Mercredi 8 février : Watkins Island

Nous sommes amarrés entre une falaise de glace et un ilot où nichent des manchots Adélie.

 

Manchot Adélie.

 

C’est un mouillage sauvage, très sauvage. Dehors le vent souffle en rafales avec des pointes à 40 nœuds. Le coup de vent était annoncé et le plus fort doit passer cette nuit. Comme l’ancre ne croche pas sur ces roches lisses, polies par les glaciers, il a fallu porter à terre des amarres. Il faut trouver de gros rochers, bien solides, autour desquels on entoure des câbles en acier. On y noue de grosses amarres que l’on fixe au bateau. Une à tribord, une à bâbord. L’étrave est dans le vent canalisée par la falaise. Sur la crête de l’île, le vent souffle la neige part en tourbillon et forme un panache.

 

Une bonne chute de neige.

 

La capitaine surveille le mouillage.

 

Avec Laura à la timonerie.

 

De l’autre coté, sur l’ilot, les manchots ne semblent par troublés par cette tempête. Ils font comme tous les jours depuis des mois, des allers-retours pour nourrir leurs poussins. Les skuas survolent la colonie à la recherche d’un poussin abandonné ou un peu fatigué.

 

Le skua rode sur la colonie.

 

Un machot et un phoque de Weddell.

 

Ils savent repérer un oiseau fragile et vont mettre des heures pour l’attaquer et obtenir leurs butins. Les adultes sont aux aguets. Avec leurs ailerons dressés vers le ciel, ils protestent et tentent de protéger les plus jeunes en lançant leur bec vers l’intrus accompagné d’un cri de combattant. Depuis des siècles ils résistent à la rigueur du climat et aux prédateurs, les skuas et les Léopards de Mer.

 

Les otaries à fourrure montent la garde.

 

Les males arrivent au printemps, trouvent un coin de roche dégagé de la glace et de neige. Ils y construisent un nid de cailloux, qu’ils se dérobent l’un à l’autre, dans des bagarres de bon voisinage… Les nids sont collés les uns aux autres et tout le temps de la nidification les bons voisins se disputent à coup de bec et d’ailerons avec ces cris bien caractéristiques, rauques et stridents. Le male commence sa cour en se plaçant sur le petit amoncellement de cailloux qu’il a ramassé pour constituer son nid. Ainsi, bien visible, il tend son bec vers le ciel, déploie ses ailerons à l’horizontale et lance des claquements sonores. Si une femelle répond à ses appels, le nouveau couple va entreprendre une parade, après s’être mis de profil, l’un devant l’autre, suivent une série de courbettes. Le mâle va laisser sa place à la femelle et c’est à ce moment qu’aura lieu l’accouplement. En ce moment, les jeunes sont regroupés en petits nombres sous la surveillance de quelques adultes. Les parents vont en mer à la recherche de krill, cette petite crevette de 2 à 4 cm qu’ils trouvent entre 10 et 45 mètres de profondeur. Ils s’éloignent de la colonie jusqu’à une distance de 20 km.


Ce sont les médecins naturalistes embarqués sur l’Astrolabe et la Zélée, navire de l’expédition de Dumont d’Urville qui ont décrit pour la première fois cette espèce. C’est en l’honneur de son épouse Adèle, que Dumont d’Urville donna le nom de la terre qu’il venait de découvrir, Terre Adélie, et la nouvelle espèce de manchot se vit attribuer également ce nom. Nous attendons que la tempête se calme pour filer vers le Nord.

Le mouillage de Watkins, entre ilot et falaise de glace. Ce soir ça souffle à 50 noeuds !

Discovering Icebergs

Navigators of the polar regions often cross paths with magnificent icebergs, renowned for their beauty in popular imagination. But do you know how icebergs form?  All aboard for a trip to iceberg country!



