Jeudi 3 janvier : Punta Arenas

Nous roulons pendant 3 bonnes heures à travers la pampa patagonne, traversant quelques ranchs isolés parcourus par les gauchos. Arrivés de nuit nous attendons le petit matin pour nous lancer à l’assaut de la ville en quête d’une plaque de cuisson. Ce qui ne s’avère pas aussi simple que nous l’avions imaginé. Ici on trouve de tout partout mais jamais réellement ce que l’on souhaite. Pour vous donner une idée, c’est dans les pharmacies que l’on achète les cartes téléphoniques et l’on peut acheter des poussettes chez les coiffeurs.

 

Le cheval, très présent chez les chiliens

 

Les chiliens se plient en quatre pour nous satisfaire et sont particulièrement accueillants, mais il semblerait qu’en matière de cuisine on préfère le gaz peut onéreux par ici. Pour ce qui est des requêtes un peu plus sophistiquées, il faut se rendre à Santiago. Mais nous ne pousserons pas notre quête jusque là. En attendant nous en profitons pour découvrir la ville.


            

    Magellan le découvreur du détroit                   Les rues descendent vers la mer.     


C’est Magellan qui fut le premier à fouler cette terre qui porte son nom « Magallanes » en 1520. Terre qui allait s’avérer être une terre d’aventurier : « Des hommes courageux dont le cœur n’était autre qu’un poing serré » comme l’écrivait le chilien Francisco Coloane. On a peine à croire que cette terre malmenée par les éléments est peuplée depuis plus de 10 000 mille ans. Et si les habitants actuels n’ont rien à voir avec ceux d’autrefois qui parcouraient les canaux en canoë et chassaient le guanaco, ils sont tout aussi coupés du reste du continent par des montagnes redoutables et des eaux glaciales.

 

 

 Statue qui évoque le pétrole présent à la sortie du détroit de Magellan

 

Punta Arenas, la capitale régionale offre pourtant tout le confort d’une grande ville chilienne ce qui contraste avec le reste de la région complètement sauvage, désolée et brute et qui dégage une réelle impression de bout du monde. L’économie moderne de Magallanes repose sur le commerce, la recherche pétrolière et la pêche. Punta Arenas quant à elle, fut fondée il y a à peine plus de cent cinquante ans. C’était à l’origine une garnison militaire et un pénitencier, mais la ville devint vite une base idéale pour les navires à destination de la Californie pendant la ruée vers l’or. C’est à cette époque d’ailleurs que la région commença à se développer, cette ruée vers l’or y apporta le commerce grâce aux bateaux qui empruntaient le détroit sur les routes maritimes reliant l’Europe, la Californie et l’Australie.

 

 

Un seul quai. Pas vraiment un bon abri pour les petits bateaux

 

L’inauguration du canal de Panama en 1914 réduisit le trafic autour du Cap Horn et la région perdit de son importance internationale.  Mais c’est en 1825 que l’économie de la ville décolla réellement lorsque le gouverneur acheta 300 moutons de pure race aux Malouines. Au début du siècle suivant plus de 2 millions d’animaux paissaient sur le territoire.

 

le mole du port avec une queue de baleine comme emblème

 

Punta Arenas connaît aujourd’hui une récente prospérité due à l’essor de l’industrie du pétrole et l’accroissement de la population. Les enfants sont contents de renouer avec la ville l’espace d’un instant. Le soleil brille, fait rare par ici. Cette plaque de cuisson nous a fait découvrir un port Chilien non dénué de charme.

 

Sur la route Punta Arenas

 

 

Ernesto à la cuisine avec notre gaz de secours

Dimanche 30 déc : Vers Puerto Natales

C’est avec un soleil radieux que les enfants se réveillent aujourd’hui. Cela faisait un bout de temps que nous en n’avions pas vu, et nous finissions par croire qu’il ne brillait pas par ici. Nous croisons une vieille épave échouée, le Santa Leonor, sa coque éventrée et sa carcasse rouillée sont visibles de très loin. Des terres, des canaux, des fjords découpent le détroit avec ses côtes déchirées bordées de falaises de glace.

