Samedi 28 août : Arrivées aux Marquises

2h00 du matin : Après trois semaines de traversée, nous relâchons dans la baie de Hakahaa sur l’île de Nuku Hiva. La lune est pleine. La montagne marquisienne nous entoure, sauvage, rebelle, majestueuse. Le ciel brille de mille étoiles.

8h00 : Nous mouillons dans la baie de Taiohae, et lançons nos amarres à terre. Nous sommes accueillis par Madame Anny Pietri, chef de la subdivision administrative d’état des îles Marquises, par Debra Kinitete, première adjointe au maire de Nuku Hiva, le maire, Benoit Kautai, rentre lundi, par toute la chaleureuse équipe de EDT ( Électricité de Tahiti groupe GDF SUEZ), des étudiants et plein d’autres encore. L’ambiance est joyeuse. Tout le monde guette l’arrivée de la Fleur. Un petit orchestre de percussions (Pahu) joue pour nous, ça chante, ça danse. Le paysage est grandiose, d’une pureté, d’une force absolue. Nous débarquons, saluons tout le monde et nous laissons guider jusqu’aux superbes chevaux marquisiens qui nous attendent un peu plus loin, histoire de ne pas perdre le rythme chaloupé que nous avons acquis depuis 3 semaines. Voilà tout l’équipage de la Fleur, y compris les bébés, à cheval.

 

 
Nous sommes attendus à l’autre bout de la superbe plage de sable noir par les maires des autres vallées ainsi que les danseurs et danseuses qui ont préparé un spectacle en notre honneur. Toute la famille est recouverte d’une vingtaine de superbes colliers de Tiaré. Nos sens sont immédiatement transportés dans un univers de féerie. Nous sommes enveloppés de douceur et de sensualité. Après les discours de bienvenue, les danses commencent, ce sont les « Maue Mai », les danses de l’accueil, celle du cochon, impressionnantes puis celle de l’oiseau, Haka Manu, pleine de poésie et de finesse.

 


Pour clore cette cérémonie de bienvenue, un buffet de fruits frais, de gâteaux au manioc et de beignets de bananes nous attend.
On ne pouvait espérer une plus belle arrivée, un accueil comme recevait  à l’époque les grands explorateurs, Cook, Bougainville… Les enfants n’en croient pas leurs yeux de tant de beauté. C’est le repos rêvé du marin. Une escale au paradis dans ces divines Marquises, appelées « Terre des Hommes ». Nous avons eu la chance de plonger directement dans ce monde merveilleux, empli de magie, au sein de ce peuple fort et inspiré qui nous a accueillis avec tant de grâce et de gentillesse.


Ce soir, la Fleur a l’air d’une reine. Elle est parée des plus beaux fruits, et des fleurs les plus belles. Des colliers de tiaré pendent un peu partout. Des régimes de bananes sont suspendus dans le cockpit, les panières de bambou tressées sont pleines de mangues, de pamplemousses, de pastèques et de coco. Nous sommes en Polynésie pour notre plus grand bonheur.

 

Texte Rédigé par Gérarldine Danon

Vendredi 27 août : Cap sur Nuku Hiva

Bientôt la terre, en approche de Nuku Hiva, première grande île des Marquises.  Un accueil se prépare, dans la grande tradition des  îles polynésiennes. Sur l'île tous les samedi matins sur le petit quai de Taiohae il y a le grand marché (vente de poisson, présence de pêcheurs, vente de légumes) et le petit déjeuner local. Tout le village se réunit donc à cet endroit entre 5H00 et 8H00 du matin autour de cette activité. 

Après presque trois semaines de traversée, nous devrions apercevoir la terre dans les heures à venir. 25 nœuds de vent, nous marchons entre 7 et 8 nœuds. Le ciel est bleu. La mer, très désordonnée. Beti et Maya ont passé la journée à dormir dans la timonerie. La traversée semble avoir eu raison de leur énergie. L’équipage est très impatient d’arriver.

 


photo prise assis sur la bôme de la grand

 

Philou vient de pêcher une belle dorade de 5 kg. Ce sera parfait pour fêter notre arrivée. A tribord, nous doublons le banc Clark, un haut fond à 10 mètres de la surface. Philou déroule le genaker. Nous sommes à 80 milles de la pointe Tikapo (cap Martin), pointe sud-est de Nuku Hiva. Nous guettons tous la terre dans la brume des alizés.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Jeudi 26 août : Un vol de frégates

Latitude : 4, 16° S, Longitude : 137, 17° W.


