6 Août : 75° 35 Latitude Nord. Baie de Melville

Dernière journée à Kullorsuaq, Birgitta nous reçoit chez elle avec beaucoup de gentillesse. Les enfants baptisent ses chiens, elle en a 28 dont 17 chiots. Loup nomme le plus joli d’entre eux Zlatan en hommage à son joueur préféré.
Le village est vraiment sale comme souvent par ici. On trouve de tout, des machines à laver défoncées, de la ferraille en tout genre, de la graisse de phoque partout, des cadavres d’animaux, des crânes d’ours suspendus, citernes, containers, bidons d’essence…  Lorsqu’ils ont besoin de quelque chose, il leur suffit de se baisser, un véritable grenier à ciel ouvert. 

 

 
 
Laura collectionne les pierres. Au fond l'Inlandsis qui se déverse dans la mer
 
 
Kullorsuak, et le bateau ravitailleur qui vient une fois par mois de juin à décembre
 
Nous levons l’ancre vers minuit, la lumière est ocre jaune, c’est très beau. L’Inlandsis est au ras de l’eau. Nous naviguons dans la glace serrée depuis 36 heures maintenant, c’est épuisant à la barre pour le capitaine. Je suis au nid de pie où Loup me relaie parfois. 
 
 
Birgitta avec ses chiens et ses chiots
 
 
Bataille avec la glace
 
Nous faisons une halte sur la côte pour nous dégourdir les jambes. Maintenant il nous faut sortir armés car il y a des ours polaires dans le coin. L’arme achetée à Ilulissat nous permettra de les éloigner en cas de danger. Philou insiste pour que les enfants marchent derrière lui, ce qui énerve Loup qui jusque-là profitait de nos randonnées pour s’isoler un peu du reste de l’équipage. Mais le capitaine est ferme pas question de prendre un tel risque, nous devons désormais restés groupés. Il nous faut de nouveau batailler contre la glace pour ressortir de la baie et finissons par relâcher vers 23H00. 
 
 
La baie de Melville est encombrée de glace
 
 
Surveillance de la zone de débarquement. Un ours peut en cacher un autre !
 
Sur le rivage nous apercevons des chasseurs, nous débarquons. C’est précisément à ce moment-là que le petit groupe s’agite, ils ont repéré un souffle de narval. Ils attendent depuis plusieurs jours. Ils courent jusqu’à la côte et se glissent habilement dans leurs kayaks, particulièrement étroits et légers. Pendant des heures, ils vont traquer l’animal, glissant sur l’eau tels des funambules sur un fil invisible en faisant le moins de bruit possible avec leurs pagaies. Ils attendent qu’il remonte à la surface pour le harponner. Je les suis avec ma caméra, il fait froid. Philou raccompagne Marion qui est frigorifiée, à la rame, avec l’annexe pour ne pas perturber le ballet des kayaks chassant leur proie. Ils avancent doucement dans la baie et tentent d’en harponner un. C’est une chasse dangereuse car le risque de se faire renverser par l'animal et de se noyer existe réellement. Ils rentreront bredouilles, au terme de deux bonnes heures. 
 
 
Du nid de pie, on essaye de trouver un chemin
 
 
Beaucoup de glace, à perte de vue
 
Ils viennent de Kullorsuaq, l’un d’eux, Laasi, l’ami de Birgitta que j’ai immédiatement reconnu pour l’avoir vu sur une photo chez elle, découpe un bout de matak (peau de baleine) et nous en offre. Cette nourriture très riche est ancrée dans leur culture. Nous partageons leur repas et regagnons Fleur Australe.
 
 
Un kayac se faufile au milieu des icebergs
 
 
Avec les chasseurs, prêts à partir sur leur kayac pour chasser le narval
 
Dans la nuit ils partiront comme nous se mettre à l’abri. Le baromètre est en chute libre, le vent se lève et les nuages envahissent l’horizon. Avec toute la glace qu’il y a dans les parages, il faut être prudent. Le mauvais temps s ‘installe sur la zone et les bons mouillages sont rares.
 
 
 
Nous partageons le repas des chasseurs