 

 

Des dents de granit majestueuses

 

C’est une journée printanière, la température extérieure est de 12°C. Nous avons quitté le détroit de Magellan dans la nuit sous une lune gibbeuse et nous avons embouqué le canal Smyth. Nous laissons dans notre sillage des îles au nom lugubre, Désolation, Mortimère, Ile noire, Furia…

 

 

Des montagnes jaillissent au détour d'un cap



14h00

Nous naviguons maintenant dans le Union Canal que nous suivrons jusqu’à Puerto Natales. Dans l’après-midi nous passons dans une zone à fort courant que nous prenons à l’étal pour ne pas accentuer le phénomène. A bord la vie est joyeuse en cette fin d’année. Les enfants peignent avec leur plume de condor ramassée hier, tandis que nous cherchons quelques recettes à préparer au four car nos plaques de cuisson ne fonctionnent plus depuis quelques jours.

 

 

La glace est partout présente

 

 

La lumière du soir

 

 

Laura et Marion dessinent avec des plumes de condor

 

 

Une épave, statue de rouille

Vendredi 28 déc : Caleta Brecknock

Ici les arbres ne poussent pas. La roche est à nue, lisse, grise, laissant échapper des cascades d’argent. C’est un chaos de masses rondes, de boursoufflures imposées par les forces  terrestres. Les glaciers sont passés ici, laissant des griffures sur la pierre. C’est un paysage minéral. Seule l’eau qui tombe du ciel en une pluie lourde, dévale les pentes et se mélange plus bas à celle sombre de la baie.

 

 

Le soleil a du mal  à percer les épais nuages


Caché entre les rochers, un petit bateau néozélandais est venu trouver abri pour échapper à la tempête qui souffle dehors. Ils viennent du nord, de Puerto Montt et s’en vont vers Puerto Williams. Un petit oiseau blanc, baroudeur, qui a traversé le Pacifique passant par Tahiti pour échapper aux 40 ème rugissant. Il s’en va vers les Falkland et le Brésil.

 

 

Les canaux, une succession de caps et de baies


Nous levons l’ancre avant que la nuit s’enfouisse dans ces montagnes. Aujourd’hui la lune ne viendra pas éclairer notre route dans le labyrinthe des iles. Elle reste cachée derrière la masse nuageuse trop sombre pour laisser passer la moindre lumière. Le baromètre a dessiné sur le rouleau de papier une vague creuse qui annonce la dépression. Le vent souffle fort, la mer s’agite, se brise sur les rochers, notre petite Fleur saute les vagues, elle tangue, roule. Nous partons vent arrière dans le Canal Cockburn.

 

 

Les ibis et leur bec reconnaissable

 

 

Loup et Ernesto dans un décor minéral

 

 

Loup sur son cheval à Canasaka

 

 

Un mouillage du bout du monde

Mardi 25 décembre : Noël à Canasaka

Le père noël est arrivé dans cet endroit du bout du monde. Il a affronté le vent fort des canaux et nous a finalement trouvés bien cachés dans notre petit mouillage. Le bateau est paré de guirlandes, le sapin orné de boules et surmonté de l’étoile du berger. Nos petites fées ont tendu l’oreille à travers le vent et guetté  le moindre mouvement de la mer qui pourrait annoncer l’arrivée du traineau tiré par les rennes. Il est venu par la cheminée du poêle et a déposé ses petits cadeaux, des robes de princesse, quelques poupées et un kayak rouge pour Louloup. Nous avions été contraints de nous alléger et donc de laisser les nôtres en Nouvelle Zélande avant la traversée pour l’Antarctique.

 

 


Bien abrité entre la terre et les ilots


Cinq heures, elles sont réveillées. Rien ne saurait attendre. Il faut vérifier s’il est bien passé. Moment si longtemps attendu. Joie, sourire, rêve accompli. Nous participons à l’allégresse de nos princesses qui y croit dur comme fer. Loup, 12 ans, fait mine de rien et ouvre ses cadeaux, une paire de jumelle et un couteau de marin et le kayak que le père noél a laissé sur le pont car il ne passait pas par la cheminée.

