12 décembre lat 61°06 Sud 54°38 Ouest - Elephant Island

Le quinze avril 1915, après quatre cent quatre vingt dix sept jours de mer, Shackleton et ses hommes débarquent sur la terre ferme. Ils posent pied sur le rivage du Cap Valentine, une petite plage de galets. Hurley dans son journal parle du Cap Valentine « Notre environnement actuel est l’un des plus grandioses que j’aie jamais vus. Sur les reliefs escarpés qui se découpent sur le ciel à plusieurs centaines de mètres de hauteurs s’encastrent, par endroits, des glaciers dont les parois bleutées ressemblent à des cascades figées tombant de plusieurs dizaines de mètres dans la mer ».

 

 

 

Franck Hurley et Ernest Shackleton

 

 

Ils trouveront à une dizaine de kilomètres plus à l’ouest, un promontoire, une langue de terre, avec un peu plus d’espace et surtout plus abrité de la mer. Ce nouveau campement fut appelé Cape Wild, tant en l’honneur de celui qui l’avait découvert (Frank Wild) que pour en qualifier les conditions atmosphériques, en anglais wild signifie « sauvage » et « a wild weather » désigne « un temps de chien ». « Jamais encore je n’ai rencontré une côte aussi sauvage et inhospitalière » commenta Hurley à leur arrivée en évoquant ensuite « le vaste promontoire entouré de récifs écumants et qui se dresse, noir et menaçant, au dessus de nos têtes, en un à pic vertigineux de 360 mètres ».

 

 

 

Le James Caird

 

 

Le 24 avril, Shackleton et 5 de ses hommes prennent la mer à bord du James Caird, direction la Géorgie du Sud à 700 milles. En 16 jours, bravant la banquise, les icebergs, les tempêtes, il atterrit sur la côte au vent et sauvage de la Géorgie du Sud. Perclus de douleurs et sous un froid glacial ils traversent l'île d’ouest en Est pour trouver du secours.

 

 

 

Les 22 hommes laissés sur l'île de l'Éléphant saluent le départ de Shackleton parti chercher du secours

 

 

Pendant 105 jours les 22 naufragés ont vécu sous les canots retournés en attendant que leur capitaine vienne les sauver. C’est vers cette île Eléphant que nous voguons toute voile dehors.

 

 

 

Arrivée sur l'île Eléphant, dans la brume

 

 

3H00 du matin : Nous sommes à 20 miles de l’île, totalement noyés dans la brume intense. Pas d’icebergs en vue. Nous empannons.

 

7H00 On ne voit pas à un mille. Ernesto prépare un orin pour relever l’ancre par son extrémité au cas où elle se ferait coincée par un caillou. Le capitaine craint que cette forte houle et cette brume dense rendent le débarquement impossible. 

 

 

 

Débarquement dangeureux avec la houle

 

 

7H30 Après 4 jours de traversée, Marion est la première à crier « Terre en vue ». Très glaciaire, entourée d’icebergs, Elephant Island se dessine dans la brume. Aussi sauvage et hostile que l'île "Pierre 1er" en mer de Bellinghausen que nous touchions après 1 mois de mer il y a moins de 2 ans. Nous affalons et filons vers la pointe Wild pour y tenter un débarquement. Aux jumelles nous apercevons des colonies de manchots à jugulaires. 

 

 

 

Manchots à jugulaire, les mêmes que les hommes de Shackleton ont mangé pour survivre 

 

 

8H30. Impossible de mouiller, trop dangereux, trop de cailloux. Le capitaine reste à bord avec les enfants. Tandis qu’Ernesto me débarque, tant bien que mal, sur la pointe Wild, décidément très « wild ». Je suis équipée, cuissarde et sac étanche avec caméra et appareils photo. Trempée jusqu’à la taille mais imperméable, je pose un pied sur l’île tant convoitée. Grand moment d’émotion. Je suis seule entourée de colonies de manchots à jugulaires et de quelques papous qui nichent. Je présente mes excuses auprès de mes hôtes pour le dérangement et me fais la plus discrète possible pour ne pas perturber ce petit monde. Un peu plus loin trône le buste de Luis Pardo, le capitaine du chalutier, le Jelcho, qui a pris le risque en plein hiver austral de mener Shackelton jusque là pour récupérer son équipage, sain et sauf. Miracle. Et surtout un coup de chapeau à son second Franck Wild qui chaque jour a su alimenter l’espoir chez ses hommes alors que tout semblait perdu. Un grand homme de l’Antarctique. 

 

 

 

Le buste de  Luis Pardo, commandant ,du Jelcho, le navire venu sauver les 22 naufragés

 

 

9H00 j’ai les doigts qui commencent à faire mal, surtout celui qui a gelé. Soudain j’aperçois Loup et Laura qui profite d’une accalmie pour se faire débarquer sur le semblant de plage entourée de rochers. Mais Laura se fait prendre par la houle et trempée jusqu’à la taille. Elle n’est pas étanche comme moi et l’eau est gelée. Un petit tour sur l’île, histoire de pouvoir dire qu’ils ont débarqués sur les deux îles que l’ont peut considérer comme les plus inaccessibles d’Antarctique et retour à bord. Ca mérite bien de se faire mouiller un peu. « C’est l’Aventure » conclut Philou qui nous attend avec Marion. Voilà de quoi rassurer mon petite mousse de 7 ans à moitié gelé.

 

 

 

 

Laura et Loup ont dû mouiller leurs bottes pour débarquer. Attention à ne pas trop s'approcher des manchots (5mètres).

 

 

12H00 Nous relâchons sur la côte sous le vent, Cap Valentine. Le soleil pointe le bout de son nez sur les falaises enneigées. C’est très beau… Le baromètre est en chute libre.

 

 

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