15 juillet : Grosse Mer, Latitude 62°27 Nord 52°05 Ouest

Le vent a forci à 35 nœuds et Fleur Australe vole vers Nuuk, notre première escale au Groenland.  Nous marchons à plus de 9 nœuds et sommes grand voile deux ris et génois.

Le ciel est gris et la mer en colère. Des cataractes d’eau se déversent sur le pont. Nous veillons de jour comme de nuit. 

 

 

 
En approchant du Groenland, un bel iceberg dans la grosse mer

 

 

Ce matin nous avons doublé un gros iceberg et quelques growlers. Ce sont ces morceaux de glace, plus petits et non détectables au radar qui nous inquiètent. Le vent n’a de cesse de forcir et bientôt nous prendrons un troisième ris à la grand voile. A bord tout est amarré, rien ne dépasse et la quille est brochée au cas où une lame plus aiguisée nous coucherait ou pire nous retournerait. 

 

 

 
 

Ces soixantièmes-là sont loin d’être aphones et je retrouve la bande son des hautes latitudes entre la Nouvelle Zélande et l’Antarctique, ces fantômes hurlants de jour comme de nuit, cette rumeur, de vent, de vagues et de bateau, ce « flafla » incessant. Loup est couché depuis quatre jours, nauséeux, il n’a rien ingurgité depuis que nous avons quitté Battle Harbour. Nina ne sort de sa bannette que pour assurer son quart de nuit et prendre rapidement ses repas, bien accrochée dans la timonerie. 

 

 

 
 

Les petites quant à elles sont surexcitées comme toujours dans les situations extrêmes, elles parlent, elles piaillent, mais au moins elles ont la forme et ça fait plaisir à la maman soucieuse. Lise notre équipière qui fait l’école aux enfants tient le choc courageusement et stoïquement. Je prépare les repas en me tenant d’une main, avec les anti-dérapants qui empêchent chaque produit sorti de valdinguer en moins de deux d’un bord à l’autre, je commence à avoir la main pour cuisiner à la gîte, des pâtes, des boites, des patates avec des sardines, rien de bien compliqué pour les estomacs fragiles, malmenés par cette mer en furie qui nous brasse sans discontinuer.

 

 

 

 

Il y a beaucoup de condensation dans le bateau et Philou a posé nos « doubles vitrages », un film plastique qu’il pose à l’aide de double face sur les hublots avant de les tendre à l’aide d’un sèche cheveux, le film se rétracte et devient une véritable peau de tambour qui isole nos hublots et les rendent hermétiques. 

 

 

 

 

Ce matin j’ai passé un long moment sur le pont à filmer l’iceberg et la danse de la mer. Les vagues se fracassaient sur l’imposant glaçon et agonisaient en un nuage d’écume et d’embruns gelés d’où apparaissaient des formes étranges qui se perdaient dans les profondeurs. C’était beau !

 

Cette nuit nous approcherons de la côte et il faudra redoubler de vigilance car il y aura plus d’icebergs. Nous avons hâte d’arriver au Groenland de souffler un peu et de reposer nos corps fatigués par cette tension permanente.