Floating “ice mountains”


The word “iceberg” comes from the Dutch ijsberg, which means “ice mountain” (ijs for mountain, berg for ice). An iceberg is a large piece of frozen fresh water that has broken off from a snow-formed glacier or ice shelf (the floating extension of an ice sheet) and is now floating on the open sea. The process of detachment is called calving.


Icebergs are found throughout the Arctic, primarily in the fjords of Greenland, northern Canada, and Iceland, but they also form from time to time in the Antarctic. The most recent one broke off from western Antarctica’s Pine Island Glacier in 2001. Another iceberg the size of New York City is currently forming on Pine Island glacier and should split off sometime in 2012.

 


Icebergs are known for their striking physical characteristics. In reality, the size of these ice mountains varies considerably. Iceberg sizes fall under six categories:

 

Iceberg Type

Height above

Water

Length

Water Plane Area

Mass

Growler

Less than 1 meter

(3.3 feet)

Less than 5 meters

(16 feet)

Over 20 m2

(215 ft2)

Less than 120 metric

tons

Bergy bit

1 to 5 meters

(3.3-16 feet)

5 to 15 meters

(16-49 feet)

20 to 300 m2

(215-3,230 ft2)

120 to 5,400 metric

tons

Small

5 to 15 meters

(16-49 feet)

15 to 60 meters

(49-200 feet)

Over 300 m2

(3,230 ft2)

5,400 to 180,000

metric tons

Medium

15 to 45 meters

(49-148 feet)

60 to 120 meters

(200-390 feet)

Over 300 m2

(3,230 ft2)

180,000 to 2 million

metric tons

Large

 

45 to 75 meters

(148-246 feet)

120 to 200 meters

(390-660 feet)

Over 300 m2

(3,230 ft2)

Over 2 million metric

tons

Very large

Over 75 meters

(246 feet)

Over 200 meters

(660 feet)

Over 300 m2

(3,230 ft2)

30 million metric

tons


Icebergs are also classified by the shape of the portion that rises above the water, which, it should be remembered, represents only 10% of an iceberg’s total volume. Thus icebergs may be classified as tabular, blocky, wedge, dry-dock, pinnacle or dome. Icebergs, or “ice mountains” are generally bluish in color.

 


Danger at sea


Icebergs are mobile and can easily tear a hole in a ship’s hull. What is more, they can collide with oil platforms. The most famous accident involving an iceberg was the sinking of the Titanic, which occurred on April 14, 1912, 650 kilometers off the coast of Newfoundland (Canada). Because of this tragedy, icebergs are now closely monitored.


In the North Atlantic, iceberg monitoring services are performed by the International Ice Patrol. In Antarctica, monitoring is provided by the National Ice Center. Icebergs over 18.52 kilometers long (10 nautical miles) are assigned names composed of a letter indicating their point of origin, and a running number incremented for each new iceberg:
A:  1st quadrant, longitude 0° to 90° west (Bellingshausen Sea, Weddell Sea)
B:  2nd quadrant, longitude 90° to 180° west (Amundsen Sea, Eastern Ross Sea)
C:  3rd quadrant, longitude 90° to 180° east (Western Ross Sea, Wilkes Land)
D:  4th quadrant, longitude 0° to 90° east (Amery Ice Shelf, Eastern Weddell Sea)


View Geraldine's post Friday, January 13


Icebergs: Victims of global warming


Along with the polar ice caps, icebergs are bearing the brunt of global warming, and this could have a serious impact on the environment. The melting of the icebergs would result in a rise in ocean levels. According to the French national center for scientific research, CNRS, the complete melting of the Antarctic would lead to a 60-meter rise in sea levels, and the melting of Greenland would add 7 meters more, plus or minus several meters.


The melting of icebergs and the polar ice caps would also affect ocean salinity, and thus possibly alter thermohaline circulation (large-scale ocean circulation driven by differences in water density determined by varying temperatures and salinities). This circulation system carries warmth from the equator to the poles. Some models suggest that the dilution of ocean surface water, which would be less salty and thus less dense, would render it less likely to sink toward the ocean bottom. This would lead to a cooling of the North Atlantic, which is currently warmed by the North Atlantic Drift, an extension of the Gulf Stream. The Gulf Stream is a powerful ocean current that originates near Florida and the Bahamas, flows along the European coasts, and then dissipates in the Atlantic Ocean at the longitude of Greenland.


