Jeudi 16 février : Port Lockroy

9h00 : Nous sommes accueillis par Cat. Ils sont cinq : 4 filles et 1 garçon dans cette ancienne base anglaise transformée en petit musée. Elle avait été fondée en 1943, lorsqu’ils sont venus implanter la base on avait demandé aux militaires d’emporter une paire de lunette de soleil, le lieu où ils se rendaient devait rester Top Secret. Ils pensaient tous qu’ils partaient en Afrique mais se retrouvèrent en Antarctique. La royal Navy avait installé cette base pour contrôler les deux cotés du stratégique Drake Passage.

 

 

Visite de la base de Port Lockroy

 

Port Lockroy fut aussi pendant longtemps un camp de base pour les baleiniers. Leurs grands bateaux servaient de lieux pour dépecer et faire fondre la graisse des baleines tandis que les chasseurs partaient au large. Ces « bateaux usines » s’amarraient aux chaines qui sont encore là et qui servent à notre annexe aujourd’hui. La base ferma en 1962 et fut restaurée en 1996. Aujourd’hui elle est donc en parfait état et sert de petit musée aux quelques touristes de passage. Dans la chambre on retrouve sur les murs les peintures des stars d’autrefois, Ava Gardner, Sophia Loren…  dans des postures aguicheuses, que ces explorateurs solitaires dessinaient pour égailler leur quotidien et rêver un peu. Ce qui fait aujourd’hui la réputation de Lockroy, c’est sa poste, la plus australe du monde : « Je suis la postière la plus sud de la planète. » nous explique l’anglaise dans un français impeccable.

 

La poste la plus australe au monde

 

Lorsqu’elle apprend que nous sommes passés par Stonington et Horseshoe, des bases anglaises qui appartiennent à l’Antarctique Heritage Trust, Cat nous demande si nous avons des photos car ils n’ont pu s’y rendre cette année pour vérifier l’état de conservation des bases, l’accès était rendu impossible par la glace. A Port Lockroy, la seule activité scientifique qui subsiste est l’observation de l’impact de l’homme sur les manchots Papou. A priori si tout se passe dans un respect des animaux, les colonies de Papou ne semblent subir aucune nuisance due aux touristes qui viennent en paquebot jusqu’à Port Lockroy pour envoyer leurs cartes postales.

 

La base anglaise est implantée au milieu d'une colonie de manchots Papou

 

Cette année la base ferme début mars, plus tôt que d’habitude, et plusieurs croisières ont été annulées car il y a plus de glace que les années précédente. Cat nous accompagne jusqu’au bateau pour récupérer les photos des bases de la baie Marguerite. Pelagic Australis, le bateau de Skip Novac nous retrouve au mouillage. Un peu de compagnie, ça faisait longtemps ! Novac tente d’escalader le mont Français avec sept alpinistes. Cette année personne n’y est parvenu à cause du mauvais temps. Ils sont partis il y a 5 jours. Aujourd'hui il fait grand beau, ils devraient si tout va bien arriver au sommet dans la journée. Nous  le leur souhaitons. Son équipage vient visiter Fleur Australe et nous appareillons. Nous poursuivons notre remontée vers le nord.


15h00 : Nous empruntons le Neumayer Channel puis traversons le Gerlache Strait avant d’arriver à l’Errera Channel entre Rongé Island et Arctowsky Peninsula.

 

Une baleine à  bosse, qui nous montre son museau

 

Nous repérons un souffle de baleine. Celle-ci vient jouer autour du bateau pendant une heure. Elle nous gratifie d’un véritable ballet qui m’arrache une larme d’émotion. Les enfants sont aux anges. Sa queue virevolte, elle sort la tête, danse autour de la Fleur, nous frôle, son souffle éclabousse ma caméra. Nous n’avons pas bougé, le bateau est à l’arrêt moteur coupé, c’est elle qui est venu vers nous.

 

 

 

Elle est venue nous dire bonjour et nous a offert une de ses plus belle danse.


18h00 : Heureux, nous mouillons devant Danco Island. Grande colonie de Papou peu farouches, sans doute habitués à voir plus de monde que dans le Sud. La lumière est superbe, douce et veloutée. Les enfants font du boggie sur les pentes enneigées, une baleine et son baleineau arpentent la baie. En explorant l’île, Loup et Antoine découvrent les vestiges d’une ancienne base anglaise. La base Danco a été en activité de 1956 à 1959 et servait à effectuer des relevés topographiques et géologiques. Le traité de l’Antarctique ne l’a pas retenu comme un site historique, elle n’a donc pas été restaurée et a même été démantelée entièrement en 2004. Aujourd’hui il ne reste que la chape de béton des fondations sur laquelle est érigée une petite plaque qui trône entre les nombreux os de baleine.

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