17 Août : Etah

Nous arrivons à Etah par 78° de latitude Nord. Ancien village des Inughuits. Perry venait y chercher des esquimaux polaires pour ses expéditions. Etah est dominé par des falaises cramoisies parsemées de vert, il reste encore une petite maison de pierre et de tourbe. C’était le campement le plus septentrional.
La maison est à la taille de Laura et Marion. 
 
 
Etah, ancien village esquimau, au fond d'un fjord
 
 
Loup a découvert un crâne de boeuf musqué et essaye d'en extraire les dents !
 
Nous marchons jusqu’au glacier. Loup et Laura chaussent leurs crampons et escaladent la langue glaciaire qui descend de l’Inlandsis. Lorsque nous revenons, la marée est descendue et les growlers sont échoués. Le marnage est d’environ trois mètres. Les enfants s’amusent à grimper sur les gros glaçons. 
 
 
Les anciennes demeures des esquimaux, quelques planches et de la tourbe en isolation thermique
 
 
La famille devant une hutte
 
L’équipage a besoin de se détendre. Beaucoup de tension à bord, certainement due à la promiscuité depuis bientôt trois mois sans possibilité d’isolement et avec des navigations non-stop. Maintenant il nous faut chercher de l’eau au ruisseau ou faire fondre de la glace pour alimenter l’eau du bord. 
 
 
Loup s'aventure sur le glacier avec ses crampons
 
 
Laura sur un morceau de banquise échouée.
On voit la ligne de flotaison, 50cm et la partie immergée 2 mètres
 
En fin de journée nous décidons de poursuivre et de tenter d’aller plus au Nord. Arrivés à l’île Littleton par 78° 22 Nord, nous rencontrons de la banquise très dense, nous tentons d’avancer encore un peu. Je grimpe au nid de pie pour prendre de la hauteur. Tout n’est que glace et néant sur 360 °, que ce soit au Canada à bâbord ou au Groenland à tribord. Impossible de continuer. Nous décidons donc de faire demi-tour mais la banquise se resserre autour de nous et nous prend en étau. Philou tente de forcer le passage à l’aide du moteur en prenant soin de ne pas endommager le safran. Il est très tendu et me demande d’arrêter de filmer. Au bout d’une heure à insister, force est de constater que nous ne pouvons nous en sortir. Le danger est bien là. Le risque d’endommager voir de casser le safran, de se faire broyer par la banquise ou encore drosser à la côte rend la tension palpable à bord. Nous coupons le moteur et attendons patiemment que ça évolue avec le courant et la marée. Les plaques bougent rapidement sous l’effet du courant et j’entends même le bruit de leur dérive. Nous attendons de longues heures. Philou fait des allers et retours sur le pont pour vérifier l’état du safran. Lise organise un concours de dessin avec les enfants pour détendre l’atmosphère. Les plaques finissent par s’écarter comme elles s’étaient resserrées. Un chenal en bordure de la côte semble se dégager et nous permet de rejoindre une polynie (nappe d’eau libre) à quelques milles, à l’abri de l’île.
 
 
Au large du Cap Alexander, Fleur Australe emprisonnée quelques heures dans la banquise
 
 
Le bassin de Kane et le détroit de Nares entièrement pris par les glaces
 
Nous relâchons. Le capitaine se détend quelque peu. Nous avons eu de la chance. Et cela va continuer car c’est le seigneur de l’arctique en personne qui va venir nous saluer. Un superbe ours polaire apparaît, majestueux, en haut de la colline. Voilà de quoi calmer notre déception de ne pas pouvoir aller plus haut. Nous sommes allés voir de plus près mais cela confirme ce que nous avions pu voir sur les cartes de glace reçues ce matin. Cette année, la glace dans le détroit de Nares, à l’entrée du bassin de Kane est particulièrement présente et dense. Impossible de poursuivre. Nous avons devant nous de la glace de densité neuf sur dix, une tache rouge sur la carte, infranchissable et qui a bien failli nous être fatale. 
 
 
Bloqué