Retour des hautes latitudes. Cap au Sud.

Nous avons effleuré ce pays lointain, le toit du monde. Son parfum, sa beauté, sa force nous ont envoutés. Comment ne pas ressentir la puissance de ces lieux ? La terre, la mer, la glace. Elles sont toutes trois omniprésentes.

 
 
Une baleine et sa queue ruisselante
 
 
Statue de glace
 

La terre avec ses falaises rongées par la glace, le froid et le vent qui érodent, éclatent la roche. Les couleurs rouges cramoisies, ocre jaune, brun, marron ou encore laiteuse se déclinent en une palette infinie. Les strates parallèles ou inclinées témoignent de  la grandeur du temps passé. Des moraines, des plages surélevées, des éboulis, nous donnent encore des repères sur ce pays jadis englacé. La terre s'est formée, déformée au cours des millénaires et a peu à peu façonné ce décor.

 

 
Un phoque barbu

 

 
Etrange lumière des hautes latitudes
 

La glace de terre, l'inlandsis, cette calotte de glace qui recouvre la quasi totalité du Groenland s'échappe par des centaines, des milliers de glaciers qui vont pour la plupart se déverser en mer et vêler leur icebergs. Les autres, que le temps a suspendus et fait fondre, s'arrêtent dans les vallées ou sur les pentes des montagnes.

 
Fleur Australe chemine à travers la glace
 
 
Marion avec un chien esquimau 
 

La mer de Baffin, le détroit de Smith, le bassin de Kane, des noms qui nous rappellent les premiers explorateurs, ceux qui ont osé s'aventurer à travers les glaces et les tempêtes. Sur cette mer, du sud au nord, les icebergs sont des sentinelles jalonnant le chemin des courants qui les portent. Ils sont gros ou petits, mais représentent tous un danger. On ne cesse de les admirer pour leurs formes étranges et uniques. Ils sont comme des vaisseaux vivants, voguant vers les mers lointaines, parcourent un long chemin de plusieurs années, pour finalement fondre dans le Gulf Stream au large de Terre Neuve.

 

 
Sur la plage de Siorapaluk
 

A la passerelle en veille premanente
 

Et puis, la dame blanche, la dangereuse, la sournoise, la tourbillonnante, la maléfique. Elle a englouti nombre de navires dans ses entrailles. La banquise ! Elle se forme, se déforme, se brise, s’entrechoque, dérive au grès du vent et des courants. On ne peut la dompter et même les plus puissants brise-glaces ne peuvent la défier. On peut s’amuser à la côtoyer, à se faufiler entre ses plaques, mais attention à l'étau qui se ressert et vous broie. Nous sommes restés humbles devant tant de puissance et de beauté. Nous l'avons observé et admiré du haut des montagnes avant d’aller l’affronter. Elle va et s'en va, se lie et se délie. Elle attire comme un aimant, comme un amant, telle une mante religieuse. Elle tend la main pour mieux vous prendre dans ses bras et ses entrailles. Lui résister est difficile, mais il faut savoir la garder à distance car trop fatale, l'amante aux griffes de glace.

 

 Des falaises 
 
 
Posés sur l'eau 

Dans ce décor grandiose, l'animal suprême, maître du monde arrive et vous offre le plus beau des cadeaux : l'ours polaire. Il a la parure blanche et scintillante, son pas est lent et posé. Il vous a repéré à plusieurs kilomètres avec son odorat très développé. Il vous regard circonspect, un rien condescendant et hume votre parfum.

Les baleines, les narvals, les phoques, les oiseaux, les bœufs musqués, les renards, sont ici chez eux et plus adaptés que nous à ces régions hostiles.

 

Les couleurs changent avec l'arrivée de l'hiver

 

 

Perdus au milieu des glaces

 

Nous avons du mal à quitter ces hautes latitudes, à regarder derrière nous, dans notre sillage, l'horizon et le soleil qui s'enfonce doucement dans l'eau. La saison avance et dans quelques semaines, la mer, la terre auront revêtu leur parure blanche de l'hiver. Les nuits reviennent. Les tempêtes et le blizzard façonneront un nouveau décor.

 

Le sourire des enfants

 

Une sensation de trop peu, une envie de s'immerger dans le pays des esquimaux polaires, de partager leur vie en plein hiver et de retrouver la banquise apaisée quand elle est gelée. Nous avons pu partager des instants de grâce avec ce peuple qui depuis des millénaires vit et survit par la chasse dans cette région extrême du Grand Nord. Des enfants au regard doux et accueillant sont venus vers nous, curieux de faire de nouvelles rencontres. Il vont devoir s'adapter dans un monde qui bouge, avec une banquise qui se rétrécie. Ils seront peut être les derniers survivants des prochains millénaires car ils sont habitués à s'adapter aux pires conditions climatiques.

 

Futurs chasseurs d'ours et de narval

 

 
Cap Alexander pris par les glaces
 

Au chaud dans notre bateau, nous plongeons dans le récit des explorateurs polaires qui pour beaucoup ont souffert dans cette région du globe. Certains y ont laissé leur vie, morts de froid et de faim ou dans leur bateau dévoré par l'eau glacée. Leurs noms sont inscrits dans les caps, les baies, les détroits et nous retraçons leur chemin sur la carte.

Nous avons suivi leurs traces, foulé la Terre d'Inglefield, découvert ses falaises et son plateau, admiré le bassin de Kane et sa banquise, franchi le détroit de Smith. Une barrière infranchissable nous a bloqué à la porte du Pôle.

 
 
Maitre des lieux, l'ours polaire
 

Fleur Australe, notre bateau, nous a vaillamment mené dans ces mers lointaines. Nos enfants ont souffert avec nous de ce long voyage, vécus des moments difficiles comme dans toutes les expéditions, mais nos yeux et notre âme ne retiendront que la beauté et la force rencontrée chez les ésquimaux, dans leur beau pays qui les portent depuis des milliers d'années.

« J'aime celui qui rêve l'impossible ».  Nous sommes allés au bout de notre rêve.

                                          
                        « Fleur Australe », en baie de Melville.