Vendredi 13 février : Trinidad

 
Trinidad enfin !!!, après 2 jours de traversée à tirer des bords contre le vent. L’équipage est heureux de souffler un peu et de partir à la conquête de cette jolie ville cubaine avec ses rues pavées et ses maisons aux couleurs pastel, qui contribuent à donner l'impression que le temps s'est arrêté depuis l'époque coloniale. 

 
 
Notre taxi, une belle américaine des années 50 avec un moteur fiat
 
 
Les vieilles voitures américaines roulent à côté des calèches tirées par un cheval ou par des pouss-pouss-vélos appelés « cocos taxis ». On se sent d’emblée bien dans cette très jolie ville aux teintes dorées. Du XVIIe au XIXe siècle, Trinidad fut au centre du commerce du sucre et des esclaves. Les bâtiments de la Plaza Mayor témoignent de la richesse des propriétaires de l'époque et lorsqu’on glisse un œil à travers les barreaux qui protègent les maisons, on aperçoit encore de la belle vaisselle en porcelaine et des bibelots délicats datant des années glorieuses. 

 
 
Trinidad, ville aux couleurs éclatantes
 
 
Une grande période d'isolement, de 1850 à 1950 permit de préserver l'architecture de la ville, de sorte qu'elle a conservé son aspect d'autrefois. Le centre historique a récemment fait l'objet d'une restauration soigneuse dans les moindres détails, ce qui en fait la ville coloniale la mieux conservée de l'île.

 
 
On décharge un camion de tabac à la fabrication des cigares
 
 
Aujourd'hui, elle vit surtout grâce à l'essor du tourisme sur l'île et en est devenue un des lieux les plus réputés. Nous faisons le tour de la ville, le temps de nous perdre dans les jolies ruelles pavées. L’atmosphère est détendue, les gens sourient, prennent facilement la pose pour mon objectif, parfois même ils demandent que je les photographie. Des accords de musique parviennent des maisons, j’aperçois de belles cours intérieures. 

 
 
Atelier de poterie dans les ruelles de Trinidad
 
 
En fin de journée nous allons danser la salsa à la « Casa de la musica », l’ambiance est festive et toujours cette même joie de vivre et cette chaleur dans le sourire. Je suis particulièrement touchée par ce peuple si accueillant, il faut dire que je me sens un peu chez moi ici. Mon père y a passé une grande partie de sa jeunesse et ma grand mère, Inès, est enterrée au cimetière Christophe Colomb de la Havane. 

 
 
Les moyens de transport sont nombreux et diversifiés.
Les enfants dans un vélo taxi.
 
 
Sur le chemin du retour j’interroge notre taxi sur une éventuelle levée de l’embargo promise par Obama. Il semble sceptique : «  ils promettent mais rien ne se passe » me dit-il, caressant le volant de sa belle voiture. C'est une Pontiac qui a passé les années sans prendre une ride, seul le moteur a été remplacé par un moteur de Lada qui marche... au diesel.
 
 
Petit point sur l’histoire de Cuba
 
Comme les autres îles des caraïbes, Cuba était habitée par les indiens, les Tainos que l'on trouvait aussi en Haïti, proche de seulement quelques milles. Christophe Colomb débarque en 1492. Les espagnols s'implantent dans l'île et après avoir exterminé les indiens ils importent des esclaves d'Afrique.
 
En 1519 est fondée la ville de la Havane, San Cristobal de la Habana, elle devient la clé du Nouveau Monde, escale indispensable entre l'Espagne et ses colonies.
 
En 1898 les Américains prennent possession de Cuba après 400 ans de présence espagnole. Cuba devient une annexe des Etats Unis. A partir de l'époque de la prohibition et plus encore après la seconde guerre mondiale, l'île va se convertir en lieu de tout les plaisirs. La Havane est le rendez vous de toute la jet set et de toutes les stars hollywoodiennes. Soleil, alcool, casinos à gogo, mulâtres exotiques, palaces clinquants, jazz et rythmes tropicaux. Capitale mondiale du sexe et du jeu, autrement dit de la prostitution, de la mafia et de la corruption, Cuba, « bordel de l’Amérique ».

 
 
La cathédrale de Trinidad
 
 
Les présidents corrompus se succèdent. En 1953 le jeune avocat Fidel Castro décide de déclencher une révolte. Il essuie un échec, est emprisonné, puis libéré après 2 ans. Il s'en va au Mexique organiser son retour. En 1956 Fidel Castro débarque à nouveau sur l'île et organise une armée rebelle. A ses côté son frère Raul et Che Guevara, un jeune médecin argentin. 
 
Le 1er janvier 1959 Fidel rentre en héros à la Havane. Lorsque triomphe la révolution cubaine, elle n'est ni socialiste ni communiste, il s'agit simplement d'en finir avec la dictature de Batista, l'oppression policière, les inégalités sociales, la pauvreté dans les campagnes. 
 
En 1959 la mainmise économique américaine sur Cuba n'avait jamais été aussi forte. Les hommes de Wall Street contrôlaient 90 % de l'économie. Mais 1/4 de la population était analphabète et 30 % d'hommes n’avaient pas de travail.  En 1961, les Etats Unis déclarent l'embargo, toujours en place aujourd'hui.
 
La baie des cochons : En avril 1961 les américains effectuent un raid pour envahir cuba et renverser Fidel. C'est un échec. Les troupes américaines sont faites prisonnières. 

 
 
Années 50, on s'y croirait !
 
 
En 1962 c'est la crise des fusées. Américains et russes déploient des fusées à tête nucléaire, les USA en Turquie, les russes ripostent en déployant des missiles à Cuba. Castro aurait échappé à 638 attentats de la part de CIA. 
 
Les années 60 sont celles de la radicalisation de la révolution et du rapprochement avec  les russes. Un exode massif de cubains a lieu vers la Floride. En 1967, le Che est exécuté par la CIA.
 
En 1990, c'est la chute du mur de Berlin et Cuba perd ses alliés russes tout comme ses aides. Cuba est au bord de la faillite, tout manque, nourriture, médicaments, électricité. Début 1999 le régime se durcit encore.

 
 
Les lumières du soir sur la ville fondée par des pirates,Trinidad
 
  
En 2006  Fidel laisse la place à son frère de 77 ans, Raul, qui est élu chef de l’État en février 2008. Le pouvoir est de plus en plus aux mains de l'armée.
 
Aujourd’hui tout le monde espère et attend une levée de l’embargo des Etats Unis. Ici on n'a pas encore un accès facile ni au téléphone ni à internet. En 2013, seul 1,7 % des cubains eurent un véritable accès à internet.
 
Les cubains manquent de tout et même de l'essentiel. Le gouvernement refuse toute forme d’opposition ou de liberté. Même si depuis 2013 les cubains ont le droit d’avoir un passeport et de sortir du territoire. Ce qui paraît une aberration lorsqu’on sait que le salaire moyen d’un coupeur de canne à sucre est de 12 euros par mois et celui d’un policier de 30 euros.
 
Les belles américaines : Cuba est le pays qui possède le plus de vieilles voitures américaines. Elles sont arrivées dans les années 50, à cette époque l'argent coulait à flot. Dans ces années faciles on en débarquait des dizaines de milliers. Elles ont survécu et on en trouve à Cuba plus qu'en Amérique. Certains y ont changé le moteur contre celui d'une Lada ou d’une Fiat, moins gourmand en essence. Elles sont choyées, les chromes  et les cuirs entretenus, on les croise toujours dans les grandes villes de Santiago, Trinidad ou la Havane.