5 juillet : Salvador de Bahia

 
Nous quittons Barra Grande et appareillons pour Boipéba, petit village de pécheurs, difficilement accessible, bien plus encore que ses jolies voisines. L’île est non cartographiée, nous embarquons donc un guide qui nous indiquera l’accès de la passe pour pénétrer à marée haute jusqu’au village.
 
Après quelques heures de navigation houleuse, nous relâchons à l’entrée du chenal car la mer est basse et les vagues déferlent. Nous prenons l’annexe pour rejoindre le village. L’île est bordée d’une vingtaine de kilomètres de plages désertes protégées par des roches et des récifs de corail qui forment à marée basse des piscines naturelles.  
 
Ici encore les habitants vivent au rythme du foot, c’est ce que je constate en me promenant dans ce paisible petit bourg. Tout le monde est devant la télé, qu’elle soit grande ou petite, image de qualité ou totalement brouillée, personne n’y échappe hormis quelques enfants qui jouent sur la petite place, au ballon rond justement, les champions de demain. 
 
Dans la soirée nous faisons voile vers Moro di San Paolo, l’ambiance est bien différente, concert sur la place, le village entier est réuni et danse de bon cœur, en partageant quelques bières, c’est la folie ! 
 
L’heure est venue de rejoindre la grande ville de Salvador. Ici aussi la fête bat son plein. Nous empruntons l’ascenseur qui nous monte jusqu’à la vieille ville. On célèbre le jour de l’indépendance, cela ajouté aux supporters enivrés, je dois dire que cela fait beaucoup. Je réussis par chance à acheter des places pour le match de l’après midi. Loup va enfin pouvoir assister à un vrai match. Dans le beau stade de Salvador la Belgique affronte les USA. Il va sans dire qu’il s’est cassé la voix en soutenant nos amis Belge et je suis certaine que cela restera pour lui un souvenir indélébile, n’y voyez aucun jeu de mot. 
 
Il n’en demeure pas moins que Salvador a un charme fou. C’est une ville qui bouge, on ressent immédiatement son énergie. Rien à voir avec Rio, c’est l’Afrique. A Salvador plus qu’en tout autre lieu d’infortune passée, les descendants des esclaves africains sont parvenus à préserver leur culture, tant en matière de musique que de religion, de cuisine ou de danse. Des happenings s’y déroulent tous les jours, des groupes de percussionnistes font résonner les belles rues coloniales de leurs rythmes entêtants.
 
Dans la soirée des groupes de Capoeria se forment sur les esplanades pendant que des effluves d’acarajé* et autres douceurs africaines flottent  délicieusement dans l’air. 
 
Ce soir nous assistons à une cérémonie du Camdomblé, une religion mêlant catholicisme, rites indigènes et croyances africaines. Dans la petite salle d’une maison qui se trouve bien cachée dans une favella, tout de blancs vêtus, quelques fidèles honorent la Lemanjà (déesse de la mer), ça danse, entre en transe et baise le sol. Nous rentrons par la vieille ville, qui est un véritable musée à ciel ouvert. Plus de 365 églises ornent l’ancienne capitale du Brésil (1549 à 1763), devenue aujourd’hui le joyau afro-brésilien.
 
Dans la nuit nous filons toutes voiles dehors vers Praia do Forté, nous avons rendez vous avec le responsable du projet Tamar pour la protection des tortues marines. Parmi les 18 stations de Bahia gérées par l’association, celle ci est la plus active. Les chercheurs de Tamar assurent la protection de quelques 550 nids par an, répartis sur 50 km de côte autour de Praia do Forte. Les œufs humides sont enterrés dans le sable puis laissés sur la plage ou transportés dans les incubateurs qui fonctionnent pendant la saison de ponte. A leur naissance les bébés tortues sont immédiatement relâchés dans la mer. Même si ce système permet à plus de 500 000 bébés de voir le jour chaque année à Bahia seulement quelques centaines parviendront à l’âge adulte. 
 
Ni cette récréation écologique dans cette jolie station balnéaire, ni la belle victoire du Brésil devant la Colombie ne parviennent à rendre le sourire à mon petit footballeur qui digère difficilement la défaite de la France.
 
Prochaine destination Fortaleza à 800 miles. Le temps d’oublier !
 
* Plat typiquement bahianais, beignets de pâte de haricots noirs farcis à la crevette et au vatapà.
 
 
 
Fleur Australe devant l'île d'Itaparica
 
 
 
 Salvador, ville haute
 
 
 
 Philou au marché San Joachim
 
 
 
Favélas de Salvador
 
 
 
Favélas de Salvador
 
 
 
Fête de l’indépendance le 2 juillet Salvador 
 
 
 
Fête de l’indépendance le 2 juillet Salvador