Samedi 22 décembre: chez Eugénio

 

Nous avons quitté Puerto Williams hier après le dîner. Les formalités effectuées et les dernières courses faites, nous avons filé vers notre première escale dans les canaux de Patagonie, à 35 milles.

16h30: Nous relâchons à Canasaka devant chez Eugénio, une estancia dans une baie bien abritée fermée par un îlot. Il y a à peine 2 mètres d’eau. C’est un mouillage très agréable.

 

 

Les bateaux de pêches  attendent la prochaine marée

 

9h00: Ce matin le soleil brille et c’est bien rare par ici. Nous sommes accueillis pas Ester, l’épouse d’Eugénio. Philou a sortie toute la flotte de Fleur Australe et les enfants ont récupéré leur jolie prame en toile et en bois. Loup est ravi de retrouver son navire et le baptise du nom de Fleur Ténébreuse à l’image des bateaux de pirates. C’est la journée des moutons, Eugénio les étrangle, les dépèce et les vide sous l’œil effaré de nos petites chéries. Le couple vit en autarcie parfaite dans cette petite ferme du bout du monde, poules, moutons en pagaille, vaches, chevaux et même des castors dont ils se font des fourrures pour affronter le rude hiver. Ester nous mène jusqu’au fond de la baie récupérer les poissons venus se prendre dans le filet qu’elle a déposé hier. Bonne pêche : un saumon et trois roballos (mulets) dont un gros qu’elle nous offre. Une petite rivière coule paisible au milieu de cette bucolique estancia, et assure leur consommation d’eau.

 

Caleta Casanaka, un mouillage comme on les aime

14h00

 

Succulent déjeuner du poisson fraichement pêché puis grillé, suivi d’une partie de pêche. Les enfants ont sorti leur canne à pêche et Philou dépose un filet au travers de la baie que nous relèverons demain. Ils sont aux anges dans ce petit paradis idéal pour passer Noël. Ça mord ! C’est Marion qui en pêche le plus. Malheureusement ils sont un peu petits pour satisfaire notre menu du réveillon, il nous faudra attendre les fruits du filet. Loup part se promener dans la montagne. Ce soir nous sommes attendus par un cordero assado (mouton grillé) celui-là même que nous avons vu se faire égorger ce matin.

 

Une vrai ferme, avec chevaux, vaches et moutons

 

 

 

Eugenio, un mouton sur le dos

 

Demain nous irons à cheval au pied des sommets enneigés pour le plus grand bonheur des petits comme des grands.

 

un filet tendu au bout de la baie et dedans des mulets et saumon

 

Dimanche 16 décembre : Ushuaia

6h00: Nous apercevons Ushuaia encore endormie. Les lumières de la ville scintillent, les enseignes brillent de tous leurs feux, souvenirs d’une nuit de fête qui laissera bientôt la place à un matin lumineux. Les sommets enneigés émergent des nuages, leur chevelure argentée caresse un ciel qui commence déjà à bleuir. Le canal de Beagle a été clément. La mer est calme désormais, à peine quelques légères rides qui viennent donner du caractère à son visage détendu et lisse.

 

 Quelques voiliers baroudeurs


A l’entrée du port quelques jolies embarcations, des petits voiliers baroudeurs, qui ont jeté l’ancre dans cette cité du bout du monde, porte de l’Antarctique. Ushuaia est depuis quelques temps résolument tournée vers le tourisme, mais cela n’altère en rien son charme suranné, avec ses maisons colorées, son architecture chaotique et ses rues escarpées au pied de la montagne. Ses cargos racontent à eux seuls mille vies. Ils sont porteurs de rêves et de voyages lointains. On aimerait les entendre raconter leurs histoires chargées de légendes, d’indiens, de pierres précieuses et de marins aux mains calleuses. Il me suffit de les regarder pour m’envoler encore plus loin que nos voiles m’ont dores et déjà portée.