 

 

Laura et Eugenio sur Céleste



14H00

Eugenio nous invite à assister à la tonte d’un mouton. Passage obligatoire pour les 200 moutons de l’estancia. Nous partons ensuite à la recherche d’un barrage de castor. C’est incroyable ce que ce petit animal peut entreprendre. Une construction digne des égyptiens. Un barrage d’une centaine de mètres, formé de branchages et de terre parfaitement confectionné. Il utilise ses dents pour couper les arbres, transporte avec sa bouche et ses bras les branches, et tapisse de terre l’échafaudage qu’il tasse en tapant avec sa queue. Un travail Herculien qui malheureusement désorganise la forêt, inonde les vallées et détruit les arbres. Importé il y a seulement une cinquantaine d’années en Argentine, pour sa fourrure, sa prolifération est un véritable fléau. Il a passé les frontières et dans la Cordière des Andes on ne sait plus comment arrêter sa progression.

 

 

Le père Noël est passé, il nous a trouvé dans notre petit mouillage



17h00

Nous sommes invités à un apéritif dans la petite maison d’Eugenio et Ester. Les lumières du soir sont faites de contrastes. Des raies de lumière inondent les fjords, les sommets enneigés se cachent dans les nuages et la mer scintille entre les grains qui passent dans le Canal de Beagle. Nous sommes bien dans les canaux de Patagonie, au bout du monde.

 

 

Notre petit mouillage, au pied des montagnes enneigées

 

 

Première sortie du kayak, un cadeau du père Noël

 

 

Tonte d'un mouton

 

Un barrage de castor, un véritable fléau

Mardi 1er janvier : Puertos Natales

Nous arrivons à Puerto Natales lorsque la nuit tombe, doublons le joli port de pêche où les bateaux colorés sont « collés serrés », puis relâchons devant la ville qui s’allume peu à peu tandis que le jour se meurt. Le lendemain nous parcourons le charmant village à la recherche d’une voiture et d’une plaque de cuisson. Nous mettons la main, non sans mal, sur la première mais pas sur la deuxième. Il nous faudra aller jusqu’à Punto Arenas dans les jours à venir.

 

 Le bateau qui effectue la descente des canaux, rentre à Puerto Natales

 

Puerto Natales est le passage obligatoire pour le Parque National Torres del Paine, c’est un modeste port de pêche installé sur les rives de la terre baptisée Ultima Esperanza (dernier espoir), même si elle est souvent associée à sa voisine Magallanes qui abrite notamment  Punta Arenas. La vue sur les montagnes est somptueuse et l’endroit plein de charme avec ses maisons de toutes les couleurs. Marion voudrait s’y installer « pour toujours » et c’est vrai qu’on sent qu’il y fait bon vivre. Le village dépendait autrefois de la laine, du mouton et de la pêche mais réussit à vivre aujourd’hui des touristes en partance pour le parc national.

 

300 bateaux de pêche en attente de la saison de l'araignée

 

Les montagnes s'enflamment

 

22h00 hier

Le ciel nous gratifie du plus beau coucher de soleil de 2012. Le soleil prend deux bonnes heures avant de s’éclipser au pied des monts immaculés déployant toute une harmonie d‘orange et de rouge pour embraser la mer et envelopper la ville d’un voile de douceur en guise d’adieu à l’année qui s’achève. A bord l’ambiance bat son plein : le mouton d’Eugénio de Canasaka est délicieux et Loup nous a préparé deux gâteaux au chocolat, heureusement car nos casiers sont toujours vides. Il nous faudra attendre un peu pour déguster les délicieuses centollas (araignées de mer) chiliennes. Nous profitons de ce mouillage tranquille pour fêter l’annéecomme il se doit. L’année dernière nous étions pas 50 nœuds de vent dans les 40ème en route pour l’île Pierre 1er , en Antarctique. Le pauvre Loup n’avait pas quitté sa bannette  et nous avions à peine trinquer tant la mer était grosse.