Such melting would also, of course, impact humans. A rise in sea levels would mean the flooding of coastal areas, and threaten the survival of many island and village residents in places such as the Maldives (Indian Ocean) and certain Pacific islands. As early as 2004, the Prime Minister of the Tuvalu Islands (population 11,000), Saufatu Sopoanga, began taking with New Zealand about the possibility of taking in archipelago residents in such an event.

 

Mardi 7 février : Navigation difficile

Hier 18h00 : Nous passons devant Cone Island, une île conique comme son nom l’indique, qui abrite 7000 manchots Adélie.

 


Cone island où vivent 7000 manchots Adélie.

 

C’est un rocher noir, dénudé, exposé de plein fouet à la houle du large et aux vents fort d’Adélaïde. Malgré son caractère hostile ces manchots y ont élu domicile ainsi que des couples de cormorans,  des goélands dominicains, des skuas et des océanites de Wilson. De l’autre coté, l’île Adelaïde et son glacier qui tombe à pique sur la mer, le Piémont. Une barrière de glace verticale de 100 km de long.

 

L'ile Adelaide sous sa plus belle parure.

 

Laura admire la paysage grandiose


19h00 : Nous longeons toujours le Piémont. Le vent forcit. Le crépuscule tombe, on y voit de moins en moins. Il y a de nombreux growlers, des icebergs et des floes. Il nous faut traverser les champs de glace serrée, par 30 nœuds de vent dans le nez, une grosse houle et des grains de neige. La complète ! Le vent refuse, il faut abattre de plus en plus puis empanner. C’est peut être les pires conditions que nous ayons eu à ce jour. Le capitaine est tendu. Nous reprenons nos bonnes habitudes, amarrer les enfants dans leurs bannettes et tout ranger afin que rien ne se ballade dans le bateau.


1h00 du matin : Ca se dégage ! Le vent mollit légèrement jusqu'à 15 -20 nœuds puis refuse de nouveau. Nous enroulons la trinquette et remontons face au vent, grand-voile arrisée. Les oiseaux du large sont de retour, damiers du cap, fulmars argentés, albatros tête grise. Encore 170 milles pour atteindre le prochain mouillage. L’équipage éprouve une certaine lassitude et se serait bien passé de cette navigation difficile au près serré, mais nous savons que c’est le prix à payer pour avoir atteint cette somptueuse baie Marguerite. C’est sans doute pour cela que nous n’avons croisé aucun bateau pendant notre séjour dans la baie, ni d’ailleurs depuis la Nouvelle Zélande. Mais tout cela n’est pas facile à expliquer à des enfants qui ont fait 8 mois de mer dont 3 semaines de traversée tempétueuses.

 

Cette nuit, c'est au milieu de cette glace de mer, accompagné de grains de neige, que nous avons quitté la baie Marguerite.


15h00 : Voilà qui vient comme par enchantement me contredire, nous recevrons un appel VHF de Jérôme Poncet qui se dirige vers la baie Marguerite à bord de son bateau : le Golden Fleece. Jérôme Poncet fut le premier à atteindre l’Antarctique avec un voilier de plaisance. Il sillonne dans le coin depuis les années 70. On peut dire qu’il est le maitre des lieux et que peu de mouillages doivent lui échapper. Il a hiverné avec son épouse en 1974, sur l’ile d’Avian. Longue conversation VHF avec Philou. Il semblerait que les conditions météo pour les prochains jours soient mauvaises. Il est au large, nous le repérons aux jumelles. Sympathique échange.


