Samedi 14 août : Latitude 22°57 Nord et Longitude 119°37 Ouest

Latitude 22°57 Nord et Longitude 119°37 Ouest. Nous avons placé le tropique du Cancer, à 11h00 ce matin. Le vent a légèrement molli, 15 nds. La houle est régulière. Il fait frais, l’air est humide. Le linge a bien du mal à sécher. Température extérieure 21°.

Le ciel est gris. La couverture nuageuse est importante. Le soleil tente quelques brèves éclaircies, en vain.
A bord, la vie s’organise. Je suis contente car ni Loup ni Marion ne semble souffrir du mal de mer à ce jour. J’ai trouvé au Mexique un sirop contre le mal de mer qui à l’air de faire son effet. J’aurai du en acheter 20 litres. Nous avons pêché une belle dorade coryphène d’environ 1 mètre. En ce qui concerne la météo. Le cycle de forte activité cyclonique n’est pas terminé. Depuis 1995, le signal tropical multi-décennal est favorable à une activité cyclonique relativement soutenu. En étudiant l’évolution globale de la pression atmosphérique et de la température des océans au cours du 20ème siècle, les chercheurs ont mis en évidence 2 signaux climatiques naturels. Le premier dit multi-décennal se reproduit avec une période supérieure à 40 ans. Le deuxième dit quasi- décennal est de périodicité plus courte, de 8 à 14 ans. Ainsi dans l’océan atlantique nord les anomalies de températures de surfaces de la mer ou SST ont changé 3 fois de signe au cours du siècle dernier.


-     la période de 1900 à 1928 correspond à une phase de refroidissement

-     la période de 1928 à 1965 correspond à une phase de réchauffement  

-     la période de 1968 à 1995 à une nouvelle phase de refroidissement.    


Philou se renseigne sur El Nino / El Nina.
El Nino est un  phénomène climatique déclenché par un réchauffement anormal de l’Océan, dans l’est du Pacifique, à la latitude des côtes péruviennes, entraînant des dérèglements climatique d’extension mondial. La Nina,  est un phénomène climatique froid succédant à El Nino, qui s’accompagne d’un anticyclone responsable de sécheresse.

 


Photo satellite avec formation nuageuse dans l'est de notre route. A surveiller.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Vendredi 13 août : 25°12 N 117°26W

25°12 N    117°26W
Au large du Mexique, Cap au 225 °  cela avance bien avec 13 nds de vent au 345°

Belle journée de navigation, bercés par le souvenir de notre amie Dany Fauconnier qui nous a quittés il y a un an. Le « Vendredi 13 » de Dany et Yvon Fauconnier est le premier voilier sur lequel je suis montée…
Nous pêchons des daurades coryphènes et un thon. Le ciel est complètement gris, couvert de strato-cumulus. Nous sommes grand largue, poussés par un vent de nord ouest de 15 nds. L’air est doux et humide. Le linge a encore du mal à sécher. Température extérieure 21°.

 


Bonne journée de pêche, 1 thon, 3 dorades


La mer se calme et s’ordonne. Nous marchons un bon 8 nds toutes voiles dehors.

Nous n’avons croisé aucun déchet visible à l’œil. Nous observons la mer, mais nous sommes légèrement plus au sud que le centre du tourbillon connu comme rassemblant les déchets flottants. « The great garbage patch ». Philou ouvre l’estomac des poisons pêchés afin de voir s’ils ont ingéré du plastique. Pour l’instant, nous n’avons rien trouvé. Nous continuerons notre observation jusqu’aux Marquises.

 


Corvée de pluche des carottes en famille


et pour voir ou est le bateau

 

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Jeudi 12 août : Le grand départ pour les Marquises

11h00 : Nous larguons les amarres. C’est un petit village bien sympathique. Sur les murs des petites rues, des peintures mettent en garde contre la drogue et ses dérives. D’autres fresques demandent aux habitants de maintenir la commune propre et de ne rien jeter dans les rues.

De gros efforts restent à faire, l’eau dans le petit port est infestée de déchets. Le commerce de l’exploitation du sel est important. Les salines sont à Guerrero Negros sur la côte. Le sel est chargé sur les barges puis fait escale à Isla Cedros dont la particularité est d’être un port en eau profonde, ce qui permet à de gros cargos de venir le charger. 50% de ce sel part en direction du Japon. C’est grâce à cela qu’Isla Cedros, malgré sa petite taille est considéré comme le troisième port du Mexique. Nous avons essentiellement rencontré des pêcheurs, très accueillants et un industriel spécialisé dans le commerce du sel. Nous sommes contents de reprendre la mer pour filer vers notre destination.