 

 


Cargos ravitaillant la ville du bout du monde

 

 

Laura range les drisses

 

Marion et Laura  attendent avec impatience de jeter les amares à terre

 


Nous accostons au Club Nautico en plein centre. A peine amarré, je m’enfuis avec les petites, histoire de prendre un peu l’air de la terre. Journée paisible à arpenter les rues de la ville tandis que le capitaine fait les formalités. Nous profiterons de cette escale obligatoire afin de récupérer Loup, pour nous ravitailler et préparer Noël. Ainsi va la vie à l’autre bout du monde.

 

Marion devant Ushuaia

 

Jeudi 13 décembre : Ile des Etats

Cette nuit nous avons longé l’île des Etats. Nous l’apercevons encore ce matin Elle se situe dans le prolongement de la Terre de Feu. Elle en est séparée par le détroit de Le Maire, large de 16 milles. Elle est longue de 35 milles, étroite et escarpée avec de nombreuses vallées et des baies profondes. Le climat est très humide, froid et imprévisible. Son sommet s’élève à 822 mètres. Ses crêtes sont acérées et les glaciers du quaternaire ont forgé son caractère violent.  L’ile est très boisée et inextricable dans son enchevêtrement d’arbre et de mousse.

 

 

De toute beauté, sa majesté le roi des mers du Sud

 


L’ile des Etats a mauvaise réputation. Elle se trouve sur le passage pour atteindre ou après avoir passé le Cap Horn. Les voiliers arrivant de l’Atlantique ou du Pacifique, avec une navigation à l’estime incertaine, découvraient au dernier moment ses falaises abruptes. La mer par ici est un véritable chaudron bouillant. Les vents violents et les courants puissants, n’arrangeaient rien et laissent peu de temps à une manœuvre de la dernière chance pour éviter le naufrage. De nombreuses épaves jalonnent aujourd’hui  les cotes de cette ile.
Les argentins y ont placé quelques feux dont le plus célèbre est celui de la baie San Juan de Salvamento. Jules Vernes s’en inspira dans son livre «  le Phare du Bout du Monde ».

 

 

Nous avons eu le droit à un ballet d'Albatros. Ensemble dix oiseaux, exceptionnel

 



Philou me raconte qu’un un ami à lui, équipier sur ses trimarans, André Bruner, dit Yul, a vécu une aventure périlleuse sur cette ile, il y a quelques années. Equipier à bord de Kotick avec Alain Caradec, Yul décida de débarquer et de traverser l’île par la terre d’une baie à l’autre, tandis que le bateau ferait le même trajet par la mer. Parti avec un équipement minimum, sans vivres, pour ce qui devait ne durer que quelques heures, le voilà pris dans une tempête avec pluie, neige et brouillard. Sans équipement et sans boussole, il se perdit dans la forêt inextricable ne trouvant plus son chemin, se trompant de baie. L’épisode dura plus de 48 heures, dans des conditions hivernales, et le pauvre Yul commença à geler des pieds et des mains avec des  températures qui avoisinaient le 0°. A bord du bateau, l’inquiétude était à son comble et on le croyait irrémédiablement perdu.  Après 2 jours d’errance, transit par le froid, il arriva finalement à retrouver le bâteau. Sans doute pour faire un pied de nez au destin et remercier l’île de l’avoir rendu sain et sauf, il décida de revenir peu de temps après pour vivre cette fois une aventure solitaire en pleine autonomie, avec arc et flèches, se nourrissant de quelques oies et canards sauvages. L’aventure ne fut pas facile mais il tomba définitivement amoureux de cette ile sauvage au point d’y revenir une fois de plus afin d’y reconstruire le mythique Phare du Bout Monde. Une véritable expédition cette fois, organisée avec l’aide de l’Argentine pour y déposer homme et matériel. Le résultat est là, un très beau phare, en bois, comme à l’origine. On peut en admirer sa réplique à La Rochelle, à la Pointe des Minimes.  Cette histoire singulière et émouvante méritait je crois d’être racontée.

 

 

Un monde en gris

 


L’équipage a plus que hâte de poser pied à terre. Nous devrions arriver demain et retrouver Loup le 18. Les petites ont un calendrier de l’avent qu’elles barrent chaque jours avec beaucoup d’attention. Elles comptent impatiemment les journées qui les séparent de Noël et de leur frère aussi qui comme à moi leur manque beaucoup. 