 

Fleur Australe au mouillage devant la ville

 

 

C'est la fête à bord de la Fleur


Minuit

Les quelques bateaux de la baie font résonner leur corne de brume. Philou sort les fusées de détresse qui devaient nous servir à nous défendre contre les ours pendant nos promenades lors du passage du nord-ouest. Elles ont un avenir bien plus joyeux et finissent en feu d’artifice dans le ciel chilien pour le plus grand bonheur des petits et des grands. Cette année ce sont les Français de Fleur Australe qui ont fait le plus beau feu d’artifice à Puerto Natales. Un paquebot fait son entrée dans la baie, tout feux allumés et les enfants dansent sur le pont. Quelle jolie façon de commencer l’année.

 

 

Une belle enfilade de bateau devant le port de Puerto Natales

 

11h00 aujourd’hui

Ernesto et Philou font voile vers Puerto Consuelo tandis que je prends la voiture avec Stéphanie et les enfants pour les rejoindre. Le paysage est magnifique, une piste au milieu de la pampa Patagonne. Au loin les sommets enneigés sont totalement dégagés. Le ciel est d’un bleu limpide parsemé de quelques nuages holographiques et de gros cumulus. Quelques chevaux sauvages galopent en toute liberté. Bientôt nous apercevons Fleur Australe au mouillage dans cette baie sauvage et abritée. Demain nous ferons route vers Torres del Paine.

 

Un village de 18 000 habitants, tourné vers la pêche et le tourisme

 

 

Des nuages holographiques,en forme de vague

 

 

Samedi 29 déc : Punta Arenas

Le Magellan et ses baleines

8h00

Ce matin nous sommes rentrés dans le détroit de Magellan. C’est un canal  de 300 milles nautique qui relie l’Océan Atlantique au Pacifique. Il délimite la fin du continent américain avec à son extrémité sud, le cap Foward par 53°53 sud. Au sud, la Terre de Feu et ses milliers d’iles avant d’atteindre le Cap Horn, le point le plus austral, au delà commencent les terres Antarctique. Au nord, autant d’iles et de canaux au pied de la cordillère des Andes avant d’atteindre Puerto Montt et l’ile de Chiloé.

 

 

Après l'albatros, le plus grand oiseau marin, le condor, le plus grand oiseau terrestre


Nous profitons d’un vent relativement calme pour emprunter le détroit. Ici on ne traine pas et quand le vent souffle fort, il faut tirer de nombreux bords contre le vent et la mer démontée. Si la tempête se déchaine comme c’est souvent le cas, il faut rester dans un abri et attendre des jours meilleurs.

 

 

La baie de la baleine

 

14h00

Baleine en vue. Elle souffle ! A ce cri lancer par le timonier, tout l’équipage est sur le pont. Ce sont des baleines à bosse qui naviguent dans le détroit. Elles sont plusieurs mais ne se laissent guère approcher. Les queues virevoltent dans les airs, et la bête s’en va plonger pour quelques longues minutes avant de ressurgir des profondeurs dans un souffle de vie.

 

 

Laura est tombée dans un trou au coeur de la mousse et des herbes


Les néo-zélandais que nous avons rencontrés hier au mouillage, nous ont signalés une baleine échouée dans une baie non loin de là.  Nous mettons le cap vers le point indiqué. A l’arrivée, nous découvrons une foule d’oiseaux, des pétrels géants et des vautours qui s’acharnent  sur la carcasse. Perchés sur les arbres alentours, des condors, ombres ténébreuses, se reposent, repus de chaire et de graisse de baleine. Les pétrels, farouches, s’envolent à notre approche. Les autres rapaces gagnent les hauteurs et ont les voit planer majestueusement en haut de la montagne. Notre pauvre baleine est venue s’éteindre dans cette baie. De quel mal, de quelle blessure? On ne le saura jamais. Dans la baie, la mer est devenue rouge de sang.  Laura et Marion sont très impressionnées.