 

 

 

 

 

 

 

 
15h00 : le ciel est d’un bleu limpide. Nous sommes poussés par un vent de Nord Ouest avec une bonne accélération au niveau de la côte. L’île est longue, les sommets sont hauts, plus de 1000 mètres, ce qui crée un effet venturi. Cela ressemble à un temps de Mistral. La mer est d’un beau bleu profond, parsemée de moutons blancs. Elle scintille sous le soleil. Elle est irisée. Nous sommes grand large par 25/30 nds de vent. Génois grand voile et artimon. Des paquets d’eau se déversent sur le pont.

 

 

 

 

 

 

 


17h30 : le ciel s’est assombri, il est couvert de strato-cumulus. La mer est forte. Nous avons quitté le plateau continental. Nous ne sommes plus soumis aux effets thermiques, nous avons retrouvé un vent océanique. Nous sommes poussés par un vent de Nord Ouest de 25 nds. Nous marchons à plus de 8 nds. Nous avons pêché un thon. L’équipage est en pleine forme. Nous filons toutes voiles dehors vers le pays de Gauguin.

Texte Rédigé par Géraldine Danon

 

 

 


Le port du sel

 

 

 

 

 


Puerto de Cedros

 

 

Mercredi 11 août : Cedros Island

12h30 : Nous atterrissons sur Cedros Island. Nous avons abandonné l’idée de pousser jusqu’à Bahia Magdalena. Cela nous déroutait de trop. Le ciel est bleu. La mer assez grosse à l’approche de la terre. Le genaker jaune flotte dans l’air comme pour nous rappeler que nous sommes sur le chemin des alizées, la route du soleil.


Il fait chaud. Philou a péché un gros thon. Une espèce différente de ceux que nous avions pêchés vers San Francisco. Très gras et succulent, nous nous en sommes régalés à midi, en sashimis. Nous sommes au nord de l’île, nous filons vers le sud à 14 milles. Cedros fait 24 km de long. Elle vit essentiellement de la pêche et de l’exploitation du sel. 2700 âmes y vivent. Grâce à son commerce du sel, c’est le 3ème plus grand port du Mexique après Vera Cruz et Tampico. Nous passons la pointe de l’île. Le vent forcit considérablement. Nous filons à 12 nœuds. Philou met la bastaque pour tenir le mât. Nous doublons le mont Gill, 1063 mètres.

 


Paysage aride de l'ile


13h30 : Nous empannons. Les effets de côte ont fait tourner le vent au nord. Nous n’avions pas prévu cette escale. Nous n’avons donc pas de drapeau mexicain. Nous inversons un drapeau italien, sur lequel Denis dessine le petit emblème du Mexique. Nous faisons avec les moyens du bord, comme on dit en ville. Loup grimpe  sur le hauban pour l’accrocher.

 


Le douanier fait la sieste, on reviendra plutard


15h30 : Nous amarrons la Fleur à quai dans le petit port de Cedros. Des enfants nous accueillent. Ils s’amusent à plonger du ponton. Je débarque avec Philou pour  aller régler les formalités douanières à dix minutes à pied. Un des habitants nous y mène en voiture. Le douanier fait la sieste, nous repasserons plus tard. Nous demandons s’il est possible d’acheter un billet pour Cate afin de rejoindre Mexico. Il nous fait faire un tour du village, cela prend 3 minutes environ. C’est plutôt sommaire, quelques « tiendas » (magasins), des maisons colorées et une petite agence de voyage. Il y a 3 vols par semaine. Elle prendra celui de vendredi pour Hermosillo puis Mexico. Je suis contente de parler l’espagnol. J’en avais assez de l’anglais que je maitrise moins bien.  Je suis heureuse aussi de retrouver le contact humain avec ces mexicains dans ce tout petit village. Après la jungle humaine et l’anonymat de Los Angeles, cela met du baume au cœur. Nous prenons un bain de mer sur la plage de galets en plein village. L’ambiance est joyeuse. Le paysage aride, désertique, montagneux et brun. C’est un petit village mexicain tel qu’on l’imagine. Nous reprendrons la mer dès que Cate aura son billet en poche.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mardi 10 août : Changement de route

Hier 21h00 : Philou décide de se détourner à 90° de la route et de faire cap sur les côtes du Mexique. Cate est restée dans sa bannette toute la journée, elle n’a rien avalé. Après la traversée de cinq jours entre la Colombie Britannique et San Francisco où elle n’avait pas quitté sa bannette non plus, elle nous avait dit avoir eu de violentes douleurs à l’estomac mais que tout était rentré dans l’ordre.