16h00 : Nous repassons le cercle polaire Antarctique et retrouvons la banquise qui nous a bloquée à la sortie du Gullet Passage, mais elle s’est transformée en pack disloqué dans lequel nous naviguons désormais. Nous repérons un souffle de baleine qui fait respirer la glace. Il y a de nombreux icebergs ils sont particulièrement somptueux.

 

Mouillage sauvage. Comme on les aime. Nous y attendons un coup de vent.

 


18h00 : Nous relâchons à Watkins Island. Le paysage est totalement glaciaire, comme depuis la sortie de la baie Marguerite. Tempête de neige. Nous débarquons. Les flocons sont gros et glacés, il faut se protéger le visage l’île est habitée par une importante colonie de manchots Adélie.

 

Laura observe les manchots.

 

Il y a aussi de nombreuses otaries à fourrures et quelques phoques crabiers. Tout ce joli monde est tout émoustillé par l’arrivée de notre petite tribu. C’est pas tout les jours qu’on voit trois enfants débarquer sur Watkins Island qui selon le capitaine est un mouillage, qu’à part sans doute Jérôme Poncet, personne ne connaît.


Marion compte le stock de glace qui nous sert d'eau.

A la découverte des icebergs

Les navigateurs des pôles croisent souvent sur leur chemin de magnifiques icebergs, très populaires auprès du grand public pour leur beauté. Mais savez-vous comment ils se forment ? Embarquement immédiat au cœur des icebergs.


« Des montagnes de glace » flottantes


Le terme d’iceberg a été emprunté au néerlandais ijsberg, qui signifie « montagne de glace » (ijs pour « montagne » et berg pour « glace »). Un iceberg est un bloc de glace d’eau douce qui dérive sur la mer, après s’être détaché du front des glaciers polaires ou d’une barrière de glace flottante. Ce processus s’appelle le vêlage.

Présents dans l’Arctique, en grande partie dans les fjords du Groenland, au Nord du Canada et en Islande, on trouve également des icebergs en Antarctique, où ils se forment périodiquement. Le dernier en date s’est détaché en 2001 du glacier de Pine Island, dans l’ouest de l’Antarctique. Actuellement un iceberg de la taille de New York est également en formation sur le glacier de Pine Island. Il devrait être complètement fini en 2012.

 


Les icebergs sont réputés pour leurs caractéristiques physiques impressionnantes. En réalité, la taille de ces montagnes de glace varie considérablement. Les icebergs sont classés en six catégories :

 

 

 

Type d’iceberg

 

 

Hauteur au-dessus de l’eau

 

 

Longueur

 

 

Surface de flottaison

 

 

Masse

 

 

Bourguignon (growler en anglais)

inférieure à 1 mètre

inférieure à 5 mètres

supérieure à 20m²

inférieure à 120 tonnes

 

 

Fragment d’iceberg

 

 

(bergy bit)

entre 1 et 5 mètres

entre 5 et 15 mètres

entre 20 et 300 m²

entre 120 et 5 400 tonnes

 

 

Petit iceberg (small)

entre 5 et 15 mètres

entre 15 et 60 mètres

supérieure à 300 m²

entre 5 400 et 180 000 tonnes

 

 

Iceberg moyen (mediumberg)

entre 15 et 45 mètres

entre 60 et 120 mètres

supérieure à 300 m²

entre 180 000 et 2 millions de tonnes

 

 

Gros iceberg (largeberg)

entre 45 et 75 mètres

entre 120 et 200 mètres

supérieure à 300 m²

supérieure à 2 millions de tonnes

 

 

Très gros iceberg (very largeberg)

supérieure à 75 mètres

supérieure à 200 mètres

supérieure à 300 m²

30 millions de tonnes




Les icebergs sont ensuite classés en fonction de la forme de leur partie émergée, qui rappelons-le ne représente que 10% de leur volume. Ainsi les icebergs peuvent être tabulaires, trapus, biseautés, érodés, pointus ou en dôme. La couleur de ces montagnes de glace est quant à elle généralement bleutée.