Nous avons quitté Los Angeles il y a 18 jours. Nous sommes vent de travers par 25 nœuds de vent. Nous marchons entre 8 et 9 nœuds. Des houles croisées qui proviennent certainement de dépressions hivernales dans l’hémisphère sud, dont les ondes parviennent jusque dans nos latitudes, font tanguer et rouler la Fleur, en même temps.

Le corps est en tension permanente. Depuis deux jours, Marion, qui doit être épuisée, est très difficile. Elle pleure et râle sans discontinuer. C’est compliqué de trouver du repos. Si tout va bien, nous relâcherons demain dans la nuit à Nuku Hiva, dans la baie Taipivai où l’écrivain américain Herman Melville, surtout connu pour son œuvre majeure Moby Dick (1851) passa un mois. Il s’était engagé comme matelot à 21 ans sur un trois mats baleinier « Acushnet » à destination du Pacifique sud. Il débarqua en 1842 sur l’île de Nuku Hiva des Marquises, au moment de l’annexion française de ces îles par l’amiral Dupetit-Thouars. Melville et un autre marin désertèrent le navire le 8 juillet et se réfugièrent dans la vallée de Taipivai où vivaient les tribus cannibales Hapaa et Taipi. Il écrivit là un des grands classiques sur l’approche de la vie marquisienne avant la colonisation : « Taïpi ». Melville s’échappa le 9 août et embarqua sur le baleinier « Lucy Ann » qui l’emmena à Tahiti, en passant par les Tuamotu. A son arrivée, une mutinerie à bord le conduisit en prison, d’où il s’évada pour rejoindre Moorea chez deux colons américains. Le récit de son séjour à Moorea est relaté dans son roman « Omoo ».

 


Laura au lever du soleil

 

18h00 : Nous profitons de nos derniers milles. Le ciel est parfaitement bleu, pas un nuage à l’horizon. Nous marchons à 7 nœuds, artimon, grand-voile, génois hissés. Nous avons pêché deux splendides dorades coryphènes. Une cinquantaine de frégates nous survole. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas vu autant de monde d’un coup. La terre ne doit plus être bien loin.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mercredi 25 août : Ombre chinoise

Latitude 2°07’S, Longitude 135° 42’ W.


8h00 :
Après avoir forci pendant la nuit, le vent a molli entre 10 et 13 nœuds. Il fait lourd, orageux. Le ciel est gris, chargé de gros cumulus. La mer est désordonnée avec une grosse houle du sud. Les enfants n’ont qu’un mot en bouche, l’arrivée.

 


Ombre chinoise dans le genaker

 

Philou astique et nettoie la Fleur sans discontinuer. Nous marchons à 6 nœuds. Génois déroulé, nous sommes soumis à un courant sud équatorial, certainement  responsable du refroidissement de l’eau. Il est le prolongement du courant de Humboldt. Il est de travers par rapport à notre route.


15h00 : De nombreux grains. Une chaleur étouffante dans le bateau. La mer est de plus en plus grosse. 25 nœuds de vent. Nous marchons à 8 nœuds. Nous avons pêché deux thons. C’est sans doute la journée qui me parait la plus longue. Peut être un petit coup de fatigue.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mardi 24 août : passage de l'équateur

Il est 17h00 : C’est avec une certaine émotion que nous passons l’équateur. Le vent a considérablement molli. 12 nœuds. La mer est presque calme. Le ciel est bleu. La température de l’eau a chuté à 24 degrés.

Nous marchons à 7 nœuds. Artimon, grand-voile et gennaker déroulé. La température extérieure est de 27 degrés. Philou, qui a déjà 10 passages de l’équateur à son actif nous a concocté une petite cérémonie d’intronisation. Il s’est déguisé en Neptune, une passoire sur la tête  sur laquelle il a accroché une louche et un écumoire, un paréo bleu ainsi que le trident de Neptune. Il nous appelle chacun notre tour afin de nous remettre notre diplôme de passage de ligne. Il nous fait boire une potion magique puis nous casse un œuf sur la tête, ce qui fait beaucoup rire les enfants. A la fin de la cérémonie, Loup et Nina se jettent sur le capitaine et lui cassent un œuf sur la tête ou plutôt sur la passoire.

 


Passage de la ligne, avec Neptune dieu des océans

 

Fleur Australe navigue pour la première fois dans l’hémisphère sud après son grand tour dans les hautes latitudes septentrionales. Nous poursuivons notre route sur les Marquises que nous devrions atteindre, si tout va bien, vendredi.