Il semble que la perspective d’une traversée de 3 semaines sans voir la terre lui donne des crises d’angoisse associées sans doute au mal de mer. Le capitaine a pris sa décision. Il est encore temps de la ramener à terre. Il sera trop tard d’ici quelques jours en plein milieu du Pacifique. Il ne souhaite pas courir ce risque. Cate semble soulagée et apaisée par cette décision. C’est triste, nous avions commencé cette expédition ensemble et la voir partir nous peine autant qu’elle. De plus, je m’étais programmée pour la longue traversée, je suis un peu dépitée par le cours des évènements. Nous arriverons au Mexique dans la nuit, nous ne savons pas encore exactement où. Philou a chargé Maurice Uguen, notre « routeur des glaces » de trouver une escale possible, ce qui n’a pas l’air facile. Aussitôt les formalités faites, nous reprendrons la mer. Celle-ci s’est calmée à l’approche des côtes. Le ciel est gris, la mer est grise. Je rêve devant quelques films sur les Marquises, histoire de réchauffer mon cœur.

 


En route vers le Mexique


16h00 : Le ciel est bleu, quelques strato-cumulus flottent gracieusement à l’horizon. Il fait doux. Cela fait longtemps que nous n’avions pas eu des conditions aussi agréables. Nous sommes vent arrière. La mer est belle. Les enfants jouent sur le pont. Nous avons aperçu notre premier poisson volant. Nous avons pris la décision tant qu’à nous arrêter au Mexique, de pousser jusqu’à Bahia Magdalena, à 400 miles sur la péninsule de basse Californie. Une réserve nationale, la baie est paraît-il remarquable. Cousteau s’y était arrêté lors d’un de ses voyages. Quitte à faire une escale, autant qu’elle soit belle. Cela nous permet de positiver et de remotiver l’équipage quelque peu troublé par la nouvelle. Je poursuis ma lecture des aventures de Thor Heyerdahl pour appuyer ses théories d’une migration polynésienne venue du continent américain, il n’hésita pas à effectuer la traversée du Pacifique sur un radeau de balsa, à voile, afin de prouver à ses détracteurs que la Polynésie était bien à la portée des anciens navigateurs péruviens. Ce fut la traversée du Kon-Tiki qui le mena du Pérou aux Tuamotu. Elle fut suivie en 1970 par l’expédition Râ, sur un bateau de papyrus. Après avoir remarqué de multiples similitudes entre les anciens bateaux égyptiens et ceux qui existent encore en Amérique du Sud, il décide de construire une réplique exacte des bateaux en roseaux égyptiens et de traverser l’Atlantique. L’expédition Rä tendait à expliquer la présence de pyramides en Amérique Centrale ou encore du culte du soleil chez les Mayas. Le récit des voyages d’Heyerdahl est passionnant.

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Lundi 9 août : Passage de la frontière du Mexique

Latitude 32°Nord 119°Ouest. Nous avons quitté Los Angeles à 21h00. La mer était un peu désordonnée, nous avons retrouvé ce matin en nous éloignant des côtes,  des vents plus réguliers.

Nous avons passé la frontière du Mexique il y a quelques heures et nous sommes au large par son travers. Le temps est couvert, légèrement brumeux avec un petit crachin. Nous sommes poussés par un vent ouest nord ouest de 10, 12 nœuds. Nous marchons à sept nœuds, grand voile, artimon et genaker déroulé. Marion et Loup ont été malades depuis ce matin. Quant à Cate, elle n’a pas bougé de sa bannette. La mer n’est pas grosse mais ça roule pas mal. Je suis plongée dans le livre de Thor Heyerdahl, aventurier et chercheur qui a passé une année aux Marquises pour y écrire son livre Fatu Hiva, le point de départ de ses recherches sur les migrations maritimes préhistoriques. C’est très intéressant. Il part du principe que les polynésiens auraient fait la route logique, poussés par les vents et qu’ils viendraient donc d’Amérique du Sud et de Colombie Britannique et non de Mélanésie ou de Papouasie. Il a notamment fondé ses théories sur des outils retrouvés à Bella Coola en Colombie Britannique qui ressemblent étrangement à ceux des polynésiens ainsi que sur des dessins qui ornaient des sculptures retrouvés aux Marquises dont les origines ne peuvent avoir trouvé leur source que dans ces régions. L’horizon est de plus en plus gris. Deux pétroliers nous croisent. Nous faisons cap au sud/sud ouest. Il nous reste environ 2700 milles à parcourir pour atteindre les îles enchantées.

