18 Août : Littleton (mise à jour --> carte des glaces)

Après une bonne nuit de sommeil, ce qui ne nous est pas arrivé depuis longtemps, nous rejoignons le mouillage de Littleton, qui est plus facilement accessible aujourd’hui. C'est le capitaine Edward, Augustus INGLEFIELD qui lui a donné son nom en 1852. John ROSS en 1818 a atteint le Cap Alexander et il est le premier à avoir découvert les esquimaux polaires. D’ici nous pourrons grimper et observer le mouvement de la glace, au cas où la situation évoluerait dans le bon sens et nous offrirait une chance de pouvoir poursuivre. Cela paraît peu probable étant donné la densité de glace dans les parages mais nous avons décidé de nous laisser quelques jours d’observation avant de renoncer définitivement à aller au plus haut. 
 
 
Géraldine et Laura à Littleton. Au loin la banquise serrée et infranchissable.
Plus prêt une zone d'eau libre qui évolue rapidement avec le courant.
 
 
Les fleurs sont rares en Arctique
 
Nous grimpons jusqu’au point culminant. Philou est armé comme toujours depuis que nous pouvons croiser des ours. Le spectacle de la glace est somptueux. Nous voyons défiler avec ravissement devant nos yeux éblouis une multitude de glaces énormes offrant les formes les plus étranges, et donnant naissance à une série d’étonnantes combinaisons de teintes, le pinceau d’un peintre ne pourrait en fournir aucune idée. L’épaisseur de la fine couche d’eau qui recouvre par endroit la banquise prête des tons gradués et progressifs à ce glacis mouvementé, gracieux, animé. Le  noir de la mer donne à la glace éclairée directement par le soleil, un ton blanc vif, translucide, albâtre. 
 
 
 
 
Du haut de l'île on observe le mouvement de la glace
 
Devant nous à vingt-cinq milles le Canada et la terre d’Ellesmere avec ses montagnes recouvertes de neiges éternelles. La visibilité est parfaite et nous distinguons le cap Isabella et le cap Sabine. Arrivés au sommet, nous découvrons un message dans une bouteille cachée dans un cairn. Les enfants sont ravis et ont hâte de le lire.  Le bateau s’appelle le Dagmar Aaen, c’est un vieux gréement de 1931 qui appartient à un Allemand Harved Fuchs.  Il  date du 22 Aout 2009. Ils voulaient comme nous monter plus Nord, vers Fort Conger, le campement de survie de Adolphus Greely mais : « heavy ice in Kane Basin has pushed us back to lifeboat Cove and now Etah » écrit-il. Une banquise épaisse les a donc obligés à revenir vers Etah et à renoncer à leur objectif. Ils étaient 8 à bord et ce qui est amusant c’est que nous avions croisé ce bateau à Ilulissat puisque nous étions également dans la région en 2009 pour faire le passage de Nord-Ouest. Personne n’a trouvé ce message depuis 2009. Rares sont les bateaux qui s’aventurent par ici.
 
 
Au sommet de l'ile, dans un cairn, un message dans une bouteille
 
 
L'ours polaire dans toute sa splendeur
 
Fiers de notre découverte, nous rebroussons chemin, la lettre en poche, lorsque nous apercevons un ours au lac en contrebas. S’en suit une course poursuite où nous tentons de traquer l’ours pour s’en approcher au plus près. Nous le retrouvons sur la plage et pendant plus d’une heure nous allons le suivre et l’observer à loisir, de si près que nous frémissons. Il nous offre le plus beau des spectacles, s’ébroue, s’arrête pour lécher un glaçon, nous donne des sueurs froides en se rapprochant soudain, puis fait demi-tour avec nonchalance. Mon cœur bat à 1000 à l’heure, nous sommes tout près de lui. Il nous observe et fixe l’objectif de ma caméra. Ma respiration s’accélère. Philou donne l’ordre de regagner l’annexe et nous marchons à tâtons jusqu’au Zodiac. « Ne te retourne surtout pas » m’ordonne-t-il. Nous rentrons au bateau, dans un état extatique, entre adrénaline et fatigue intense. Nous sommes sous le choc de cette rencontre extraordinaire. Loup, qui nous a suivis, est gelé, ses yeux sont exorbités, il semble transcendé, ému par l’intensité de ce que nous venons de vivre.  A tout seigneur tout honneur ! Le philosophe Michel  Onfray dit joliment que « l’ours conduit les âmes de ceux dont il croise la route à l’épicentre des mystères polaires ». S’il existe un animal susceptible de définir l’Arctique à lui seul c’est Nanok, le roi des animaux. C’est cette rencontre qu’il nous fallait au terme de tous ces milles parcourus pour arriver là. Ce soir le soleil brille aussi dans le cœur de l’équipage. Nous sommes apaisés, heureux. 
 
 
 
 
Il nous observe et nous renifle
 
 
 
Rien ne vaut une bonne eau de glaçon !
 
 
Mise à jour : Position de Fleur Australe le 17 août :
 
 
Fin de mise à jour.