21 avril, Chez les éleveurs de rennes

Il nous a fallu une journée de bus à travers un décor sauvage, en longeant sur la piste une chaine de volcans pour atteindre Esso, située au centre du Kamchatka. Les éleveurs de rennes ont un troupeau d’environ 1800 têtes et pendant la période d’hiver, ils séjournent sur un plateau à 800 mètres d’altitude et à environ 30 kilomètres du village. C’est de ce village, où coule une source chaude, que nous quittons la civilisation pour accéder au plateau.
 
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Nous embarquons notre matériel, tente et vivres sur le traineau tiré par une moto-neige. Les enfants ont grimpé sur les sacs empilés, quant à nous, c’est chaussés de skis et tractés par une corde que nous suivons l’équipage. Nous montons un chemin enneigé à travers la forêt de mélèzes et de bouleaux avant d’atteindre le plateau. Le paysage est magnifique, c’est un désert blanc, les arbres ont disparu et on découvre au loin les pics enneigés des volcans.
 
Le froid nous pique le visage mais avec nos différentes couches de vêtements polaires nous résistons au vent et à la neige qui balaye la plaine. Le chemin serpente lentement, nous passons quelques vallons où de chétifs pins de Sibérie s’accrochent aux falaises. Le temps s’améliore et notre œil ne sait plus où se poser devant l’infini de ce paradis blanc. Nos bras s’engourdissent à tenir la corde, il faut rester sur les traces du traineau pour éviter les arbustes cachés sous la neige. Nous parvenons au bord du plateau et en contrebas nous découvrons le campement des Evenes.
 
Une fumée sort de la yourte plantée à l’abri d’une petite colline. Nos éleveurs de rennes sont là, ils ont passé l’hiver à surveiller leur troupeau. Nous arrivons à la période des naissances. Lorsque la neige aura disparu dans quelques semaines, ils partiront sur des chevaux pour une transhumance de plusieurs mois. Ce sera un long périple, un véritable tour de la chaîne des volcans.
 
Nous trouvons un endroit où planter notre tente. Il faut dégager la neige pour ériger notre « yourte » moderne. Le soleil se couche et la douceur de la lumière enveloppe les montagnes. Enfouis dans nos duvets, serrés entre nos enfants, nos pensées s’envolent dans des rêves lointains.
 
6h00 du matin. Laurent, notre guide, fait chauffer l’eau glacée pour un thé chaud. Il faut profiter des heures froides de l’aube pour se déplacer car en fin d’après-midi, le soleil ramollit la neige. Nous partons en compagnie de Victor, l’un des cinq gardiens, pour observer le troupeau. Ils se relayent à deux, nuit et jour, pour garder les rennes. Ce n’est pas chose facile comme nous pourrons le constater dès le lendemain car en pleine nuit, la moitié du troupeau a échappé à leur vigilance et il a été retrouvé à plus de 15 kilomètres du camp.
 
Victor a apporté avec lui du sel car les rennes sont en carence d’iode. Les bêtes nous repèrent de loin, et avant que notre gardien leur ait distribué leur ration, elles viennent lécher notre veste qui a capturé le sel de l’Océan Pacifique. Nous sommes rapidement encerclés par ces animaux de plus de 100 kilos. Leurs bois nous frôlent le visage. Moment magique !
 
C’est le début des naissances et nous n’apercevrons qu’une dizaine de bébés sur l’ensemble du troupeau. Dans quelques jours ils seront plus de 400 mais seulement environ 300 survivront aux prédateurs que sont les ours, les loups et les rapaces. Les ours commencent à se réveiller après 6 mois d’hibernation. Avec le printemps, la neige qui fond les ramène à la vie au fond de leur tanière. Les femelles sortent avec leurs progénitures, une boule de poils de quelques kilos. Les mâles solitaires, d’une tanière indépendante, partent en quête de nourriture et un jeune renne est un met très apprécié.
 
Nous sommes invités à prendre un thé par les Evenes sous leur yourte. Des branches de pins sont posées sur le sol comme isolant et, sur les côtés, des peaux de rennes sont étendues pour s’allonger. Au centre un poêle où brûlent des bûches de bouleau. L’eau chauffe dans des bouilloires noircies par la fumée. Igor nous raconte sa peur des ours et les longues nuits d’hiver à surveiller le troupeau par moins 40°C. Laurent nous sert de traducteur car nos quelques mots de russe ne nous permettent pas de grandes conversations, mais les yeux et les gestes parlent tout seuls, les éleveurs de rennes ont le plus grand respect pour ces marins qui partent s’aventurer sur les grands océans et affronter comme eux les éléments de la nature sauvage.
 
La question de la succession se pose car les jeunes préfèrent rester dans la vallée avec l’internet et les copains. Seul Sergey, 12 ans, le fils de Victor semble passionné par cette vie sauvage au contact des bêtes. Il sera le prochain gardien du troupeau.
 
Un faucon pèlerin avec sa parure blanche plane dans le ciel. Il surveille son nid accroché à la falaise de basalte. Laura et Marion partent à la rivière remplir les cruches d’eau. La lune est pleine, elle se lève comme un ballon doré derrière les volcans. La vallée s’illumine, la neige scintille de mille paillettes. Au repas de ce soir, sous la yourte, c’est œuf de saumon et viande de renne grillée.
 
Nous sommes conscients de la chance que nous avons de partager ces quelques jours avec ce peuple d’éleveurs. Nous aimons comme eux ces endroits coupés du monde et cette ambiance inspirante au cœur de la nature.
 
Demain nous reprendrons la route par les hauts plateaux pour rejoindre notre bateau et partir vers de nouveaux horizons.
 

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