 


En route dans les alizés brumeux

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Dimanche 8 août : Départ de Los Angeles

Il est 20h30, les lumières de la citée des anges scintillent à l’horizon. Nous sommes prêts à larguer les amarres. Cela ne fait qu’une semaine que nous sommes à Los Angeles, j’ai pourtant l’impression que nous y sommes restés un mois.

Nous sommes étourdis par tant de mouvement et très heureux de retrouver le calme de notre vie à bord après cette escale survoltée. Nous allons enfin retrouver la sérénité de l’océan, ce silence, que seul brise, le bruit des vagues sur la coque de la fleur. Ce rythme si particulier des traversées qui nous laisse le temps de respirer, d’observer, d’écouter, de vivre. Après ce petit passage en Californie, nous sommes ravis de filer vers la vie sauvage et envoutante des Marquises et de son peuple inspiré.

 


Prêt pour la traversée du Pacifique


Il est 21h00, nous hissons les voiles et embouquons le chenal de la Marina Del Rey. Au revoir Los Angeles et vive la vie en mer.

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Samedi 7 août : Dernière journée à Los Angeles

Dernière journée à Los Angeles. Nous faisons un gros plein de provisions avant la traversée : des pâtes, du riz, de l’économat… Le départ est prévu pour demain. Nous quittons cette ville de fous mais bien sympathique.

 


Avitaillement pour 1 mois de mer

La citée des anges ressemble un peu au gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger. Il se veut le chantre de la politique écolo et de la lutte contre le développement climatique, paradoxalement, il roule en Hummer. La ville de Los Angeles entend pourtant damner le pion aux autres « Green Cities » en mettant en place un ambitieux plan d’action. Mais 14 000 tonnes d’ozone et de particules de diesel sont rejetées chaque année dans l’atmosphère.

 

L’industrie, reine de la ville, le cinéma représente le 2ème pollueur de la région après l’industrie pétrochimique. Grace à l’aide de la fondation Bill Clinton, très active en matière d’environnement, Los Angeles devrait réduire de 40% sa consommation d’électricité, essentiellement destinée à l’éclairage, en remplaçant ses ampoules par des LED (Diodes électroluminescentes). L’ancien président des Etats-Unis, via sa fondation « Clinton Climat Initiative » a financé l’opération, 140 000 lampadaires municipaux doivent être équipés dans les 4 ans. En terme d’émissions de CO2, cela représenterai 40 500 tonnes par ans en moins, l’équivalent de 6700 voitures. Selon la fondation Clinton, l’éclairage public représente de 10 à 38% des couts en énergie et en eau d’une ville.

 


Los Angeles Down Town vu de Hollywood


Parmi les autres efforts de Los Angeles en matière d’écologie, on peut noter que le maire Antonio Villaraigosa, il est le premier maire hispanique dans une ville aussi importante, a dévoiler en 2007 son « Green LA Climat Action Plan ». L’objectif est de limiter ses émissions de CO2 à 35,3 millions de tonnes en 2030. C’est ambitieux lorsque l’on sait que les émissions de gaz à effet de serre s’élevaient à 51,6 millions de tonnes en 2004. Son plan passera par un renforcement de l’isolation des bâtiments publique, un système de climatisation naturelle ; une augmentation du parc de voitures hybrides ; une amélioration des transports en communs ainsi que la mise en chantier de Central Eoliennes, photovoltaïques, solaires, hydroélectriques, à biomasses ou à géothermie. Il est aussi prévu que les piscines municipales soient chauffées par énergie solaire. Son plan est contesté, le Los Angeles Time parle d’une hausse importante des tarifs d’électricité, ce à quoi le maire rétorque qu’il contribuerait à créer plus de 16 000 emplois. Voilà pour les bonnes résolutions de Los Angeles en matière d’écologie.

Texte Rédigé par Géraldine Danon

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