Mercredi 23 juin : Une belle rencontre

Minuit : un vent fort de sud sud-est nous oblige à mouiller pour la nuit dans Use-less bay en attendant que le vent mollisse.

9h00 : Les violentes rafales de vent résonnent dans le bateau. C’est impressionnant. Nous débarquons sur la très belle plage jonchée de bois flottés. L’eau est très claire, sa température est de 12°C. L’air est chaud, c’est un vent du sud,  il fait doux, environ 18°. Derrière de grands cèdres rouges aux troncs centenaires, nous découvrons un petit atelier aux allures de scierie, un grand potager, quelques roses, nous l’apprendrons plus tard, rapportées de l’île de Queen Charlotte, une petite cabane en bois, des chèvres et trois chiens. Un couple vient à notre rencontre, avec leur fils âgé d’une vingtaine d’années.

 

Ils sont américains d’Alaska du nord. Ils ont acheté ce terrain en 1976, ils y vivent depuis 1986, en autarcie totale. Ils nous font visiter leur potager, où sont plantées toutes sortes de légumes, leur champ de pomme de terre, et leur serre dans laquelle ils cultivent entre autre des tomates et de la vigne. Les chiens sont là pour les protéger des loups, très nombreux sur cette île de Porcher. Je leur demande s’il y a des ours. Ils me disent ne pas en avoir croisé en 30 ans, mais il se trouve qu’il y en a justement un qui rode par là depuis une semaine. En 1996, alors qu’ils vivaient paisiblement sur leur île, avec comme seule ressource, la pêche commerciale du saumon, qui se pratiquait alors 4 mois par an, le gouvernement décide de réglementer cette pêche et de ne l’autoriser que 4 jours par an. Ils se voient donc contraints de reprendre leur travail et partent enseigner à Petite Diomède : une petite île située à la frontière entre la Russie et les Etats Unis. Nous y sommes passés à la fin du passage du Nord Ouest, entre la Pointe Barrow et Nome, en mer de Béring. Lorsqu’ils  apprennent que nous avons fait le passage l’été dernier, leurs yeux s’allument soudain. La même lueur que je retrouve dans le regard de tous ceux à qui nous racontons notre parcours jusqu’ici. Les questions fusent.

 


Une famille vivant en autarcie


Nos deux Américains, passeront donc dix ans à Petite Diomède avant de regagner leur petit paradis. Ils sont aujourd’hui retraités. Ils regrettent que le gouvernement aient restreint la pêche aussi brutalement : « Il y a  30 ans, il y avait plus de 200 bateaux dans la baie, jusqu’à Prince Rupert. En Alaska, la pêche au saumon est encore pratiquée. Ici le gouvernement a fait une erreur de management. » En quittant nos romanesques hôtes, Philou admiratif, s’arrête devant de colossales planches de bois. Du cèdre rouge de plus de 300 ans : « Il en a vu des choses, dommage que les arbres ne racontent pas. » Il y a aussi des cèdres jaunes et du spruce, un épicéa, un bois au fil droit, sans branches et sans nœuds, parfait pour les mâts de bateau. Nous passons devant une petite montagne de sciure de bois qui sert entre autre à nourrir les chèvres : « c’est l’harmonie parfaite, tout se récupère, tout se transforme, tout circule, c’est le cycle de la vie.» Et le voilà qui joint les gestes à la parole et dessine un grand cercle dans l’air. Cela sent bon la résine de pin. Une belle leçon de bien vivre !

 

 

Forêt de pin, cedar

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

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