20 février : La Havane

 

Erratum : ce texte a été publié par erreur comme étant écrit par Philippe Poupon alors que Géraldine en est bien l'auteur. Bonne lecture !

 

Après une traversée houleuse pour rejoindre La Havane nous pénétrons dans la Marina Hemingway. Comme toutes les marinas de Cuba, elle est à quelques kilomètres du centre de la ville et n’a aucun charme. C’est la tempête, le vent souffle à 30 nœuds. Nous débarquons et partons à la découverte de la vieille Havane. Je ne suis pas revenue à La Havane depuis 1995. Le malécon est toujours aussi beau. Les vagues en furie se fracassent sur le mur qui le protège. Des cataractes d’eau se déversent sur la route et les voitures qui passent à ce moment-là sont submergées. C’est impressionnant. Le spectacle vaut le détour. Je me fais surprendre en tentant d’immortaliser l’instant et me retrouve trempée en moins de deux. Je suis captivée par ces moutons d’océans qui prennent des formes en agonisant quand vient la nuit. Le malécon est enveloppé d’un nuage d’écume diaphane. Il fume et la ville s’éclaire. 

 

 

  
 
La vieille Havane, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco est sublime avec ses vieux palais qui ont fait l’objet d’une belle restauration. Témoignage unique de la période coloniale espagnole. Mais La Havane s’effondre en partie et certains habitants vivent agglutinés dans des vieilles demeures qui menacent de s’écrouler d’un instant à l’autre. Le taxi m’explique que le gouvernement leur propose de déménager mais qu’ils ne veulent pas. Ils s’accrochent à leurs murs comme ils s’accrochent à leurs traditions, peuple conditionné qui refuse de se plaindre. Le taxi poursuit en m’expliquant qu’il remet 60 dollars chaque jour à l’Etat et ne touche que 10 dollar par mois. S'il ne réussit pas à donner cette somme, on lui reprend sa voiture et on la donne à quelqu’un d’autre plus compétent, moins incapable pour reprendre ses termes. Je lui demande comment il fait pour vivre et nourrir sa famille avec 10 dollars. Il a quatre tickets de rationnement avec du riz, du savon, du poulet et tout ce qu’il faut pour vivre, sauf qu’il tient 15 jours avec ça et que ces 10 dollars ne suffisent pas pour se nourrir l’autre moitié du mois, payer l’électricité et l’eau car le loyer est payé. D’autant que les prix s’emballent quand on a achevé son « ratio », le prix de la livre de riz passe de 10 centimes à 5 dollars. On comprendra qu’il  a bien du mal à terminer le mois et qu’il doit, ajoute-t-il, trouver des petits boulots compensatoires. Ses dires me sont confirmés par tous les taxis que j’ai pris.

 

 

 


Mais revenons à la vieille Havane avec son charme suranné et ses belles voitures américaines qui arpentent les routes. Fidel, on doit bien le lui reconnaître, a été bien inspiré de leur interdire de quitter le pays. Elles vont bien dans le décor. Cette ville figée dans le passé semble ne pas avoir pris une ride depuis 1959. Le décor est intact, tout y est, les voitures, les casinos, les buildings Art Déco, tout y est sauf les Américains et ça c’est très bien. Une partie de La Havane a été rénovée depuis 1990, cela a été fait avec beaucoup de talent par l’historien architecte Eusébio Leald Spengler, certains vieux palais sélectionnés pour leur histoire ont été réhabilités, transformés en hôtel, musée ou encore en Paladares de luxe (restaurant chez l’habitant).

 

 

 

 

C’est également un changement positif, car avant il n’y avait que des restaurants d’Etat, aujourd’hui les particuliers ont le droit (même s’ils doivent reverser 3000 dollars à l’état chaque mois) de se transformer en restaurant. De ce fait on mange bien à la Havane et c’est certainement, si  j’en crois mon expérience le seul endroit dans le pays, car ailleurs c’est un désastre. Ces paladars (palais en référence à la bouche et non au lieu) sont souvent superbes, la cuisine y est excellente et le service impeccable contrairement aux restaurants d’Etat beaucoup plus chers et sans intérêt pour la plupart. On se régale pour pas grand chose depuis notre arrivée et c’est aussi une façon de découvrir ces anciens palais.

 

 

 

D’ailleurs, en ce qui concerne la cuisine, on raconte une anecdote. Quand on demande à un Cubain quelles sont les 3 réussites de la Révolution Cubaine, il répond : "la fierté nationale retrouvée, la santé et l’éducation". Et quels sont les 3 échecs ? "Le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner". Et bien ces paladares prouvent le contraire.


 

 


Malgré le faste de la vieille ville et la rénovation de ce « chef d’œuvre en péril » qu’est La Havane, les conditions de vie dans bien des endroits sont déplorables. A quelques pas du luxe, c’est la misère. Des milliers de familles vivent dans des situations sanitaires lamentables, sols défoncés, réseau électrique en lambeaux, problème d’accès à l’eau courante. Sans compter le réel danger lorsque les fortes pluies non drainées (comme c’est d’ailleurs le cas en ce moment), engorgent les murs et que la structure toute entière menace de s’écrouler. Voilà pour un premier aperçu de cette ville que j’adore, sans oublier encore une fois la chaleur des habitants. Quel bonheur que de se promener dans les jolies rues et de s’arrêter boire un mojito sur les traces du grand Ernest… Ca valait le coup de peiner un peu pour arriver jusqu’ici. A coup sûr !