4 Juillet, Saint Pierre

Arrivée sur Saint Pierre très émouvante, nous embouquons l’étroite passe interdite. La SNCM nous escorte jusqu’au quai Tabarly où Fleur Australe relâche. On nous attend, les enfants agitent leurs petits drapeaux français tandis que l’accordéon improvise quelques accords de Piaf « Sous le ciel de Paris… ». 
 
 
 
Le drapeau de St Pierre, où on trouve le drapeau basque, breton et normand
  
 
 
A l'école de St Odile, une conférence sur notre voyage et la protection des océans
  
 
Celui de Saint Pierre et Miquelon quant à lui affiche un soleil radieux et c’est paraît-il la première belle journée depuis bien longtemps, c’est l’été pour fêter notre arrivée. On nous offre le drapeau de Saint Pierre que Philou hisse dans les haubans. Il flotte dans l’air et affiche fièrement les emblèmes des bretons, des basques et des normands qui peuplent la ville. Pas étonnant qu’ils aient de la personnalité dans le coin, bon sang ne saurait mentir !
 
 
 
Avec le président de la communauté, responsable de l'Île de St Pierre et Miquelon
  
 
 
Marion marche sur les graves, zone de cailloux qui servait à sécher le poisson
  
 
Je ne vais pas tarder à m’en apercevoir une fois les formalités d’usage et les salutations effectuées, en arpentant les rues du bourg en quête de bottes de caoutchouc pour Nina car le soleil ne va pas durer bien longtemps et c’est bientôt la pluie et la brume qui vont le remplacer. 
  
 
 
La maison Jezequel, un nom breton du nord Finistère
  
 
Des gens simples, chaleureux, à la personnalité bien trempée, endurcie par de long mois d’hiver et une histoire hors du commun. Nous sommes pris en main par l’équipe de l’office du tourisme, Albéric, Chloé et Béatrice qui nous ont concocté un joli programme durant les 4 jours que nous passerons entre Saint Pierre et Miquelon. C’est court mais nous devons filer vers le Nord sans trop tarder. 
  
 
 
La mairie, le canon et le drapeau français sur ce caillou perdu
  
 
Nous avons tout d’abord rendez-vous à l’école pour passer notre film et échanger. Les élèves de CE1 nous accueillent, en chantant « heureux qui comme Ulysse… a fait un beau voyage ». Nous enchaînons avec une visite au conseil régional pour aborder les problématiques liées à la sensibilisation des océans et notamment au réchauffement climatique qui les préoccupe tout particulièrement puisque Miquelon est en zone sensible. « Les prévisions pour les 50 années à venir ne sont pas réjouissantes » nous explique le préfet qui nous reçoit dans la foulée. 
  
 
  
 
Dans l’après-midi nous avons rendez-vous avec Herlé Goraguer de l’Ifremer, il vient nous rendre visite à bord et nous explique ses activités sur l’île : l’halieutique bien évidemment et tout ce qui concerne les océans de façon générale. Il étudie plus précisément l’impact du réchauffement climatique notamment sur la faune. 
  
 
 
 
Comme nous, ils ont des sondes qui relèvent température et salinité.  La veille ils ont placé 18 capteurs autour de Miquelon. Il y a également un courantomètre et un marégraphe qui permet de suivre l’évolution de la montée des eaux. Un houlographe vient compléter ce dispositif, il est placé au Sud de Saint Pierre. Ces instruments permettent de mesurer l’impact du réchauffement climatique et on s’aperçoit qu’il y a de gros changement de température dans une même journée en partie dus au brassage des courants. « Il faut savoir que l’on est à la jonction de deux courants, le Gulf Stream qui apporte chaleur et le Labrador qui entraine froid et glace, l’opposition de ces deux courants est en partie responsable de cette brume qui sévit tout au long de l’année sur l’archipel » m’explique Herlé.
  
 
 
Nina et Betty dans la brume
   
  
C’est justement sous une brume épaisse que nous embarquons sur le zodiac de Jean Lou, notre guide, en direction de l’Île aux Marins. Le dernier habitant y a vécu jusqu’en 1962. Aujourd’hui l’île accueille certains Saint-pierrais pendant l’été, ils y ont leurs résidences secondaires et on y organise également quelques colonies de vacances. Le brouillard confère à cet ancien village de pécheurs un caractère poétique et une beauté mystérieuse très inspirante. 
  
 
 
Le cimetière des marins perdus en mer
    
  
Autrefois les pécheurs partaient en Doris (cailloux) à la pêche à la morue, ils les faisaient sécher sur les graves et les vendaient à Saint Pierre. La pêche sur l’archipel s’est arrêtée en quasi totalité avec le moratoire de 1992 qui a considérablement diminué la zone française et marqué la fin de la pêche industrielle, avec la zone du 3PS revendiquée par le Canada et la France.  C’était l’époque de « la guerre de la morue ». Sur les 50 bateaux d’autrefois reste aujourd’hui  9 bateaux, 6 sur Saint Pierre et 3 sur Miquelon. Je me régale à photographier l’Île aux Marins noyés dans la brume, une prière dans l’église pour protéger nos navigations à venir et nous regagnons Saint Pierre sous la pluie. 
 
 
 
Marion se promène dans les herbes. Un peu de verdure avant la grande bleu
 
 
Ce soir nous irons boire une bière avec nos amis Pierre le Normand dit « Ti choux » et Bernard Decré qui sont ici sur les traces de l’Oiseau Blanc de Nungesser et Coli, l’avion qui s’est perdu autour de Saint Pierre. Nous irons  chez « Txetxo » le repaire des marins, en hommage à Al Capone qui serait passé par ici du temps de la prohibition. Saint Pierre y a connu des années prospères, c’était une plaque tournante et les pécheurs ne sortaient plus en mer préférant travailler dans les entrepôts d’alcool.