 

 

Marion a trouvé des plumes de condor


Au temps des indiens, cette baleine aurait donné de la nourriture pour plusieurs mois à une tribu. Mais ce temps est révolu et les indiens ont disparu, laissant la place aux condors.
C ‘est le moment d’aller se dégourdir les jambes et pour une fois, il ne pleut pas. Les mousses sont épaisses et on s’y enfonce jusqu’à la taille. Laura disparaît un moment et on ne voit plus que sa tête sortir des herbes. La végétation est constituée de quelques arbres, principalement des hêtres antarctiques, de fougère, de lichen et de mousse. Le vent a imprimé sa direction sur les troncs couchés.  A bien regarder les arbres on sent qu’ici les éléments se déchainent tout au long de l’année. Nous grimpons jusqu'au sommet, Fleur Australe solitaire et élégante trône dans cette baie sanguinolente.

 

 

Nous observons les condors haut dans le ciel


18h00

Nous appareillons et filons vers Puerto Natales à 160 miles,  toutes voiles dehors. Le paysage est minéral, la végétation est pauvre, quelques glaciers s’échappent de la montagne. Au loin le Pacifique.

 

 

Un oiseau se rapproche


Jeudi 27 décembre : Vers Puerto Natales

Nous avons quitté Caleta Canasaka, Eugenio et Ester avec un petit pincement au cœur. Des gens chaleureux qui nous ont offerts leur vie pendant quelques jours. Tout le monde à une bonne tête, les chevaux, les chiens, les moutons et même les poules. De la liberté pour tout le monde, et un endroit de toute beauté. Merci à vous deux.

 

 

Caleta Coloane


Il faut reprendre la route vers le nord, vers Puerto Natales. Nous empruntons le bras sud du Canal de Beagle. Celui ci n’est ouvert à la navigation que depuis 2001. Son accès était interdit car les chiliens n’autorisaient qu’une route pour remonter dans ces canaux. L’Argentine n’est pas loin, et pendant de nombreuses années, il y a eu de la rivalité, des convoitises et il était plus facile de surveiller un seul passage. A la demande de quelques navigateurs, on a ouvert le passage et l’on peut aujourd’hui jouir des beautés qui jalonnent ce canal sud. De longs fjords s’enfoncent dans la roche de granit et les glaciers qui jaillissent des sommets se déversent jusqu’à la mer.

 

 

Canal Beagle, bras sud

 

C’est un mélange de forêt tropicale, d’herbes folles, de mousse, d’arbres enchevêtrés, de roches lisses, grises, brunes, polies par les glaciers, des cascades qui dévalent les falaises par milliers, et au milieu de cet écrin, jaillit la blancheur d’un glacier, venu d’on ne sait où. Les sommets sont dans les nuages et la pluie ne cesse d’alimenter cette nature débordante. Les criques sont nombreuses, il faut se faufiler à travers les ilots où s’échappent les canards  que l’on appel « pato vapor », car ils ne volent pas et tournent les ailes comme des bateaux vapeurs quand ils courent sur l’eau pour échapper au mauvais voisin ou au bateau qui passe.

 

 

Fleur Australe est venue s'abreuver au torrent



21h00

Nous quittons le fjord aux milles cascades. C’est une brèche dans l’extrémité de l’ile, longue et profonde où s’écoulent des cascades comme des fils que l’on aurait suspendus aux nuages qui enveloppent les pics enneigés. Fleur Australe, comme un cheval qui vient s’abreuver à un torrent, pointe son étrave dans le tourbillon de l’eau qui dévale la paroi. Loup tend la main pour effleurer le jet puissant de cette eau fraiche et pure venue des cieux. Notre silhouette se reflète dans le miroir de l’eau et vient se confondre avec les sommets des montagnes. Au fond un glacier vêle quelques minuscules icebergs qui s’en vont flotter au grès du courant. Dehors la lumière du soir naissante embrase les iles perdues qui s’en vont dans les eaux du Pacifique. Il est là le grand Océan. Il nous tend les bras.