 


Coucher de soleil

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Lundi 23 août : La petite mélodie du bonheur

Minuit : La Fleur galope comme un cheval sauvage dans le faisceau de la pleine lune. C’est d’une rare beauté. Nous sommes seuls au monde. Une grosse houle déferle. Les étoiles murmurent à mon oreille, la petite mélodie du bonheur.

7h00 : Le jour se lève doucement sur l’horizon dénudé. Le ciel est doré, les cumulus bleutés. Nous sommes portés par un alizé bien stable, bien constant. La Fleur marche à 9 nœuds. Elle trace une route parfaitement rectiligne. J’entends Laura qui se réveille, ses premiers mots sont : « Maman, est-ce qu’on est presque arrivé ? »



Bouteille à la mer par 3° Nord et 139° Ouest

 

10h00 : Le vent a forci, la mer est grosse. La Fleur est tendue comme un arc. Elle vibre. Des paquets d’eau se déversent sur le pont. Nous marchons à 10 nœuds. Philou a affalé l’artimon. Nous sommes petit largue par 25 nœuds de vent. Nous avons jeté 2 bouteilles à la mer, précisant notre position et offrant un cadeau à ceux qui les récupèreront. Lors de son Vendée Globe en 92, Philou en avait jeté 6. Il  eut deux réponses. En fonction de l’endroit où elles atterriront, nous en saurons plus sur le courant. Le capitaine est heureux de voir la Fleur atteindre ces vitesses. On le sent exulter. Je l’ai rarement vu ainsi.

 


Bouteille à la mer par 3° Nord et 139° Ouest 1.

 


Dimanche 22 août : A plus de 1000 milles de toutes terres

Latitude : 5°45N, Longitude : 130°33W
Le vent a adonné, il est passé sud-est, 15 nœuds. Nous sommes au petit largue. Nous faisons la route directe sur les Marquises. Nous avons déroulé le génois, renvoyé le ris de la grand-voile. Nous marchons entre 7 et 8 nœuds. Les nuits portées par les alizés sont superbes. La lune est presque pleine.

Nous sommes à la même latitude que les îles Kiribati qui se trouvent à 1600 milles dans l’ouest, entre Hawaï et Tahiti. Nous sommes à plus de 1000 milles de toutes terres. Il y a environ 4000 à 5000 mètres de fond. Sur la carte, il est inscrit par endroits, « Breakers », ce qui signifie qu’il y a des brisants. Ce sont des îles volcaniques sous-marines qui effleurent la surface de l’eau. Nous venons de passer la grande fracture de Clipperton qui correspond à une cassure de la croûte terrestre. Le ciel est bleu. La mer est bien formée, de belles vagues. A l’horizon, on peut observer un front nuageux. Il fait légèrement moins chaud. Les petites sont de plus en plus à l’aise sur le pont. Loup passe des heures sur la bôme de la grand-voile. Nina commence à trouver le temps long. Nous avons détaché Maya, elle se balade désormais librement sur le pont. Sa maman, Beti, veille de près. Nous sommes soumis au contre courant équatorial qui remonte vers l’est. Nous devrions passer l’équateur d’ici 400 milles sur notre route. Pour le goûter, l’équipage se fait un petit plaisir, framboises tièdes et glace vanille.

 


Alizés  du Sud Est

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Samedi 21 août : Au près serré

Nous sommes au près serré. Trinquette, grand-voile un ris, artimon, par un vent de sud de 20 nœuds. Le vent adonne légèrement. D’ici quelques jours nous devrions débrider et faire la route sur les Marquises.



Géraldine sur la Fleur Australe dans les alizés de sud

 

Je pourrai rajouter, à la phrase, deux fois le temps et trois fois la route, quatre fois la fatigue. Surtout avec des enfants en bas âge. Laura et Marion, après 12 jours de mer, ont une énergie débordante, à toute épreuve, elles sont bien difficiles à tenir. Le près rend la vie peu confortable. Nous vivons penchés sur un bord. Il est difficile de se déplacer, de dormir, de cuisiner, d’ouvrir le frigo… Les siestes sont de rigueur pour palier à la fatigue mais les charmantes demoiselles ne nous en laissent guère l’occasion. Ce matin Loup a été malade. Nous sommes très loin de la navigation paisible, au portant, d’avant le pot au noir ou même de la traversée de l’Atlantique. En dehors de cela, le spectacle est magnifique. La mer a retrouvé son bleu éclatant, elle est moirée, parsemée de moutons d’océan. Le ciel est clair avec de rares cumulus-congestus. La Fleur, vaillante file bon train à sept nœuds, elle semble lutter de toutes ses forces pour récupérer la route au plus vite.

 


Géraldine sur la Fleur Australe dans les alizés de sud

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

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