 


Danger en mer


Les icebergs sont mobiles et leurs flancs peuvent facilement déchirer les coques des navires, ou plus grave encore, entrer en collision avec les plateformes pétrolières. L’accident le plus célèbre est le naufrage du Titanic le 14 avril 1912 à 650 km au large de Terre-Neuve (Canada). C’est pourquoi aujourd’hui ils sont placés sous étroite surveillance.


En Atlantique Nord, l’International Ice Patrol réalise ce travail. En Antarctique, la surveillance est effectuée par le National Ice Center. Les icebergs qui mesurent plus de 18,52 kilomètres de longueur (10 miles marins) sont même désignés par un nom composé d’une lettre et d’un nombre, incrémenté pour chaque nouvel iceberg. La première lettre donne son origine :

A : du 1er quadrant entre 0° et 90° de longitude ouest (mer de Bellingshausen et mer de Weddell)

B : du 2e quadrant entre 90° et 180° de longitude ouest (mer d'Amundsen, Est de la mer de Ross)

C : du 3e quadrant entre 90° et 180° de longitude est (Ouest de la mer de Ross, Terre de Wilkes)

D : du 4e quadrant entre 0° et 90° de longitude est (barrière d'Amery, Est de la mer de Weddell)

Voir le post de Géraldine du vendredi 13 janvier 

 

Les icebergs victimes du réchauffement climatique

Les icebergs et les calottes glaciaires subissent de plein fouet le réchauffement climatique, et cela pourrait avoir de fâcheuses conséquences environnementales. Leur fonte serait responsable de la montée du niveau des océans. Selon les chercheurs du CNRS, la fonte totale de l'Antarctique équivaudrait à une hausse du niveau de la mer de l’ordre de 60 mètres auxquels il faudrait ajouter la fonte du Groenland, de l’ordre de 7 mètres de plus, avec toutefois quelques mètres d’incertitude.

La fonte des icebergs et des calottes glaciaires pourrait également affecter la salinité des océans et ainsi modifier la circulation thermohaline (circulation permanente de l’eau engendrée par des écarts de température et de salinité des masses d’eau). Cette circulation permet le transport de chaleur, de l’équateur vers les pôles. En outre, certains modèles suggèrent que les eaux de surface, moins salées et moins denses, plongeraient moins facilement dans les profondeurs, ce qui entraînerait en Atlantique nord une diminution de l’apport de chaleur par le Gulf Stream, courant océanique qui prend sa source entre la Floride et les Bahamas et se dilue dans l'océan Atlantique vers la longitude du Groenland après avoir longé les côtes européennes.

Elle aurait bien évidemment également des conséquences humaines. L’élévation du niveau des mers entraîne l’inondation des zones côtières, ce qui menace la survie de nombreux habitants de villages et d’îles, telles que les Maldives (Asie du Sud-Ouest) ou certaines îles du Pacifique. En 2004, le premier ministre des îles Tuvalu (11 000 habitants), Saufatu Sopoanga, était déjà en discussion avec la Nouvelle-Zélande pour qu'elle accepte d'accueillir les habitants de l'archipel en cas de nécessité.



 

Texte : Neoplanète

Crédits photos : Flickr; John Van Atta/StormPetrel1/b00nj







Lundi 6 février : Le Gullet passage

Hier 18h00 : Nous sommes dans le Gullet passage. Le décor est encore plus fantastique si cela peut se faire. Entre l’île Adélaïde de et l’île Hansen, au milieu des icebergs cubiques, encerclés par deux parois verticales. C’est vraiment un décor de glace à 360°, pas une tâche sombre. Le royaume du blanc. Nous traversons des bancs de brash, plus ou moins dense, mais rien de bien méchant. On peut dire que pour l’instant ça se passe bien.


