15 Août : Siorapaluk et Détroit de Smith

78°18 N 72 °22 W

Nous quittons Qaanaaq vers 23h00, sous un soleil radieux. Vent portant faible. Nous faisons voile vers Siorapaluk. Les icebergs dérivent nonchalamment et je repense à cette phrase inscrite au fronton de l’institut polaire de Cambridge, que j’avais mise en exergue de mon premier livre :

« Il a cherché les mystères du pôle ; il a vu ceux de Dieu ».
 
 
Sur la plage, les chiens
 
 
Deux peaux de phoque
 
Nous arrivons donc à Siorapaluk, fjord de Robertson, 160 km au Nord de Thulé. C’est le village le plus septentrional de notre planète terre et notre dernier contact avec la civilisation sur notre remontée vers le Pôle. J’entends les cris hululés des chiens-loups. Les chiens aboient par intermittence, la gueule tournée vers la Lune, l’œil hanté. Le chien interpelle sa parenté perdue du Loup. Une plainte tellurique, qui remonte des profondeurs de la terre. Un cri soutenu, une morne modulation de trois minutes, répété deux ou trois fois et s’arrêtant brusquement. Si un maladroit hasarde un appel solitaire, il cesse aussitôt, la meute ne le rejoignant pas. 
 
 
En haut de la montagne. En bas, le village et sa belle plage de sable blanc.
 
Le petit village qui abrite 30 âmes, borde une jolie plage de sable blanc battue par les eaux glacées. Les enfants sont heureux de pouvoir s’amuser à faire des pâtés de sable et sont bientôt rejoints par une petite fille, qui les imite et tapote le seau rouge minutieusement. Ce village du bout du monde avec ces quelques maisons colorées prend soudain des allures de station balnéaire, au milieu des chiens hurlants et de la graisse de phoque qui gît un peu partout. 
 
 
Une petite fille dessine son nom sur le sable
 
 
Laura et Marion on trouvé une copine de jeu
 
Loup et moi partons à la conquête de la montagne, pour prendre un peu de hauteur. Nous grimpons sur 800 mètres. La vue est splendide, l’inlandsis caresse la mer argentée. Les flancs des falaises cramoisies d’où se décrochent des petits torrents d’une eau diamantine, sont couverts de lits de dryas et constellés de saxifrages. Sur le bord des glaciers on aperçoit des pavots arctiques dont les corolles jaunâtres donnent un air de fête à ce paysage étrange. 
 
 
Et Betty a trouvé des caresses
 
Deux hommes partent à la chasse aux mergules à  quelques milles, près de la rivière. Ils les attrapent avec leurs épuisettes et les mangent crus la plupart du temps. C’est un met dont il raffole. Nous regagnons le bord. Philou qui a passé sa journée à bricoler nous apprend que nous n’aurons plus d’eau. Une fuite au désalinateur qu’il n’arrive pas à colmater. C’est une bien mauvaise nouvelle. Qu’à cela ne tienne, il nous faudra faire fondre de la glace mais normalement il y aura de moins en moins d’icebergs. 
 
 
Incroyable décor, plage de sable blanc et le petit village au pied de la montagne
 
 
Le Cap Alexander
 
Nous abordons désormais les latitudes les plus extrêmes et nous allons croiser d’ici peu la banquise avec laquelle il nous faudra batailler durement si nous voulons atteindre les 80° de latitude. On verra bien ! Nous levons l’ancre rapidement et naviguons toute la nuit pour atteindre Etah, un village abandonné depuis bien longtemps.
 
 
La banquise nous accueille au Cap Alexander
 
Nous embouquons le détroit de Smith et doublons le mythique cap Alexander. Il est 2 h00 du matin, le soleil brille de tous ses feux et nous aveugle, rendant la navigation difficile. On n’arrive pas à repérer les plaques de glace et cela nous oblige à tirer des bords. Nous sommes entre le Groenland et la Terre d’Ellesmer au Canada. Nous rencontrons de grandes plaques de banquise très dense. Le vent mollit, il y a encore quelques icebergs. Le courant est favorable. L’équipage est fatigué. Demain Etah.