 

 

Au pied de la cascade

 

Il vient jusqu’ici déverser ses vagues géantes sur ces rochers du bout du monde. Pas un bateau n’oserait s’aventurer dans ce maelstrom où déferle les plus grosses vagues du monde. La longue houle du Pacifique vient se briser et emporte avec elles ses épaves arrachées aux tempêtes. Fleur Australe s’enfonce dans la baie de Cook pour échapper au monstre. Ici les iles portent le nom des grands explorateurs, Darwin, Cook, Stewart, O’Brien. Nous échappons au tumulte et partons nous protéger au milieu de ces milliers d’iles. La nuit tombe doucement et nous enveloppe dans ces lumières d’un autre monde. La lune gironde illumine les sommets et nous guide avec son reflet d’argent.  Nous sommes au cœur de la nature la plus sauvage que l’on puisse imaginer. Pas âme qui vive sur des milliers de kilomètres. Au détour d’une baie, on aperçoit la silhouette d’un indien à jamais disparu.

 

 


 

Laura admire le paysage

 

 

Le fjord aux milles cascades

 

 

Le reflet dans l'eau du fjord

Dimanche 23 décembre : Caleta Canasaka

La caleta Canasaka se trouve sur l’ile Hoste. Nous coulons des jours paisibles chez Eugénio. C’est vrai que notre rythme effréné nous a habitué à ne jamais relâcher plus d’une journée dans le même mouillage et s’arrêter ne serait-ce que deux jours est particulièrement reposant. Le mouillage est idyllique et les enfants s’en donnent à cœur joie.

 

 La brebis Blanquita.

 

 C'est l'heure du biberon.

 

Hier nous avons dîné chez Ester et Eugénio dans leur petite maison cosy et surchauffée pour résister au froid hivernal. Eugénio nous a raconté sa vie tandis que Loup se délectait de mouton grillé succulent. Il s’appelle Eugenio Martinez. Son père, fils d’un docteur de Santiago, décida de quitter la maison à l’âge de 16 ans et embarqua sur une petite goélette qui fit naufrage sur les rochers de Rocas Contramaestre Peron en face de la Caleta. L’enfant nagea jusqu’à la terre et en déduit que c’était un signe du destin. Il décida donc de s’installer là, construisit une hutte, éclaircie la forêt autour, acheta 8 moutons et se maria avec une indienne Yamana qui lui donna deux enfants. Elle mourut quelques temps après. Il rencontra alors une femme Chilienne qui lui donna 12 enfants. Eugenio fut le seul qui décida de rester à vivre dans la caléta et d’élever des moutons. Le reste de la famille s’en alla vivre à Punta Arenas. Belle histoire sur la destinée que nous livre cet homme lumineux autour de ce « cordéro assado ».

 

Loup, le parfait gaucho!

 

 

 

Laura avec Eugenio, apprentissage!

 

Aujourd’hui nous avons fait une balade à cheval. Le paysage est somptueux. Les sommets enneigés, les forêts inextricables… C’est la mer, la montagne et la campagne réunies dans une harmonie parfaite. En fin de journée les enfants donnent le biberon à Blanquita, le mouton bien aimé qui échappera peut-être au coup de couteau ravageur d’Eugénio.

 

Géraldine, à l'aise sur son cheval.

 

 

Lorsque les jours se meurent dans une déclinaison de rose qui auréole les pics immaculés, nous remontons le filet que le capitaine a déployé dans la baie. Mais nous sommes bredouilles. Il va falloir penser à se rabattre sur un mouton pour notre réveillon de Noël car le poisson se fait désirer. Ces quelques jours de répit font un bien fou à l’équipage qui en avait grand besoin. On ne pouvait rêver plus belle escale pour passer les fêtes avant de poursuivre dans les canaux de Patagonie.

 

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