Jeudi 24 juin : Les Haïdas

Après une nuit à naviguer au près, sur une mer déchaînée. Nous atterrissons sur l’île de Queen Charlotte. Nous accostons un bateau de pêche. A son bord deux hommes, un Canadien du Québec arrivé en 1980 pour une semaine, il n’a pas bougé depuis et un Haïda. Nous allons visiter le musée. Nous sommes dans la réserve du parc national Gwaii Haanas, site du patrimoine Haïda. Au bord de cet Océan Pacifique qui regorge de vie, des montagnes enneigées jaillissent de la forêt pluviale luxuriante, les petites anses paisibles contrastent divinement avec les îlots rocheux.

Les îles de la Reine Charlotte sont officiellement appelées Haïda Gwaii, ce qui signifie  les îles du peuple dans la langue des Haïdas.  Elles comptent environ cinq mille habitants pour un archipel d’environ 450 îles, situés à l’ouest du plateau continental, elles s’étendent sur 300 km de long et se terminent en pointe aux îles Kerouard, à l’extrême sud. La culture Haïda unit son peuple à la terre et à la mer depuis plus de douze mille ans. Dans ce superbe musée avec une vue panoramique sur la mer et ses îles, le totem, emblème de la tradition Haïda est à l’honneur. Gwaii Haanas travaille à la création d’une aire marine nationale de conservation, une fois cette réserve créée, Gwaii Haanas, sera protégé depuis ses plus hauts sommets, jusqu’aux profondeurs de son territoire marin, soit  5 000 kilomètres carrés. Le gouvernement du Canada et le conseil de la nation Haïda ont signé l’entente sur Gwaii Haanas en 1993.

 

 

 

 Pirogues et totem en cours de réalisation

 

Elle témoigne de leur engagement mutuel envers la protection du site. C’est un modèle de relation harmonieuse entre l’homme et la terre. Le principe même de la tradition Haïda est basé sur un mode de vie qui considère que les humains font partie intégrante de la nature. S’initier à leur culture, c’est apprendre à respecter leur valeur sacrée et spirituelle. C’est ce que nous découvrons au fur et à mesure de notre avancée dans ce superbe musée qui leur est dédié. Il me semble, connaître un peu mieux ce peuple Haïda, si soucieux de préserver son écosystème, ses rites, sa langue, sa spiritualité, son individualité… Leur dieu est Raven, il a fait jaillir la vie des profondeurs. Le totem, que l’on trouve devant la plupart des maisons est destiné à être vu de loin, afin de définir qui habite les lieux et de les protéger. Ici, ils sont immenses et magnifiques. Sculptés dans le bois, on retrouve au sommet, le chef de la famille, ou du village puis vient sa femme et toutes sortes d’emblèmes dont l’aigle très présent dans la culture Haïda et la lune. Il est en général commandé, par le chef lui même et dessiné par un artiste. Nous rencontrons un Haïda qui travaille justement sur un nouveau totem. Il sculpte un tronc d’arbre de 15 mètres, du cèdre rouge. Il nous explique combien son ouvrage lui tient à cœur et comment il a su depuis  sa tendre enfance que ce serait sa fonction sur cette terre. Dans son  atelier ouvert sur la mer, il y a plusieurs pirogues, leurs embarcations traditionnelles sont peintes à la main. 

 

 
L’emblème de Gwaii Haanas est un motif unique conçu par l’artiste local Giitsxaa. Il représente une loutre de mer et un oursin. Le conseil a choisi ces deux créatures à cause de leur importance dans l’histoire, la tradition et l’écologie de l’aire protégée. Les forêts de laminaires comptent parmi les écosystèmes les plus productifs des eaux de Gwaii Haanas. La loutre de mer contrôlait autrefois les populations d’oursins de mer. C’est une espèce qui se nourrit de laminaires et assure l’abondance de cette algue et le fourmillement de la vie dans la forêt autour. La disparition de la loutre de mer à l’époque du commerce des fourrures a  considérablement perturbé l’équilibre naturel entre les espèces et la santé de la forêt de laminaires s’est trouvée menacée. La disparition de la loutre de mer est un parfait rappel de la vulnérabilité des espèces et des écosystèmes tout entiers.

 

 

Totem Haïda

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

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