 

 

 

Une raie de lumière

 

Mardi 11 décembre : Le calme retrouvé

La mer a besoin de se reposer. Après sa furie des jours passés, elle n’a plus de souffle, comme épuisée après une longue bataille. Elle laisse à nos corps le temps du repos  bien mérité. La houle s ‘apaise lentement nous laissant en souvenir une onde douce ou le bateau monte et descend en toute tranquillité.

 

 

Le calme retrouvé

 

Nous en avions besoin de cette douceur. Les âmes étaient abimées ne sachant plus à quel saint se vouer. Dieu de la mer, dieu des ténèbres, dieu des tempêtes. Nous sommes au sud des iles Falkland, en route pour la Terre de Feu. Devant nous l’ile des Etats et son Phare du Bout du Monde. Jules Vernes nous attend avec sa lanterne. Il saura  nous guider pour rejoindre la terre.

 

 

Albatros à tête grise

 

 

Damier du Cap

 

 

Pétrel à menton blanc
 

Jeudi 20 décembre : Puerto Williams

Ushuaia

La ville. Après des semaines de mer, nous retrouvons l’effervescence, les horaires, la liste des courses, le temps qui passe trop vite. Il faut faire en quelques jours le plein de vivres, le plein des réservoirs et les courses de noël. L’opération du gas-oil relève du parcours du combattant. Rien n’est facilité par les services du port. Donc c’est un peu « la démerde » au pays des combines. Il faut trouver sur le terre-plein du Yacht Club des bidons de 200 litres. Ils sont tout cabossés et le choix est difficile. Trouver une camionnette et faire le tour des stations-services de la ville. Plusieurs sont à sec. Le sourire revient enfin quand les futs sont pleins. Reste à les débarquer du camion et à les acheminer jusqu’au bateau.

 

 

Fleur Australe  au mouillage à Ushuaia

 

Ensuite on joue du tuyau et des pompes pour remplir les tanks du bateau. J’ai oublié celui qui fuyait, crevé, qu’il a fallu rafistoler. Voilà un des épisodes qui vous prend la journée.  Hier j’ai récupéré mon petit garçon à l’aéroport. Je crois qu’il se languissait autant que moi de retrouver son bateau et sa famille. De quoi avons nous parlé pour fêter nos retrouvailles, de nos futurs aventures. Loup qui semblait refroidi par la dernière traversée n’a plus qu’une idée en tête poursuivre sa découverte du monde. Voilà qui n’est pas pour me déplaire. Restent les formalités et nous voilà libres pour larguer les amarres en direction du Chili. Le vent vient de l’Est, inhabituel dans cette région où il souffle toute l’année de l’Ouest. Fleur Australe a revêtu son habit de fête, des guirlandes lumineuses viennent orner ses murs. Les enfants comptent les jours, qu’ils barrent sur leur calendrier de l’avant, en attendant le père noël

 

 

Ushuaia sous sa chape de nuage

 


Puerto Williams

Changement de décor. C’est ici la vraie ville du bout du monde. Finie l’effervescence, le calme règne dans cette petite ville chilienne. C’est une ville garnison où l’on croise plus de militaires que de civiles. Pas de touristes. Quelques voiliers amarrés le long du Micalvi, un ancien bateau militaire échoué. C’est ici que l’on sent le souffle des mers du sud. C’est le port de départ pour l’Antarctique. Passage obligé pour naviguer dans les eaux du Cap Horn et se lancer dans le Drake avant de rejoindre les premières iles des Shetland du Sud. Je garde un souvenir ému de notre arrivée ici l’année dernière de retour de l’Antarctique. Les oiseaux du large se reposent  autour de « Fleur Australe », ils s’appellent « Pelagic » de Skip Novak, « Paradise » d’Arnaud Daleine, « Boulard », « Petit Prince ». Ils arrivent de l’Antarctique ou attendent une fenêtre météo avant de s’élancer dans le passage si redouté.