23h00 : Nous sommes arrêtés par une banquise impénétrable, intouchée, blanche et virginale, à perte de vue. Même pas la peine d’imaginer aller plus loin. Nous poussons jusqu’au bout en longeant la glace. Le nez de la Fleur vient buter dans ce manteau immaculé. Les phoques s’affolent, vont et viennent autour de nous, sous l’étrave, sortent de l’eau, nous observent de la banquise avant de plonger de nouveau. Un peu plus loin, un groupe de manchots semblent s’amuser de la scène. Il fait presque nuit. Nous n’aurons pas la chance de voir la lune, elle ne devrait pas tarder à être pleine. Nous sommes dans un monde irréel, fantomatique, poétique, silencieux et ouaté. C’est merveilleux ! La nuit est bleue sur cet univers blafard. Le capitaine lance un grappin sur la banquise pour prendre quelques heures de repos.

 

Impossible de franchir cette glace compacte.


3h00 du matin : Le jour se lève doucement, les goélands s’agitent et crient. Derrière la montagne un halo doré fait surface. Les phoques sont endormis. Antoine a repéré un souffle de baleine mais il ne verra que son dos. Tout est paisible, au ralenti, parfait, à l’image de cette banquise impénétrable qui nous barre le chemin mais nous offre un spectacle inoubliable. L’atmosphère est nimbé d’un voile de douceur. On pourrait se croire en hiver. Il n’y a plus de frontière entre la glace et la mer, elles sont unies. Nous sommes au bout de la mer, là ou la glace a pris le dessus.


6h00 du matin : Arrêt sur la banquise, elle est bien solide, quasiment pas de trou d’eau. J’y reste presque deux heures pour photographier et filmer la Fleur.
Quelques phoques crabier sont là, endormis. Nous n’en avions pas encore vu, ils sont jaunes et préfèrent la banquise. Soudain ils se réveillent et nous dévoilent une mâchoire impressionnante. Il y en a un qui est blessé au cou, son sang parsème la banquise virginale. La lumière est féérique, les sommets enneigés sont veloutés avec quelques pointes de rose. Fleur Australe dans mon objectif se déplace lentement dans ce paysage somptueux, quelques fulmars la survolent. C’est une vision d’une rare esthétique. Je marche de long en large sur la banquise pour capturer tous les angles possibles. Je ne veux rien rater de cette féérie. Loup me rejoint, encore endormi, il ne peut rater ça. Il s’empresse d’aller photographier les phoques crabiers et s’enfonce dans la neige jusqu’aux genoux.

 

Balade matinale sur la banquise.

 

Loup est allé rendre visite aux phoques.


9h00 : Nous arrachons le grappin à la banquise.

 

L'étrave dans la banquise.

 

Cette fois-ci nous avons pu le récupérer. Nous en avions abandonné un en Arctique, nous n’arrivions pas à le décrocher et le vent se levait. Il nous avait fallut le sacrifier. Mais cette fois-ci les conditions sont bonnes, pas de vent et un soleil radieux, mis à part cette banquise qui nous barre le passage. Nous revenons donc sur nos pas vers le Gullet passage qui se trouve à une dizaine de mille. Du nid de pie il nous semble apercevoir une nappe d’eau libre à tribord, dernier espoir bientôt évanoui car ce n’est que l’ombre d’un nuage. Nous repérons bientôt quelques phoques allongés sur ce que nous supposions être la mer libre.


11h00 : Grâce à cette luminosité exceptionnelle, le paysage dans le Gullet est tout autre. Les sommets se reflètent dans l’eau de velours, jusque dans le moindre détail. Que c’est beau ! Nous faisons route contraire et contournons l’île Adélaïde par le sud. C’est par là que nous étions entrés dans la baie Marguerite.

 

 

Les belles montagnes de la Péninsule.


17h00 : après avoir traversé de nombreuses zones de brash et profité une dernière fois de ce décor de toute beauté nous quittons la baie Marguerite. Des baleines nous escortent. Leurs souffles jaillissent des profondeurs, leurs queues virevoltent dans les airs. C’est toujours un moment de grâce. Il s’agit à priori d’une maman et de son petit, des baleines à bosse.

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