13 Août : Le fjord d’Inglefield

Une longue journée de navigation pour atteindre l’entrée du fjord d’Inglefield, où les narvals (Monodon monoceros) viennent se reproduire en août. Le décor est différent, moins d’icebergs, des sommets enneigés, des roches ocres plissées, imposantes qui scintillent sous le soleil de minuit.
Des falaises de grès rose érodées par les ans. 
 
 
A Qequertat, les anciens font le guêt pour repérer les narvals
 
 
Un kayak prêt à partir, avec sa peau de phoque gonflée,
elle sert de bouée, pour suivre le narval une fois harponné
 
Le vent se calme et nous pénétrons dans ce fjord long de quarante milles et d’une profondeur qui atteint les 800 mètres. Nous retrouvons beaucoup de glace, de nombreux icebergs et repérons un souffle de narval. Nous allons jusqu’à l’île de Qeqertat, au fond du fjord, juste devant l’inlandsis. 
 
 
La flèche du harpon reliée à la bouée par une corde
 
 
Fleur Australe sous le soleil de minuit
 
Ici le ciel est trop bleu, le vert de l’herbe grasse aux abords des petites maisons colorées, nourrie de graisse et de déchets humains, est agressivement printanier. En mer le blanc argenté de la mer cristalline jure avec l’eau bleue noire que fend délicatement l’étrave des kayaks. C’est ça le Groenland l’été, un soleil qui n’en finit plus de briller. Cela ramène à des images de solitude, de dureté et de pureté. 
 
 
Un chasseur vient de tuer un narval.
Scène émouvante mais qui est ici la tradition, liée à la survie de ces esquimaux polaires.
 
 
Les chasseurs reviennent avec un narval qu’ils s’apprêtent à découper méthodiquement sous l’œil des quelques enfants du village. Loup s’extasie devant la dent en ivoire. Seuls les mâles, ont cette corde torsadée de droite à gauche, qui a donné naissance au mythe de la licorne, symbole de pureté dans le moyen âge européen. C’est l’incisive supérieure gauche, l’une de leurs deux dents. 
 
Pas de réseau téléphonique comme dans les autres villages, aucun moyen de communiquer avec le reste du monde. 
 
 
Le dépeçage, tout est utilisé dans l'animal
 
 
La peau," matak", est appréciée de tous même des enfants. Le goût est sucré.
 
Le temps d’une escale nous faisons partie du village et la complicité s’installe. Les filles offrent leurs jouets aux enfants, tandis que nous leur laissons bonnets et casquettes. Le temps s’écoule lentement au rythme de la chasse au narval. Des journées à guetter l’animal avant de se glisser dans le Kayak et de traquer la proie de longues heures durant. 
 
 
Le chasseur enlève la dent, objet précieux qui est souvent sculptée
 
 
Un chiens reniflle un phoque qui n'a pas encore été dépecé

Le lendemain dans la nuit nous embouquons le détroit de la baleine en direction de Qaanaaq. Le vent forcit et rend le débarquement mouvementé. Nous profitons du magasin pour faire quelques courses et tentons de trouver une liaison internet en vain. Le village abrite 609 habitants, il nous paraît bien grand au regard de  ceux que nous avons traversés depuis des semaines. 
 
 
Loup part à la recherche d'une liaison internet à Qaanaaq, en vain !
 
 
Qaanaaq, dans le détroit de la baleine

Je repense à la violence de ces retours de chasse. Ici, il paraît évident que l’exploitation des ressources vivantes n’est pas fondée sur l’avidité, mais sur le besoin de la vie quotidienne. Ainsi vivent-ils toujours en harmonie avec la nature et non pas au mépris de la nature. Les esquimaux polaires vivent au seuil limite de l’existence humaine dans l’extrême nord. Le discernement de ce peuple repose sur son expérience de survie pendant des millions d’années dans des conditions de vie extrême. 
 
Demain Siropaluk.
 
 
Red Cliff, entre Qaanaaq et Siorapaluk