 

 

Puerto Williams

 


Sur la route en terre qui serpente le long de la cote, on aperçoit les ravages provoqués par les castors. Arbres abattus, barrages qui inondent les vallées. Le castor introduit pour sa fourrure, n’a pas été contrôlé et s’est dispersé à travers toute la région. Les enfants s’en amusent, et le trouve plutôt sympathique. Si le castor avec sa belle fourrure est parfaitement adapté à la pluie, il va falloir quant à nous, nous y habituer. Nous avons donc sorti l’équipement avec bottes et cirés. A nous les ballades…

 

 

Les enfants du voilier "Petit Prince" sont venus rejoindre Laura et Marion
 

 

 

Podorange et Icebird, deux oiseaux du large

 

 

Loup à la recherche d'un barrage de castor


 

Vendredi 14 décembre : Tierra Del Fuego

Terre de Feu, ainsi nommée par Magellan quand il aperçut les feux des fuégiens sur le rivage, au détour des pointes et des caps dans ce qui allait devenir le détroit de Magellan.

Le Phare du bout du Monde sur l'ile des Etats

 

Nous sommes en 1520 et Ferdinand de Magellan découvre le passage qui donne accès au Pacifique. La terre est inconnue des européens mais habitée depuis des siècles par les indiens, chassés petit à petit vers le sud. Ce sont les derniers survivants d’un peuple qui a conquis, depuis des millénaires, ce que l’on appelle aujourd’hui les Amériques. D’autres marins suivront les traces de cet explorateur. Drake en 1578, après avoir passé le détroit de Magellan, il est pris dans une tempête qui le ramène dans l’Atlantique et prouve ainsi que la Terre de Feu est bien une ile. Jacob Le Maire et Willem Schouten passent le Cap Horn en 1616.

 

La cote est habitée par des colonies de cormorans, des otaries et queqlues manchots

 

16H00 Nous venons de franchir le détroit de Le Maire. Les courants sont forts. La mer désordonnée. Les oiseaux sont là, profitant d’une nourriture abondante transportée par ces eaux bouillonnantes. Nous sommes sous le vent de la Terre de Feu, sa partie orientale. C’est une terre déserte. Les hommes ne sont pas acceptés. Trop de vent, trop de tempêtes. Ici les arbres sont couchés sur le sol et s’accrochent comme ils le peuvent aux rochers. Il faut rentrer dans le canal de Beagle pour trouver un peu de calme. La houle ne peut pénétrer dans ce dédale d’iles. Seuls les williwaws, vents catabatiques traversent ces canaux.

 

Le Phare est de toute beauté, il résiste aux intempéries

 

Nous avons changé de monde. Nous laissons derrière nous plus de 1000 milles d’océan tumultueux. Nous avons subi ses affronts, résisté aux vagues déferlantes, réduit la voilure sous les bourrasques et les grains de neige. La mer nous a pardonné d’être venue la défier dans cet endroit hostile, certainement le plus tempétueux de la planète. Nous lui en rendons grâce. Merci de nous avoir préservés.

 

les arbres donnent la direction des vents dominants

Devant nous les eaux seront plus douces. Il faudra veiller au vent mais les vagues ne nous mettrons plus en danger. L’équipage va souffler, retrouver les joies de la terre, croiser quelques humains, boire une bière dans un bar, échanger avec d’autres oiseaux du large, refaire le monde.

 

Demain Ushuaia.

Lugubre avec ses baies profondes!

Mercredi 12 décembre : La mer

La mer, le ciel, se confondent. Il n’y a plus d’horizon, plus de frontière. Notre univers s’est transformé en un monde infini, sans limite. Nous sommes ailleurs, sur une autre planète. Depuis quand avons nous quitté notre planète Terre ? Nul ne le sait. Le temps a perdu le temps. Plus de repère, plus de soleil. Nous voguons au milieu de nul part, dans un monde étrange, entre ciel et mer. Le monde est à l’envers. Plus de repère. Nous plongeons dans l’inconnu pour aller je ne sais où. Nous avons quitté l’espace temps, une sorte de voyage étrange où rien ne correspond à rien. Où sommes-nous ? C’est ainsi que le voyage se transforme. Trop de jours, trop de tempêtes, trop de tumultes. Nous avons échappé au rythme terrestre. Nous sommes ballotés, emmenés au grès du vent, au grès du courant. C’est un sentiment étrange. On n’appartient plus à personne.

