitent de la belle heure
 
 
Ce soir nous levons l’ancre vers les Grandes Antilles. Vive l’aventure !