 

 

Albatros à sourcils noirs

 

La brume se disperse. Le ciel est de plus en plus gris, il a définitivement épousé son voisin, la mer. Le vent est là, il nous porte et nous retrouvons peu à peu le souffle de la vie. Nous sommes en route pour la terre des indiens. Nous allons entrer dans les canaux de Patagonie, dans le dédale des rocs enneigés. Nous sommes impatients de retrouver la terre.
 
 
 
 
Complicité
 
 
 
 
Nos moussaillons prennent l'air
 
 

Lundi 10 décembre : Il faut lutter

52° Sud
50° Ouest
Vent fort
Mer grosse
Grains de neige
Air 2°C
Eau 2°C

De tout temps, la navigation au près a été le calvaire des marins. Christophe Colomb a préféré utiliser les vents portants pour ses navigations. Il avait compris que les alizés qui partaient du Portugal, pouvaient l’amener vers l’ouest, vers l’Asie, qu’il espérait trouver dans cette direction. Il découvrit les Antilles et utilisa les vents d’ouest en remontant au nord pour traverser à nouveau l’Atlantique et rejoindre l'Espagne. Ses caravelles ne lui permettaient pas de remonter au vent et il fallait donc trouver les vents portants. Pendant longtemps les grands voiliers et leurs gréements à voiles carrées  ont été de mauvais marcheurs contre le vent. Les récits des cap-horniers luttant en tirant des bords pendant des semaines, voir des mois pour essayer de franchir le mythique Cap-Horn sont là pour nous le rappeler. Certains, épuisés, voiles déchirées, mats brisés, allaient trouver refuge aux iles Falkland et d’autres partaient vent arrière vers l’Australie préférant rallonger de plusieurs mois le voyage que sombrer dans les tempêtes du cap dur.

 

 

l'Albatros, au royaume des tempêtes



Revenir de la Géorgie du Sud, c’est un chemin de croix que l’on est obligé de subir. Bateau et équipage souffrent le martyre. La coque rebondit sur chaque vague, le gréement tremble, les voiles faseyent et se déchirent sous les rafales du vent. L’eau submerge le pont, s’infiltre par les joints des hublots fatigués. Elle se déverse dans le cockpit et risque de rentrer dans le bateau.  L’équipage souffre, le corps meurtri par les mouvements saccadés et incessants, répétés des milliers de fois en une journée. Il n’y a pas de répit, pas d’arrêt  à ce matraquage, à ces coups portés au corps comme un boxeur qui encaisse. Debout, assis, allongé, on est balloté en tout sens, malmené. Les nerfs sont à vif et les estomacs subissent ce tourbillon infernal. Certains n’en peuvent plus et vont rejeter à la mer le trop plein de souffrance. Quand cela va t’il s’arrêter? Combien de jours à résister  dans ce tumulte. Les vagues déferlent, le bateau gite, les casseroles s’envolent.

 

 

Le près, vent de face, vent de souffrance

 

Il faut tenir, ne pas montrer sa fatigue, serrer les dents, subir et encore subir. L’aube nous envoie ses grains de neige qui fouette le visage. Il faut prendre un ris dans la voilure. Le vent se déchaine et atteint la tempête. Nous enroulons la trinquette. La voilure est au plus bas. Il faut préserver le bateau, tenir, tenir. Les oiseaux sont revenus, ils nous narguent, rasant la coque. Peut être sont ils compatissant à nous savoir piètres marins dans ces mers déchainées. « Vous êtes rentrés dans  notre royaume, celui du vent qui souffle en tempête. Nous jouons du vent et des vagues, avec nos ailes, c’est notre univers, ce n’est pas celui des terriens ». L’homme a toujours souffert dans ces régions. Beaucoup ont perdu la vie, emportés par une vague, tombés d’une vergue. On dit que chaque Albatros est l’âme d’un marin noyé dans cet océan terrible.

 

 

Les grains de neige se succèdent et le vent souffle en tempête

 


 

Les 100 derniers billets du Carnet de bord